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[Danse – Critique] Trisha Brown – "Quatre pièces" au Théâtre National de Chaillot : la singularité du corps et l’unité du collectif

Spectacles
LA CRITIQUE

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Trisha Brown est née en 1936. Elle  livre encore au public, en 2011, et  à 75 ans, deux pièces formidables, d’une incroyable vitalité, d’une jeunesse et d’une fraîcheur éblouissantes et d’une maturité sage et évidente. Les yeux et l’âme, en première européenne et I’m going to toss my arms – if you catch them, they’re yours, une commande de Chaillot, accompagnent deux « reprises », Watermotoe (1978) et Opal Loop/Cloud Installation #72503 (1980), qui permettent au spectateur de se replonger dans sa période « pré-musicale ». On y décelait déjà les clefs du style « Brownien », du langage du corps et du mouvement postmodern dance. Chaillot propose d’admirer les danseurs de la Trisha Brown Company, de se laisser bercer au rythme des mouvements, de se laisser hypnotiser par l’esthétisme presque mathématique de la chorégraphe américaine.

Watermotor (1978)

Entre improvisation et maîtrise, Watermotor, dansé par Trisha Brown elle-même en 1978, est repris ici par Neal Beasley. Au fur et à mesure que le danseur laisse ses bras entraîner son corps, et le déséquilibrer, sa tête, ses fesses, et son bassin le guider dans une alternance de poids et de contrepoids, le spectateur entend le souffle, de plus en plus profond de l’artiste : il n’ y a pas meilleure preuve que la danse est aussi bien un sport qu’un art…

Cette pièce courte, une quinzaine de minutes, plonge d’emblée le spectateur dans le propos de la soirée : on assiste ici à de la post-modern dance, dans la lignée de Merce Cunningham, et Trisha Brown va marquer sa différence, inventer son propre langage corporel.

Neal Beasley dans WaterMotor

Les yeux et l’âme (2011)

Trisha Brown reprend, dans cette pièce de la soirée, en première européenne, les parties dansées qu’elle avait mises, pour son « acte de ballet »  dans  Pygmalion (Rameau) en 2010.

On y voit deux danseuses suspendues, évoluant dans les airs avec grâce et légèreté. Loin du ridicule et de l’artificiel que cette technique peut apporter, au cirque par exemple, cette pièce séduit, au contraire. L’arrivée de danseurs au sol va permettre de mettre en place des contacts, des impulsions, entre les danseuses de l’air et les danseurs au sol. Les courbes dessinées par les mouvements font échos aux décors de fond de scène. Le mouvement du corps est déjà, ici, dépendant et lié aux autres ; la rencontre entre deux danseurs est l’élément qui va déclencher la chorégraphie, personnelle, de chacun. C’est l’interaction d’une communauté qui amène l’évolution individuelle. Dans les deux dernières pièces, ce concept sera davantage marqué, et évident.

Opal Loop / Cloud Installation #72503 (1980)

Cette pièce, probablement la plus lyrique et poétique, est une collaboration avec la plasticienne Fujiko Nakaya. Celle-ci distille une brume, un nuage, qui va noyer les corps des quatre danseurs dans une ambiance collective, unir leurs évolutions personnelles dans une destinée globale. Créée en 1980, Opal loop est absolument significatif, symptomatique du langage brownien: la logique quasi-mathématique des mouvements et de l’évolution des corps dans l’espace est ici flagrante. Chaque corps évolue dans une gestuelle toute individuelle et personnelle ; les quatre corps fluctuent chacun dans un mouvement collectif, dans des directions différentes mais une cohérence de groupe… Parfois, soudainement, deux, trois danseurs, de manière très fluide, enchaînent leurs mouvements pour les mêler à un travail symétrique ou identique…

Opal loop, 31 ans après, est absolument toujours moderne, d’un lyrisme et d’une inspiration émouvants.

I’m going to toss my arms – if you catch them they’re yours (2011)

Dernière pièce présentée, première mondiale, elle présente une installation mécanique de Burt Barr, qui sera le pendant à l’humanité des danseurs, leurs variations, leurs interdépendances et leurs interactions. Les danseurs débutent au milieu des ventilateurs, mêlés à eux, répétant tous des mouvements plus ou moins statiques. Bientôt, un des danseurs perd sa chemise, découvrant sa peau et laissant s’échapper la fibre humaine et l’essence vivante  de l’individu:  il sort alors de l’installation et part évoluer seul, au milieu de la scène… Peu à peu, les autres danseurs perdront eux aussi leurs chemises et viendront évoluer tous ensemble au centre de la scène, où les corps vont se mélanger et où chacun prendra sa place, seul, dans l’espace marqué par le groupe.

La musique, d’Alvin Curran, apporte une cohérence, peu après le début de la scène, à cette création. Elle se mêle naturellement à la grammaire de la chorégraphie « brownienne ». Dans cette pièce, nous retrouvons l’évolution mathématique et algébrique, une logique implacable dans l’évolution des danseurs, où le contact entre deux danseurs impulse un nouveau mouvement à l’un deux, qui s’envole alors dans une chorégraphie identique à un autre, avant que ce dernier ne reparte dans une danse individuelle. Puis d’autres contacts, d’autres gestes symétriques, d’autres « mariages » chorégraphiques  s’enchaînent, perpetuellement, dans un cycle et un rituel, faisant écho aux mouvements des lames des ventilateurs. Ceux-ci resteront les seuls éléments sur scène, immuables, inchangés, alors que les danseurs et danseuses, après leurs évolutions variables, auront quitté la scène…

Trisha Brown vient saluer, applaudie chaleureusement, et le spectateur peut repartir, heureux d’avoir assister à une nouvelle page de la danse, à l’expression d’un talent et d’un génie artistique.

Le Théâtre National de Chaillot peut s’enorgueillir de sa programmation, excellente et formidable, variée et intelligente…

Rick Panegy

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