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[Film – Critique] Sleeping Beauty de Julia Leigh : Et Kawabata mourut une deuxième fois …

by Rick Panegy9 décembre 2011
LA CRITIQUE

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Là où Yasunari Kawabata, dans son roman Les Belles Endormies, réussissait un récit subtil et délicat sur la fuite de la jeunesse, à travers les passions toujours vives d’hommes vieillissants, davantage guidés par leur esprit d’esthète que par leur puissance sexuelle, Julia Leigh livre ici une adaptation ratée, aux limites de la vulgarité. Son film, Sleeping Beauty, tiré du roman de l’auteur japonais, n’en possède nullement l’élégance et le charme sage. La réalisatrice australienne, pour son premier film, plonge dans le contresens le plus affligeant. Elle ne tire du chef d’œuvre nippon qu’une vision morbide et glauque, préférant centrer l’intrigue sur le personnage féminin, interprété par une Emily Browning parfaitement vulgaire (seule cohérence du film) que sur les personnages masculins, moins accrocheurs mais pourtant tellement plus riches de sens… Le film est interdit au moins de 16 ans. La polémique nait. Suffisant pour une publicité qui apportera davantage de spectateurs au film qu’il n’en mérite. Un échec.

Dans Sucker Punch, Emily Browning nous gratifiait d’une surenchère de sex-appeal, de sensualité et de clichés assumés, bien aidée par la réalisation alambiquée de Zack Snyder. Elle s’y amusait. Ici, cette surenchère se niche dans le glauque, le verbeux et le sordide. La réalisatrice Julia Leigh n’a pas su profiter de la beauté et de la sensualité de la jeune actrice. Elle révèle plutôt une vulgarité triste, de dialogues obscènes (une drague directe dans un bar) en scène symbolisant lourdement la fellation… Un film faussement élégant – une forme épurée, minimaliste, jouant de symétrie et de surexposition – pour montrer les errances sexuelles d’une jeune fille dont la « prostitution » est finalement l’acte le moins débridé mais pas le moins pervers… Un paradoxe dont se délecte la réalisatrice, pour mieux perdre un spectateur qui peine à comprendre ce qui est au fond pensé dans ce long métrage…

Lucy (Emily Browning) est une étudiante qui cumule les petits boulots. Elle entretient une relation chaotique avec son petit ami. Le besoin d’argent se fait sentir. Elle tombe sur une petite annonce : il lui suffit d’être belle et de dormir (grâce à de puissants somnifères) aux côtés de vieux hommes en quête de chair « fraiche », sans qu’il n’y ait jamais de relation sexuelle (pénétration interdite).

L’originalité du film en fait hélas le point faible irrévocable, l’erreur impardonnable et le contre-sens le plus absurde. En voulant faire une adaptation sincère et se démarquer du roman original, la réalisatrice perd toute l’essence même de l’œuvre originale. Le roman de Kawabata est centré sur l’homme, sur son regard sur son déclin, sur sa réflexion et la distance qui le sépare de ces belles jeunes femmes, distance qui le sépare de ses souvenirs et de son passé. Un respect d’esthète pour la beauté de la peau et de la femme, de la jeunesse. Un paradis perdu. Un regard tendre et bienveillant dans lequel se mêlent l’amertume et la nostalgie avec un désir presque ardent pour entretenir la flamme d’une sensation qu’ils savent à jamais perdue…

Julia Leigh décide de déplacer son regard d’auteur sur les jeunes filles, ici Lucy, à qui elle dessine un environnement pathétique. L’histoire d’une jeune femme qui semble totalement dénuée de surmoi, de limites, à la sexualité débridée, s’essayant sans crainte à la drogue, à l’homosexualité …

Son entrée dans cette « maison close » moderne et originale, où règne une ambiance très aristocratique et britannique, est alors logique. Le rituel du thé, avant le passage « à l’acte », est sans doute une référence directe au roman de Kawabata, mais, en guise de thé, c’est un somnifère que la maîtresse de maison prépare de la même manière que le rituel japonais. Un rituel qui devient absurde dans ce film…

En plongeant le récit du point de vue de la jeune femme qui se jette dans cette prostitution soft, l’intrigue perd en tout point saveur et subtilité. L’idée aurait pu être gagnante si la réalisatrice avait su s’immiscer davantage dans les tourments de Lucy et avait su chercher en profondeur à analyser les causes ou les errances d’une jeunesse dévoyée. Au lieu d’un regard fin, elle jette sur la pellicule une distance glacée qui ne permet jamais au film de dépasser le simple constat fade d’une vie d’ennui et de turpitudes sales…

Emily Browning

Au final, les seules scènes intéressantes où se dégagent une humanité (voir un humanisme), une sensibilité et un peu d’émotion sont les très rares séquences où ces vieux hommes viennent se rappeler l’instant d’une nuit comme le corps et la beauté ont nourri leur existence, jadis. Ce sont les seules scènes où le respect de l’autre et de soi existent…

Julia Leigh

Julia Leigh

Il n’en faudra pas plus à la commission de classification pour interdire le film aux mineurs de 16 ans, soulevant au passage un tollé chez les habituels libertaires  tels que Jean-Jacques Beneix ou Catherine Breillat… Un premier film raté, à trop vouloir s’éloigner de l’œuvre originale, qui manque la substantifique moelle du récit… Interdit aux moins de 16 ans? Voilà qui aura au moins eu le mérite d’éviter à beaucoup de jeunes adolescents de voir un navet, et un navet qui s’imagine peser 800€ le kilo, c’est dire !

Rick Panegy

Bande annonce du film Sleeping Beauty de Julia Leigh (2011)

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