[Film – critique] Mélancholia (Lars Von Trier): De l’inéluctabilité…

Affiche Melancholia 2011 Lar Von Trier[fblike]

De Breaking the waves à Antichrist, en passant par Dancer in the dark, Lars Von Trier a lentement creusé le sillon de l’évidence de l’illégitimité de l’Homme dans la Nature, l’incongruité de la domination de l’Homme et son arrogance. Mélancholia place l’incompatibilité de l’Homme et de la Nature à son paroxysme, jusqu’à une inévitable conclusion, qui, sans concession, repositionne l’Homme à sa place la plus infime…

 

Sur fond de collision de planètes, dont les trajectoires dans l’espace immensément infini, sont redoutablement irréversibles et définies, Von Trier dresse l’implacable portrait d’une nature humaine perdue, fourvoyée et corrompue, incapable et indigne d’évoluer sur Terre.

Nature et culture. Maitrise et abandon. Après un long prologue presque surnaturel où Von Trier sublime tout élément, dans une esthétique qui place d’emblée la beauté de ce qui nous entoure au rang d’un futur souvenir nostalgique, le film s’oriente vers un diptyque trompeur. Celui-ci,  en deux parties Justine (Kirsten Dunst, une jeune femme déprimée qui se marie) et  Claire (sa sœur, à la vie rangée et organisée), va dresser le portrait d’un être dépressif, poussé par ses semblables malgré eux, à s’éloigner de la « normalité ». La seconde partie Claire n’est qu’un prétexte habile à mieux comprendre Justine

La première partie, excroissance délectable de Festen (Thomas Vinterberg, 1998), démontre sans ambage le poids insupportable des conventions, des codes et de la bienséance, qui ne sont le résultat que d’une culture très humaine, dont Mélancholia, la planète « faucheuse » n’a cure… L’attitude de Claire lors du dénouement est semblablement navrante : le verre de vin, la terrasse ou le dernier chant ne sont encore qu’un carcan des codes culturels avant l’arrivée de la camarde.

Justine, après un essai désarmant de se conformer aux conventions culturelles au cours duquel elle subira mains affronts, se montre la seule capable d’appréhender la Fin avec la dignité toute humaine que chacun des Hommes a perdu : sa communion avec la Nature, son humilité face à l’inévitable, son courage de ne pas se réfugier dans la Culture du « dernier verre« , et sa force d’éprouver, au moment ultime, l’émotion sincère de perdre l’autre, renforce l’idée que Justine, hors des règles et des conventions, est, finalement, l’être de l’Humanité le moins indigne ! Sa lucidité avant l’événement tragique est d’ailleurs criante : « les gens sur Terre sont mauvais ».

On a souvent attribué à Lars Von Trier une misogynie honteuse. On oublie trop vite qu’il a amené trois actrices au prix d’interprétation féminine à Cannes (Björk, Dunst et Gainsbourg) et que deux autres ont probablement produit une de leurs meilleures performances dans un de ses films (Nicole Kidman et Emily Watson). En outre, les personnages masculins ici, dans Mélancholia, sont dérisoires et pitoyables, couards ou moralement hideux.

Dès les prémices, le spectateur est happé dans un film qui affiche, sans  détour, qu’il appartient à la catégorie des chefs d’œuvres. Plus tard, c’est la confirmation…. Assurément l’un des plus beaux films de l’année, que nous plaçons en tête de notre Top annuel. Un film résolument radical, inévitable.

Qu’aurait-il advenu de ce film à Cannes si Lars Von Trier s’était retenu pendant sa conférence de presse ?

Rick Panegy 

Voir la sublime ouverture de Mélancholia sur le Prélude à la Mort d’Isolde de Richard Wagner (Tristan Und Isolde)


7 Comments

  1. Pascale dit :

    Je suis d’accord sur tout évidemment, ce film est une splendeur visuelle et d’une profondeur insensée.
    D’accord aussi que c’est LA Palme, la plus incontestable depuis bien longtemps.
    D’accord encore avec cette agaçante réputation de misogynie ! Franchement si toutes les femmes étaient traitées comme Lars les traite…
    Ah si seulement il avait suivi ses propres préceptes et fermé sa gueule (pardon)… car non seulement le monde est mauvais mais on ne peut pas plaisanter de tout !

    1. Rick et Pick dit :

      Non… on ne peut pas rire de tout partout …. sauf dans des films peut être : Allen par exemple, Chaplin aussi et Sacha Baron Cohen même !!!

  2. Une vraie réussite! Je pense que ta critique dit tout, un film vraiment profond et un choc visuel ! Du très grand cinéma!

    1. Rick et Pick dit :

      Merci Rodolphe, pour ton compliment ! Oui, c’est du grand cinéma…Je m’étonne de lire sur des blogs autant de comm négatifs, il y en plus que ce que j’aurais imaginé…
      PS : désolé pour ce (long) retard…Je ne sais pas pourquoi, ton com était passé entre nos mailles !!!
      R&P

  3. David dit :

    Pas du tout d’accord, ce film était ennuyeux comme jamais !
    J’adore le cinéma mais ce film est tout simplement décousu…

    1. Rick et Pick dit :

      Bonjour David !
      Merci pour ton commentaire… Nous ne trouvons pas ce film décousu mais très bien construit, et frappant, en même temps par sa force et par son intimité… Ce n’est pas rien, ça !? Ceci dit, nous avons entendu et lu de nombreux avis négatifs sur ce film : il doit donc bien y avoir quelque chose qui divise ….!
      Rick

  4. Catherine Le Marchand dit :

    D’accord avec tout sauf une chose: oui, le film montre et insiste sur la laideur et l’arrogance qui peuvent être celles de l’homme mais il montre aussi comment l’imaginaire, la créativité, peuvent transcender la réalité matérielle, la Peur et la destruction. L’image de la cabane magique illustre cette idée et éclaire le film de façon différente:: l’enfant est paisible car il « croit »… et peut-être a t-il raison, qui sait?. Von trier a d’ailleurs dit que c’était son film le plus humaniste … !

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