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[Film – Critique] César et Rosalie (1972) de Claude Sautet : incertitudes et questionnements amoureux

Cinema
LA CRITIQUE

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Les Choses de la vie, en 1969, avaient imposé Claude Sautet comme un nouveau cinéaste important. Avec César et Rosalie, en 1972, il creuse un sillon qu’il ne quittera plus : il sera le cinéaste des non-dits, des regards, de l’amour au quotidien et de la beauté du commun. Réalisateur fidèle, ses collaborations avec Romy Schneider, Yves Montand, Michel Piccoli sont nombreuses, et permettra d’autres chefs-d’œuvre tels que Max et les Ferrailleurs (1971), Vincent, François, Paul et les autres (1974), et Une histoire simple (1978), il permet aussi de découvrir Patrick Dewaere avec un Mauvais fils  (1980). Plus tard, ses deux derniers films, Un cœur en hiver (1991) et Nelly et Monsieur Arnaud (1995) ajouteront à son regard pointu sur les relations humaines une sagesse et une maturité émouvantes… Claude Sautet livre avec César et Rosalie un magnifique film sur l’amour, ses tourments et ses concessions, et sur l’amitié, aussi, et même surtout… Un trio amoureux simple, rythmé par un quotidien sublimé par la mise en scène et la narration subtile de Sautet… Dans les rôles titres, Romy Schneider et Yves Montand sont aussi lumineux et sombres que Sami Frey, incarnant l’élément déstabilisateur de ce couple, et qui plongera le film dans un labyrinthe douloureux où le bonheur semble être la chose la plus difficile à trouver, même lorsqu’il est à portée de main…

Rosalie (Romy Scneider) vit avec César (Yves Montand), un homme dynamique et sautillant, d’une vitalité impressionnante: il organise, il règle, il anime… Sa fortune est faite et Rosalie accompagne l’homme facétieux, le sourire aux lèvres… Mais l’arrivée soudaine de David (Samy Frey), un ancien amant de Rosalie, va perturber l’équilibre du couple et remettre en question l’engagement de Rosalie auprès de César…

Les trois amoureux vont s’éconduire, se séduire, se séparer, se battre, se disputer, partir, revenir, puis repartir… Jamais aucun d’eux ne semblera maîtriser ce que le destin leur aura donné : une relation qui dépasse le cadre du commun. Ici, l’amour unique, fidèle et unilatéral, fait place à la tendresse, à la complicité et plus que tout, à l’amitié. Tout oppose  César et David : le premier est chef d’entreprise, riche et met en avant, dans une maladresse touchante, son argent et sa réussite – le second est un artiste modeste, discret et ténébreux. De leurs conflits légitimes naîtra un respect mutuel, une amitié virile. Le combat mené par chacun d’eux pour récupérer leur amour Rosalie est respecté par l’autre et, lorsque la belle indécise décidera de quitter les deux, de partir secrètement, il ne leur restera plus que leur amitié profonde, aussi solide que leur blessure est commune…

Sautet, de scènes graves et douloureuses en scènes légères et lumineuses (où règnent cependant toujours l’ombre d’une fragilité) expose l’amour comme source de mal-être parfois… Une dispute violente dans un appartement, des retrouvailles sur une plage de Vendée, un dîner au restaurant, une fête dans la ville, une discussion dans un mariage… Tout est propice aux regards signifiants et aux non-dits puissants : l’amour est sans cesse présent mais, en surface, c’est l’aliénation à ce sentiment qui domine…

Les hésitations de Rosalie la tourmentent, et son amour pour David et pour César est si sincère qu’elle ne peut que se cacher derrière une « liberté » qu’elle crie comme une défense éperdue, dissimulant à peine son impuissance à gérer son double amour et la tristesse qui l’envahit à l’idée de rendre les deux êtres qu’elle aime malheureux… Qui d’autre mieux que Romy Schneider aurait pu interpréter ce mélange d’insouciance et de gravité, interpréter ces non-dits avec autant de subtilité et jouer avec une intensité rare au cinéma des regards et des expressions, passant en un instant d’un regard profond et dur à un regard mélancolique ou doux ?

De leur côté, David et César sont vite déchirés par leur désir de vivre avec Rosalie et le désir de la rendre heureuse : entre jalousie et colère, ils ne cesseront jamais de composer entre leur propre bonheur et le bonheur de l’être aimé… Comment accepter le bonheur de Rosalie s’il faut pour cela être malheureux soit-même et cohabiter avec son rival? Yves Montand incarne un César fragile, touchant, qui perd le contrôle d’une situation qu’il pensait maîtriser, lui qui a pour habitude de tout régir et diriger, lui qui incarnait jusqu’à l’arrivée de David l’homme dynamique, charismatique et solide… La perte soudaine d’emprise sur sa vie amènera le personnage à sombrer dans des colères et une violence qu’il regrettera aussitôt, une fois seul, comme victime de sa fierté. Il sombrera dans le pathétique aussi, en se fourvoyant dans des mensonges et des reconquêtes malhabiles. Montand joue un personnage cabotin, presque sans surprise, à l’image de l’homme du show-bizz et de la chansonnette qu’on connait, jusqu’à ce qu’il révèle une fragilité émouvante. En homme faible et dépassé, Montand prouve encore qu’il sait jouer la subtilité, la blessure et son personnage est probablement celui qui emporte le plus l’empathie du spectateur. Sami Frey campe un artiste froid et distant, presque méprisable et méprisant, hautain et sûr de lui. Mais il saura, au fur et à mesure de l’intrigue, humaniser David et lui donner toute la grandeur et l’intelligence qu’il lui manquait pour être accepté comme autre chose que le briseur de couple…

Finalement, c’est par le rapprochement des êtres, par la complicité et la connivence, que la seule solution qui puisse exister surgit. L’amitié naissante entre les deux ennemis masculins grandira en une union solide. Baisser les bras et ne pas lutter, et voir en l’autre son reflet… Dès lors qu’il n’y aura plus de rivalité, Rosalie pourra revenir. Et du trio instable à l’origine des multiples ruptures, les trois protagonistes pourront vivre une harmonie amoureuse, tombant leurs barrières comme lorsque Romy Schneider franchit, dans un plan final tout en symboles, les grilles de la maison de province pour retrouver ses deux amours…

Rick Panegy

Profitez-en pour aller voir l’exposition qui est consacrée à Romy Schneider à L’espace Landowski à Boulogne-Billancourt, du 4 novembre 2011 au 22 février 2012. 

Regarder un extrait de César et Rosalie (1972) de Claude Sautet

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7 Comments
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  • 22 novembre 2011 at 5:51

    Vraiment un très joli film que j’ai vu pour la première fois hier soir. Un vrai charme se dégage. Il faut que j’y réfléchisse pour en faire ma critique.

    • 22 novembre 2011 at 11:09

      Tiens nous au courant quand ta critique sera écrite…Qu’on puisse voir si tu as vu d’autres choses dans ce beau film !! ^^

      • 3 août 2012 at 11:34

        Un film que l’on revoit avec une cearitne nostalgie un monde dans lequel on boit du whisky, on fume, on s’aide, on s’aime les bistrots, la pluie, qui catalyse les situations et les sentiments, un monde e0 la Sautet la faconde de Montand, les tourments de Reggiani, la voix de Piccoli, Marie Dubois, on a l’impression de retrouver des amis, sur pellicule, un dimanche apre8s-midi

  • 27 novembre 2011 at 4:31

    Non, je n’ai rien vu d’autre dans ce film. Je n’analyse pas les films comme vous le faites si bien. Je me contente d’exprimer mes émotions qui furent belles pour César et Rosalie. A bientôt.

    • 1 décembre 2011 at 2:38

      Merci ! C’est essentiel aussi d’exprimer ses émotions… On ira lire ce que tu as pensé de ce film dans lequel Romy Schneider est lumineuse…

    • Carlos
      3 août 2012 at 1:44

      Décriés à leur sortie, oubliés pendant les vingt années qui ont suivi, les films que Sautet a réalisés dans les années 70 peignent une image de la petite bourgeoisie française (un peu comme Chabrol d’ailleurs, mais qui utilisait un autre angle) qui va rester comme le témoignage d’une époque. On ne peut pas dire que ce cinéma n’existe plus : c’est plutôt notre société change très lentement et quarante ans plus tard, on constate que ce qui est dépeint n’est plus tout à fait d’actualite9.En ceci, les quelques films de Sautet de cette époque sont inde9passables (César et Rosalie, Les Choses de la Vie, et celui-ci bien sûr, peut-être le plus re9ussi). Une mention spéciale pour la musique désenchantée de Georges Delerue

  • Yamil
    3 août 2012 at 10:56

    Bonjour c’est bien que vous fassiez un commentaire sur ce film. J’ai 45 ans et pourtant c’est la première fois que je le voyais (à moins que je l’ai vu il y a trente ans mais je ne me souviens que d’une scène). Je dois dire que malgré le côté totalement anachronique de cette société des anneées 60-70, j’ai été ému aux larmes par ces acteurs incroyablement bons ! Comme on savait jouer à l’époque, dans la subtilité comme dans l’exhubérance. Voilà j’espère qu’en plus cela vous fait plaisir d’avoir un commentaire sur votre blog.

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