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[Musique – Critique] Camille (Ilo Veyou) : Un quatrième album léger et poétique, ode à la mélodie

by Rick Panegy on 20 octobre 2011
Musique
LA CRITIQUE

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Camille, la chanteuse la plus originale du moment, la plus authentique assurément, revient à la une de l’actualité musicale trois ans après Music Hole. Celle qui est pour beaucoup l’une des plus talentueuses et créatives de la chanson française nous livre un quatrième album fidèle à son auteur, riche de mélodies et de jeux sur les rythmes, les mots et leurs sonorités. Camille explore un spectre de genre musicaux large, tout en s’assurant de se les approprier, en leur insufflant ce petit grain d’insouciance, de folie ou de naïvité.

Camille partage. Elle divise. Provocant chez les uns une excitation sans borne et un élan admiratif, elle est capable d’agacer avec tout autant de force les autres. Camille est une provocatrice car elle refuse de s’allonger dans le confort du conformisme, les chaussons du mainstream et s’acharne à conserver sa qualité : elle est authentique et se fiche des conventions.

Elle ne se réconciliera pas avec ses détracteurs. Ce nouvel album Ilo Veyou creuse le sillon de la différence et s’éloigne encore des balises musicales habituelles. Sa chanson La France, rengaine ringarde et vieillotte dans laquelle Camille s’amuse avec les « R » et les voix nasillardes désagréables d’antan, est probablement la chanson qui dévoile et positionne sans ambages l’opinion de la chanteuse parisienne. La France, culturellement, et dans la musique particulièrement, ne se place que dans la reproduction d’un schéma artistique classique et connu, rassurant pour les maisons de disque, et probablement tout aussi rassurant pour un certains public, celui qu’on nomme « grand ». Les chanteurs et chanteuses qui se succèdent ne sont que de pâles répétitions des uns et des autres : trois ou quatre styles sont définis et il faut s’y conformer. Chaque lustre voit son lot de Cabrel, de Goldman surgir sans originalité. Difficile pour un artiste de sortir du modèle étriqué de la variété, même stylisée pour faire croire à de l’original (de Noah à Maé)… En somme, la France est un pays de « photocopies ». Camille règle ses comptes et elle continue à affirmer l’utilité viscérale de l’alternative.

Camille explore la musique : des  chansons aux accents de comptine de vilains garnements (Allez allez allez), d’autres aux accents de pop-folk (Wet boy) ou de soul (Mars is no fun),  d’autres aux accents de complainte (She was) ou de chant exotique, presque asiatique (Le berger). Camille joue avec les allitérations (Bubble lady) et avec nos nerfs (le délicieusement insupportable Ilo Veyou, où la chanteuse alterne très aiguë et très grave, sonorités dérangeantes, presque dissonantes). Elle explore la rengaine (La France), se replonge dans l’univers de Music Hole (my man is married but not to me), s’amuse à essayer la berceuse (Message) L’album se termine par deux chansons délicates et belles, gracieuses et élégantes (Le banquet, Tout dit)

L’entrée en matière (Aujourd’hui) déçoit, comme une référence pâle et terne des Janine de son album Le fil. Mais rapidement, la créativité de l’artiste et le charme de la voix de Camille, tantôt cristalline, tantôt rauque et cassée, tantôt grave et soul, nous séduisent. Et dès la première chanson en anglais Wet Boy, on est convaincu d’écouter un album d’une qualité rare.

L’ambition de son album précédent Music Hole (2008) avait dérouté, zigzagant de beat-box en bruitages et rompant nettement avec le précédent album, Le fil (2005), qui avait connu un succès populaire important, où le travail sur le rythme était déjà remarquable. Cette fois-ci, Camille alterne avec plus d’équilibre le français et l’anglais. Elle caresse parfois la grâce, et elle suscite, sinon l’admiration, un certain respect car rarement on aura vu une artiste aussi sincère, fidèle à elle-même.

Son album propose, en outre la version studio, un CD « bonus » dans lequel on peut écouter des versions a cappella, enregistrées dans des chapelles. On trouve aussi dans l’album un DVD : Camille y est filmée, sans les oripeaux surfaits de l’industrie de consommation, à la « Dardenne », errant dans les rues , repeuplant les églises de sa voix chaleureuse ou émouvante, s’arrêtant ci ou là pour livrer une confession décalée, parfois absurde. Elle se joue de l’image de la mère, en singeant ou moquant la plus mère de toute (Marie), de sa prestation en statue de la vierge dans une alcôve d’église à son dialogue chanté avec un mouton, en passant par les photographies « icônisantes » disponibles sur son site.

Comme un symbole, hommage à la fibre vivante de la musique, Camille avait d’abord présenté son album en live, à la chapelle du couvent des Récollets. Elle a toujours été amoureuse de la scène et l’évidence même que la musique est un dialogue charnel entre une voix et celui qui l’écoute explose lorsque Camille est sur scène. Son album « studio » pourrait d’ailleurs être compris comme un album live tant la performance est proche de la singularité de ses performances scéniques. On retrouvera la chanteuse dans une série de concerts, à ne pas rater pour ceux qui aiment voir autre chose qu’un copié collé d’un album. *Voir dates en bas d’article.

Et puis, pour continuer l’aventure musicale, Camille offrira un spectacle au Théâtre des Bouffes du Nord dans une adaptation de Henrik Ibsen « La dame de la mer », à partir du 28 février 2012. A réserver pour qui voudrait découvrir une nouvelle facette de l’imprévisible artiste, qui s’impose au fil des ans comme la référence en termes de créativité et d’audace.

Concerts

Du 01 au 13/09 Paris – Couvent des Récollets
24/10 Bordeaux – Théâtre Fémina
26/10 Nice – Théâtre Lino Ventura
28/10 Marseille – Théâtre Toursky
03/11 Londres – Hackney Empire
Les 08 et 09/11 Saint-Lô – Le Normandy
16/11 Lille – Théâtre Sebastopol
18/11 Bruxelles – Cirque Royal
Les 24 et 25/11 Rouen – Le 106
Les 01 et 02/12 Nantes – Stéréolux
05/12 Genève – Théâtre du Leman
07/12 Zurich – Kaufleuten
Les 09 et 10/12 Dijon – TGV Generiq Festival
Du 12 au 18/12 Paris – Café de le Danse (complet)
10, 11 et 12/05 Paris – Trianon

Rick Panegy

L’étourderie – 1er extrait de l’album – Version acoustique

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