Andy Serkis dans La Planète des Singes: Les Origines (2011)

[Film – critique] La Planète des Singes: Les Origines (Rupert Wyatt): Au nom du reboot !

La Planete des Singes les Origines[fblike]

D’abord un roman contre-utopique du français Pierre Boule en 1963, puis une adaptation cinématographique hollywoodienne des années 70 qui se prolongera sur quatre volets supplémentaires ainsi qu’une série télévisée dans la foulée, un remake raté par Tim Burton en 2001, tout laissait croire qu’en matière de singes rebelles le cinéma avait fait le tour de la question. Mais voilà que cet été Hollywood en remet une couche avec La Planète des Singes: Les origines réalisé par Rupert Wyatt.

D’emblée, le titre laisse à croire qu’il s’agit d’un prequel de la saga débutée à Hollywood en 1968 par Franklin J. Shaffner. Rien d’illogique puisque Georges Lucas a relancé la mode avec ses prequels de La Guerre des Etoiles. D’un point de vue marketing c’est bien joué. Vu le succès de la saga originale, les fans et le grand public seraient susceptibles d’aller voir ce film sur la genèse du peuple singe qui s’est rebellé contre l’humanité. Seulement, en voyant le film, on se rend compte qu’il ne s’agit pas d’un prequel mais d’un reboot! Mais c’est bien sûr ! C’est une mode encore plus récente que les prequels ! Attention ne pas confondre reboot avec remake ! Le remake c’est quand on refait un film en respectant l’histoire originale. Le reboot, c’est quand on repart au début de l’histoire et qu’on la change. En général, c’est une bonne manière pour les scénaristes de se délester de ce qui les gênait dans les films précédents.

Andy Serkis dans La Planète des Singes: Les Origines (2011)

Beaucoup tomberont dans la facilité de critiquer ce reboot 2011 en criant haut et fort que c’est un scandale d’avoir modifié l’histoire originale ! Mais savent-ils seulement que le premier film mélangeait déjà librement le roman de Pierre Boule avec un vieux scénario d’un épisode de la première saison de La Quatrième Dimension intitulé La Flèche dans le Ciel ? Pas sûr. Et puis, en toute franchise, entre le remake de Tim Burton en 2001, d’une laideur et d’un ennui profond et les cinq premiers volet qui prenaient une direction précise, cela parait tout à fait légitime pour les scénaristes de vouloir repartir sur de nouvelles bases. Surtout que si l’histoire originale est hantée par les peurs de la bombe nucléaire des années de guerre froide, il était tout naturel d’adapter cette nouvelle version aux peurs d’aujourd’hui: les attaques bactériologiques.

Pour les derniers fans encore récalcitrants, le film est bourré de références aux films des années 70: le personnage principal porte le même prénom, César, que le singe qui soulève ses congénères dans La Conquête de la Planète des Singes (1972), un singe femelle porte le prénom de Cornélia (qui rappelle celui de Cornélius, dans les trois premiers films) ainsi qu’un flash-info sur un téléviseur qui parle d’une expédition spatiale pour Mars (servira-t-elle pour la suite?). Pour ce qui est de la cultissime boucle temporelle qui liait les 5 premiers films entre-eux en un paradoxe circulaire, malheureusement, cette nouvelle version semble lancée dans une toute autre direction. Aucune indication que ce singe révolutionnaire soit le fils d’un singe rescapé du futur (à moins que ce twist n’apparaisse dans une suite ?). Pour l’instant, Ruppert Wyatt parle déjà de suites éventuelles sur l’affrontement des hommes du point de vue des singes, en hommage au Full Metal Jacket de Stanley Kubrick. Pas de d’indices sur les voyages dans le temps. Après tout un reboot c’est un reboot, place à la nouveauté…

Andy Serkis et James Franco dans La Planète des Singes: Les Origines (2011)

Cette nouvelle histoire raconte comment le singe César, doté d’une intelligence humaine (un laboratoire de recherche sur la maladie d’Alzheimer a fait des expériences sur sa mère), va connaître le monde des humains avant de soulever et contaminer ses semblables. On assiste au parcours initiatique d’un être hors norme. Adopté et caché par le chercheur qui a contaminé sa mère, le jeune César est éduqué comme un humain. C’est avec ses premières confrontations avec le reste des hommes qu’il prend conscience de ne pas être à sa place parmi eux. Se retrouvant enfermé parmi ses congénères, qu’il surpasse en intelligence, il décide des les contaminer à leur tour pour s’unir et fuir la méchanceté et la bêtise humaine….

C’est sur ce principe d’appartenance, d’identité, de rejet et d’amour qu’est basé l’origine de cette révolution, où le héros n’est pas humain mais s’en rapproche sous beaucoup d’aspects. Un miroir directement tendu à la race dominante de la planète.

Côté réalisation, le film est efficace, tant par son rythme, ses comédiens que ses scènes d’action. N’oublions pas qu’il s’agit là d’un blockbuster sortit en plein mois d’aout. Ce film est directement en compétition avec les autres de sa catégorie: Transformers 3, Green Lantern, Super 8, Conan Le Barbare 3D, Captain America et autres du même acabit cet été. Dans cette liste peu pourront prétendre pouvoir ainsi mêler action et réflexion sans tomber dans le grotesque. Une grosse production en forme de film catastrophe qui aborde, sans trop forcer, la manipulation génétique, l’avidité de l’industrie pharmaceutique, la place de l’homme sur terre et sa cohabitation avec d’autres espèces…

Andy Serkis dans La Planète des Singes: Les Origines (2011)

Une mention spéciale pour Andy Serkis, l’acteur derrière le singe César, qui donne une humanité et des émotions plus que troublantes à celui qui va connaitre les affres d’une crise d’identité à la fois humaine et animale. Serkis s’était déjà illustré dans des rôles utilisant la technologie capture du visage, notamment pour son rôle de Gollum dans la trilogie du Seigneur des Anneaux et celui de King-Kong, deux films de Peter Jackson.

Ce film est calibré pour plaire à un large éventail de spectateurs. D’ailleurs il suffit de voir les chiffres du box office à ce jour en France avec ses 1,3 million d’entrées ainsi qu’aux USA  (103 millions de dollars de recette) pour voir que c’est déjà un succès. Et vous qu’en avez-vous pensé ?

Philip Pick

La bande-annonce La Planète des Singes: Les Origines (2011)