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Musique

[Concert – Critique] Patricia Petibon à la Salle Pleyel : Récital (Mélodies de la Mélancolie)

by Rick Panegy9 novembre 2011
LA CRITIQUE

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Un parfum de tristesse et de mélancolie plane dans les escaliers et le hall de la salle Pleyel, à la sortie du récital de Patricia Petibon. Bientôt, ce sentiment envahit le monde de la musique tout entier. Et ce n’est pas le récital en lui-même, intitulé Mélodies de la Mélancolie (des airs espagnols extraits de son dernier album Melancolia – Spanish arias and songs) qui nous plonge dans cet état. C’est davantage la porosité grandissante entre la rigueur et l’exactitude du classique d’un côté et le racolage très marketing du mainstream de l’autre, dans lequel se fourvoient des artistes de qualité à la recherche d’un succès populaire rapide…

C’est le cas de Patricia Petibon, qui semble ne pas vouloir épouser les codes plutôt fermés du récital pour l’ouvrir à une forme qui embrasse davantage les codes du show ou du concert de variétés. Pour satisfaire un public populaire, probablement acheteur des compilations simplistes Je n’aime pas le classique… mais ça j’aime bien, Patricia Petibon n’hésite pas à plonger dans le cliché, et parfois même le grotesque. La tenue de Gala, grande robe rouge pour la première partie, répond aux codes de la diva classique qui vient faire un récital… Mais la robe quasi « gitane » de la seconde partie, dans laquelle Petibon s’autorise un ersatz de flamenco au milieu de ses chants, rejoint davantage le rang des clichés : si on chante l’Espagne, le public doit être en immersion totale! Voilà donc que la soprano française pénètre pieds nus sur la scène, pour mieux hispaniser la salle peut-être, et ravir les spectateurs qui pourront se sentir totalement dépaysés : il ne manquait plus que les paellas au foyer pendant l’entracte…

La soirée fut à l’image de tout ce décorum exagéré: loin de la sobriété d’un récital… Forme qui met habituellement le talent de l’artiste au premier plan, ses qualités de chant et d’interprétation, mais qui permet aussi de découvrir l’œuvre chantée différemment, comme isolée du reste de la partition, comme purifiée et filtrée…  Ici, le récital ne dura que le temps de la première partie : de son air Adios Granada  avec le guitariste flamenco Daniel Manzanas aux chansons de Granados, De Falla et Torroba, Patricia Petibon tente, avec parfois beaucoup de réussite (la maja dolorosa – Granados et Poema en forme de canciones - Turina) un registre de temps en temps plus médium que « colorature »… Son interprétation est forte, « théâtralisante » sans être vulgaire. On sent la cantatrice à l’aise dans les opéras (ses performances dans  les contes d’Hoffman d’Offenbach ou Zamba d’Harold).

Mais au retour de l’entracte, la suite du récital sombre dans un mélange bancal entre concert pop, show ou spectacle vivant. On commence à la première française de Nicolas Bacri et de ses Melodias de la Melancolia, une commande de Petibon pour accompagner son disque Melancolia, compilation assez ambitieuse de chansons et d’airs du folklore espagnol nnotament.

Mais rapidement, l’équilibre entre les morceaux chantés par la soprano et les extraits joués par l’orchestre national du capitole de Toulouse disparaît. Ce dernier livre, par exemple, une interprétation exacte de la Rhapsodie espagnole de Ravel entre un curieux passage « musique du monde » (piano d’Yvan Cassar, collaborateur de Johnny Hallyday, Mylène Farmer, Pascal Obispo et Kamel Ouali entre autres, c’est dire à quel point on a embrassé ce soir la culture « très » populaire ; percussion de Joel Grare,  et guitare flamenca de Daniel Manzanas autour d’une Petibon jouant les Esmeralda) et un final guignol où Patricia Petibon s’affuble d’un pathétique nez rouge pour commencer une chanson de Gimenez La tempranica. Les rappels enfonceront le clou: Patricia Petibon revient sur scène, s’allonge, s’alanguit sur les planches de Pleyel et interprète une des Canciones negras (Cancion de cuna para dormir un negrito) de Montsalvage en gesticulant bras et mains, d’arabesques approximatives en facéties séductrices…

Le public est ravi, applaudit à tout rompre. Il applaudit tellement qu’il applaudit tout le temps, même quand il ne le faut pas: chaque fin de mouvement est applaudie, des « ssccchhhhh »  de plus en plus agacés finissent par faire taire les amateurs de Petibon, qui ne doivent pas souvent aller dans les salles de concert classique pour ne pas connaître à ce point les codes de base d’un concert classique…

Patricia Petibon devait bien connaître son public, ceux qui achètent ses disques. Elle leur livre un spectacle-concert plus proche de ce qu’un amateur peu averti pourrait et saurait apprécier. Un regret: on s’éloigne alors beaucoup trop de la pureté du répertoire classique… Waltraud Meier, Elizabeth Schwarzkopf, Nathalie Dessay (mais de moins en moins…) pour ne citer qu’elles n’ont jamais mêler l’attitude classique au racolage et à la fadeur du maintsream comme ont pu le faire récemment ou font encore les Roberto Alagna, Anna Netrebko et (presque dorénavant) Matthias Goerne,  Lang Lang ou (presque encore) Hélène Grimaud…

L’attitude est déplorable, certes… On préférait encore les divas capricieuses et hautaines, se tenant éloignées du Vulgus pecum comme pour mieux préserver leur aura… A présent, c’est à ce Vulgus pecum qu’il faut plaire, et pour lui plaire, il faut adopter son environnement et fournir ce qu’il est capable de digérer… Un manque d’ambition pour mieux réussir… Une attitude qui surfe sur la vague des télé-réalités actuelles : la quête d’une notoriété rapide et facile, à défaut d’une notoriété plus lente mais plus méritée, plus respectée et plus estimée… Car, à n’en pas douter, Patricia Petibon est douée : sa tessiture et sa personnalité lui permettent et lui promettent de grandes performances… Mais livrer un récital tel que celui-ci, ou sortir des disques comme Amoureuses ou Les fantaisies qui sont des compilations un peu séduisantes de morceaux classiques ou baroques éloignent Patricia Petibon d’une respectabilité indiscutable qu’elle pourrait légitimement posséder…

Espérons que le temps calmera et assagira la jeune colorature française qui abandonnera le mélange des genres disgracieux pour la qualité directe et épurée…  Sa voix est belle et écouter ses chants (sans regarder les couvertures et les titres des albums!) est agréable, quoi de plus essentiel… Mais quoi de plus essentiel aussi de ne pas gâcher le talent…

Rick Panegy

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