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[Film – Critique] Les Immortels (Tarsem Singh) Revisionnisme mythologique esthétique

Cinema
LA CRITIQUE

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Tarsem Singh est un esthète incompris mais opiniâtre… Ses deux premiers films, The Cell (2000) et The Fall (2006) montraient déjà l’absolu goût du réalisateur indien pour les images, l’univers presque ésotérique et les ambiances « über » visuelles. Son troisième film, Les Immortels, grosse production attendue (115 000 000 $), surfant sur le succès de 300 de Zack Snyder (mêmes producteurs) et du Choc des Titans (mêmes thèmes) pouvaient laisser entrevoir le pire : une créativité entravée par trop de contraintes inhérentes aux grosses productions ou un scénario aseptisé et lissé pour convenir à la masse. Le film livre images splendides et maîtrise du cadre impressionnante mais confirme les pires craintes du côté scenario : la mythologie est torturée, piétinée et Thésée, dont on nous fait croire que l’histoire est contée, semble bien loin du héros mythologique.. Un film pour les yeux, comme un album… C’est tout…

Il est des modes incompréhensibles, voire irritantes… Celle qui consiste à réaliser des films s’inspirant des mythes les plus populaires ou les plus spectaculaires  en les détruisant sans respect à l’écriture du scénario est sans aucun doute la plus révoltante de toute… Car s’il ne s’agissait que de porter à l’écran les plus fortes aventures de la mythologie grecque, le spectateur et le critique applaudiraient! La mythologie regorge en effet de si nombreux mythes spectaculaires que des dizaines de films pourraient voir le jour aisément ; et les technologies actuelles permettent la réalisation d’actions, de décors, de scènes impossibles à mettre en place auparavant. Par ailleurs, parmi tous les mythes, il en existe peu qui ne soient pas déjà si bien écrits qu’il n’est pas nécessaire de modifier la trame narrative…

Ici, et jamais assez on ne criera notre agacement, les scénaristes Charley Parlapanides et Vlad Parlapanides ont détruit le mythe de Thésée et de la Titanomachie sans aucun ménagement, et avec un acharnement dont les motivations nous échappent!

Ont-ils voulu rendre l’histoire plus « cinématographique » ? Plus « hollywoodienne »? Il n’y a pourtant pas plus « cinématographique et hollywoodien » qu’un récit mythologique !!!  Une aubaine pour ces scénaristes qui pouvaient sans effort écrire un scénario solide qui soit fidèle… Il faudra un jour définitivement nous expliquer en quoi rester fidèle à la mythologie n’est pas compatible avec l’écriture d’un bon scénario…

Dans le film : Thésée (le beau Henry Cavill, déjà vu dans la série Les Tudors et qui sera le prochain Superman dans Superman : Man of Steel de Zack Snyder)  voit sa mère être tuée par Hypérion (Mickey Rourke, qui joue à jouer les méchants, de manière toujours stéréotypée). Ce dernier est à la recherche de l’arc d’Epire, seule arme qui permettrait de libérer ses ancêtres les Titans du Mont Tartare où les dieux de l’Olympe (Zeus, Athéna, Poséidon et autres) les ont enfermés jadis. Thésée sera choisi et guidé par Zeus (Luke Evans)  (tantôt vieillard tantôt aigle) et par l’oracle Phèdre (Freida Pinto). Il guidera le peuple et aidera les Dieux dans leur bataille contre les Titans et le rebelle Hypérion…

De sa rencontre avec un minotaure plus humain que chimérique à sa lutte au pied du Tartare, Thésée affrontera maintes épreuves et finira par donner un enfant à l’oracle Phèdre avant de rejoindre les Dieux sur le Mont Olympe, choisis par eux…

En bref, rien n’est fidèle évidemment aux récits d’origine : Phèdre n’a jamais eu d’enfant avec Thésée. L’arc d’épire n’a jamais existé dans la vie de ce dernier. Thésée n’a pas participé à la bataille contre les Titans. Ceux-ci ne se sont jamais libérés du Tartare. Hypérion EST un titan (pourquoi n’est-il donc pas semblable aux autres dans le film?). Celui-ci est un Titan qui s’allie à Zeus au cours de cette Titanomachie. Quid des cyclopes? Quid des  hécatonchires? Quid de origines de Thésée (conjointement fils d’Egée, roi d’Athènes et de Poséidon, et non vulgaire inconnu…)? Pourquoi appeler l’oracle Phèdre, alors que Phèdre n’a rien à voir avec cette pauvre oracle… Si Thésée a bien affronté le minotaure, les conditions sont absolument fausses et erronées dans le film… Où sont Ariane et son fil?!

En vrac, les scénaristes mélangent allégrement personnages et aventures de la mythologie afin de délivrer un récit qui s’avère être définitivement bancal, stupide et dénué de toute logique dramatique !

Une erreur et une absurdité de taille qui gâche précisément le plaisir qu’un spectateur esthète aurait pu avoir à la vue des images toujours splendides de  Tarsem Singh, qu’on préfère libre, comme dans ses films The Cell et The Fall, quitte à ce qu’ils soient moins populaires et commerciaux (voire sortir directement en DVD pour The Fall). Si le réalisateur virtuose n’a jamais été pour l’instant un grand « raconteur » d’histoire, il a, en revanche,  toujours sembler préférer la poésie (parfois outrancière) des couleurs et des formes, des symétries et des cadres. Une fois encore, Les Immortels offrent aux spectateurs un émerveillement stylistique et stylisé, parfois tellement poussé qu’il en devient grossier et à la limite du ridicule contemplatif… Les Dieux de l’Olympe sont jeunes et beaux, imberbes et musclés, torse nu et diaphane, jupettes et capes complètent une armure dorée et scintillante : l’univers qui se dégage de chacune de leurs scènes frôle l’ambiance homo-érotique, voire « porno-fantasmo-chic »… Mickey Rourke incarne un méchant tout autant caricatural et la belle Freida Pinto finit, comme attendu, par montrer ses fesses et se mélanger à l’athlétique Henry Cavill. Ils sont tous beaux, ils sont tous forts (sauf les méchants évidemment) et les spectateurs s’ennuient vite, lassés par tant d’images très plastiques qui finissent, paradoxalement, par être vides….

Espérons que Tarsem Singh saura éviter l’écueil d’un scénario guindé et étriqué lors de son prochain film Mirror Mirror (2012) afin de pouvoir, de nouveau, mettre son savoir-faire au service d’une histoire solide … Attendons de voir ce qu’il pourra faire de cette adaptation de Blanche-Neige avec Julia Roberts…

Rick Panegy

Regarder la bande-annonce du film Les Immortels de Tarsem Singh (2011)

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1 Comments
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  • 8 décembre 2011 at 12:19

    Bon c’est clair que les grosses libertés prises avec la mythologie sont étranges (ils ont dû faire un brainstorming sous coke où jeter leurs fiches en l’air et ne prendre que celles qui étaient retombées sur le verso…), mais Singh est un tel magicien de l’image que ça passe comme une lettre à la poste (pour ma part en tout cas). Par contre, je n’attends rien de son adaptation de Blanche Neige qui a pas l’air top (la ba ne fait pas envie du tout).

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