Musique

[Concert – Critique] Le Gewandhausorchester et Riccardo Chailly à Pleyel : Paraphrases de Cerha (création) et Neuvième symphonie de Beethoven

by Rick Panegy3 novembre 2011
LA CRITIQUE

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Pleyel à la manière d’une discussion autour d’une bière…

Choisir, c’est mourir un peu

Juin 2010… Il est tant de se décider : Qu’allons-nous voir la saison prochaine à Pleyel ?? Feuilletons le programme….

FICHTRE ! Page 25 et 26, nos yeux s’écarquillent et nous retenons un petit cri de joie digne d’une teenager qui apprend la prochaine venue de son héros de vampire Robert Patinson dans sa ville : nous apprenons que le GRAND (oui en lettres capitales s’ils vous plait)  Riccardo Chailly et le LEGENDAIRE Gewandhausorchestrer seront de passage dans notre salle favorite pour une IN-TE-GRALES des symphonies de Beethoven !!

Planning oblige : nous devons faire un choix… Oui, c’est dur.. (D’autant plus que non loin de là, sur la même page, rôdent les noms tout aussi attirant du MonteverdiChoir et de Sir Gardiner par exemple !)  Nous nous décidons d’assister à la dernière journée de la tournée : celle où la 9ème symphonie sera interprétée!

La RATP et Halloween comme apéritifs un peu TROP salés

6 mois plus tard, nous voici lundi 31 octobre : Des hordes d’adolescents (et quelques adultes attardés, avouons-le…) s’agitent dans les rues. Évidemment, Halloween remue davantage les foules et les médias qu’un concert exceptionnel … Enfin, on a l’habitude… C’est classique (sans mauvais jeu de mots). Exit les vampires et les bouches ensanglantées : c’est LA symphonie qui nous attend, LE tournant dans l’histoire de la musique classique, LA charnière entre classique et romantique et LA référence pour tant de compositeurs … Excitation, excitation !! Les retards de la SNCF et de la RATP ne nous font pas peur, nous sommes prêts à courir du rond point de l’étoile jusqu’à la rue du Faubourg Saint-Honoré pour ne pas rater l’entrée en scène d’un plus anciens orchestres europééens (euh…autant dire du MONDE!) : plus de 250 ans d’activité et son aura aura vite dépassé Leipzig ! D’ailleurs, on ne veut rater non plus l’entrée de l’énergique Riccardo Chailly (et sympathique aussi) ! C’est qui Chailly ? nous demandent certains profanes encore plus profanes que nous. Juste un type qui a travaillé avec Abbado (et rien que ça, ça pose son homme), qui a dirigé le RSO, et le concertgebow aussi, entre autres…

Evidemment, nous sommes contraints de devoir courir de l’étoile à Pleyel : la RATP n’ayant pas failli à sa réputation…  On se rassure un peu en se disant que la première partie n’est qu’une courte création de Friedrich Cerha, un jeune compositeur de 85 ans (oui oui) d’une quinzaine de minutes et que, bon, si on le rate, c’est moins grave, on entrera pour la deuxième partie, la 9ème du maître Beethov’ !

Une première partie courte mais fichtrement surprenante (Friedrich Cerha)

Nous sommes finalement arrivés à l’heure, et nous avons bien fait ! Après que le public eut applaudi trèèèèèèèèèès longuement l’entrée de l’orchestre puis de Chailly, le silence se fait enfin… Ce que propose Cerha (une paraphrase musicale sur le début de la Neuvième Symphonie de Beethoven intitulée …Paraphrase sur le début de la Neuvième Symphonie de Beethoven) n’est pas mal du tout ! Il faut avouer que, n’étant ABSOLUMENT pas spécialistes, la musique contemporaine, comme pour beaucoup d’amateurs aux connaissances étroites en solfège et autres codes de la musique, nous parait un peu difficile d’accès… Pourtant, ce que Cerha a composé nous parle…  Le livret proposé par Pleyel en parlera mieux que nous… Mais on peut dire que, du début de la 9ème de Beethoveen, Cerha retient les 4 notes répétées qui reviendront comme thème dans tout le premier mouvement. Il retient aussi cette alternance de crescendo et de mouvements plus calmes et ce travail constant des percussions… Les variations autour de cette introduction du 1er mouvement ne sont absolument pas repoussantes! Bon, évidemment, on reconnait la marque du contemporain : disharmonies, arythmie, dissonances parfois etc… mais ici, pas d’absence de thème par exemple, et une structure bien plus familière et accessible! Cerha a l’air moins snob que Stockhausen, par exemple, (d’ailleurs existe-il des inconditionnels du KlavierStuck x par exemple?) en  tout cas moins borné sur l’étude mathématique de la composition etc….

La première partie s’achève… Nous sommes agréablement surpris par cette oeuvre de Cerha: une commande directe du Gewand et de Chailly!  En effet, on lui a demandé de composer quelque chose que l’orchestre jouerait en première partie de la 9ème de Beethoven et pouvoir ainsi mettre en parallèle deux époques et confronter Beethoven à la modernité! Cerha, après avoir refusé, aura eu l’intelligence de mettre son orgueil de côté et sa composition est une très belle création !

ENTRACTE

La neuvième symphonie de Beethoven, clou (enfoncé sans ménagement) de la tournée du Gewandhausorchester

Pleyel sonne : tout le monde rentre.. Le chœur de Radio France entre (Matthias Brauer, le chef de chœur, viendra saluer à la fin du concert)…

Le premier mouvement est magistral ! Chailly sautille, sursaute, se penche, s’arrête, s’énerve et impressionne ! Bon sang, ce que ce chef est bon : il guide avec beaucoup d’autorité et de pédagogie son orchestre, en étant d’une précision gestuelle impressionnante! Chaque attaque, chaque note clef, chaque entrée d’instrument est marquée par un geste précis suffisamment longtemps à l’avance. On avait presque l’impression de pouvoir  lire la symphonie dans ses gestes : en somme, Chailly est aussi un chef pour les sourds  (c’est un peu tordu mais bon, on comprend l’image) Le premier mouvement est fascinant, vraiment… D’ailleurs, à notre humble avis, c’est probablement le plus réussi de la soirée…

Deuxième mouvement : notre voisin s’agite, brasse du vent et fait semblant d’être un chef d’orchestre (frustration d’une vie ratée?). Il regarde sa quadragénaire de poule femme et, l’oeil langoureux et le sourire en coin, croit surement la séduire en se prenant pour un chef… Il s’imagine peut-être qu’il est le seul à connaître ce second mouvement?? Mais TOUT LE MONDE connait ce second mouvement, mon vieux ! Même Kubrick alors…  Il toise Chailly avec sa baguette imaginaire comme s’il avait été le gardien du Gewand, un Furtwängler ou un Mendelssohn qui observerait de l’au-delà ce que fait leur successeur ….

Aparté mis à part (on était obligé, désolé, c’est tout de même la première fois qu’on voit ça à Pleyel!) ce second mouvement est tout de même un peu trop Vivace  : ce n’est plus du molto vivace que propose le chef italien mais du « moltissimo » vivace…. Un peu trop rapide à notre goût…

Le troisième mouvement est bien, beau et lent, grâcieux, comme pour reprendre son souffle avant d’affronter le gigantesque final !

Et voilà un final admirable : l’orchestre est techniquement parfait (il faudrait être rudement culotté pour critiquer la technique des musiciens du Gewandhausorchester, en fait non d’ailleurs, les meilleurs font bien des erreurs parfois…) Mais voilà !

Voilà voilà .. un petit hic : pourquoi avoir choisi de mettre les 4 solistes entre l’orchestre et le chœur de Radio France ??? Coincés entre les cuivres et les percussions d’un côté (et Dieu sait qu’il y a des percussions dans la 9ème !) et le chœur bruyant de l’autre, on peine à entendre distinctement les solistes, qui n’illuminent pas de leur présence la soirée… Une performance qui n’est pas à la hauteur de l’œuvre jouée, de l’orchestre et de son chef ! Le baryton Thomas E.Bauer a tout de même trouvé grâce à nos yeux : c’est lui qui a été le meilleur…

Mais ce chœur ??!! Ce choeeeeeeeeeeuurr ???!!!   Il ne chantaient pas : ils hurlaient !! Comme s’ils savaient que leur chef de chœur, le pourtant pas mauvais du tout Matthias Brauer, allait monter sur scène à la fin du concert. Il fallait bien l’impressionner et donner tout qu’ils avaient en eux ! Réaction mignonne quand il s’agit d’enfants à la  chorale de la kermesse qui hurlent en pensant impressionner leurs parents mais décevant lorsqu’il s’agit du Chœur de Radio France ! Et sur l’ode à la joie en plus !

Tout cela a un peu gâché la fête que devait être ce superbe final d’une tournée parisienne qui rassemblait toutes les symphonies de Beethoven… Un peu gâché parce qu’on s’en faisait une montagne d’émotion et de plaisir, voire de frissons…Et le pauvre Ludwig a vu l’orchestre de Leipzig accoucher d’une souris…On a vu de meilleures interprétations de cette oeuvre…. Soyons patients, il y en aura (rapidement) d’autres !

Malgré tout, le public ne boude pas son plaisir : il applaudit longuement l’orchestre, le chef et aussi le percussionniste, qui reçoit là une chaleureuse reconnaissance méritée, car il a été parfait toute la soirée, au cours de laquelle il aura eu beaucoup beaucoup de boulot (ca va les bras ?) Les solistes ne sont pas tant applaudis que ça… La Diva de soprano Christiane Oelze, dans sa robe rouge, reçoit son bouquet de fleurs, elle est contente (c’est fou ce que les sopranos se prennent toutes pour des Divas!)

On repart en se disant que la soirée fut bonne, tout de même, et que c’est dans l’exigence qu’on trouve l’excellence ! Nous sommes heureux d’avoir pu voir jouer le Gewandhausorchester et d’avoir pu voir diriger Riccardo Chailly : leurs interventions ne sont pas si nombreuses à Paris et nous attendons leur retour avec impatience, pour quelque chose de plus fort, on l’espère…

On ressort… on marche… Tiens, si on allait s’acheter un CD de Richard Strauss au Virgin Mégastore, pour nous remémorer le beau concert du Cleveland Orchestra… Tiens, Halloween n’est pas terminé : Les Champs-Elysées attirent le fêtard de base…

Rick Panegy

Interview de Riccardo Chailly sur le projet de l’intégrale des symphonies de Beethoven à Pleyel

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