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[Exposition] Paul Klee – Polyphonies. A la Cité de la Musique

by Rick Panegy8 janvier 2012
LA CRITIQUE

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Du 18 octobre 2011 au 15 janvier 2012, la Cité de la Musique propose une exposition passionnante sur le travail du peintre Paul Klee (1879 – 1940). Comme à son habitude, le Cité de la Musique cherche à montrer la transversalité des arts, et se penche sur le lien tenu qui unit l’artiste exposé à la musique. Ici, le rapport fort et amoureux de Paul Klee à la musique est le meilleur moyen d’appréhender son art. L’opposition longtemps vraie entre la musique et la peinture, qu’on qualifierait respectivement d’art du temps et d’art de l’instant trouve ici sa limite, grâce à la conceptualisation ingénieuse et passionnée du peintre allemand, véritable grande figure de la peinture du XXème siècle. Quand la peinture devient, au même titre que la musique, un langage qui s’inscrit  dans  une synchronie  visuelle, le spectateur se surprend à écouter la toile…  Une exposition intelligente…

Ici, des points suspendus ou accrochés à des lignes, comme des notes sur une partition. Couleurs, tailles, positionnement délivrent la clef d'un langage parfaitement musical.

L’exposition débute par une salle où le visiteur est d’emblée plongé dans l’intimité de l’artiste. Le parcours chronologique nous amène ipso facto à débuter par son enfance et sa jeunesse, sa famille et ses passions. On découvre ses partitions, des photographies, ses premières gravures et dessins… Le ton est donné : la musique  a toujours été au cœur de l’éducation et des passions du peintre… Le premier regard, en entrant, est guidé vers son violon, un Testore, qu’on entend en même temps : c’est David Grimal, célèbre violoniste, qui caresse les cordes de l’instrument… C’est sur cette idée ingénieuse de la Cité de la musique que l’exposition peut débuter : on entend et on voit en même temps, dès la première porte de l’exposition franchie ; les toiles qui suivront ne pourront alors jamais être détachées de cette première impression musicale…

Paul Klee, à droite, au violon. Dans sa jeunesse, il fit partie d'un quintette

Paul Klee est un bon violoniste, mais pas suffisamment pour se lancer dans cette carrière, à laquelle il a pourtant pensé. Il se lance plutôt dans une carrière d’artiste, balbutiante à ses débuts, et il mettra une quinzaine d’année avant de se considérer lui-même comme peintre et épouser sans retenue sa destinée artistique. Pendant ces longues années de tâtonnement, Paul Klee n’aura jamais cessé d’entretenir un rapport avec ses premières amours, la musique. Il l’enseignera, la pratiquera, s’en inspirera.

Dans ces cases, telles des "chapitres" musicaux: des points comme des notes. La couleur du fond ou des points peut aussi être interpêtée comme différentes hauteurs ou degrés des notes ...

L’exposition nous guide alors peu à peu vers l’accomplissement de l’art du peintre. Brièvement mais de manière claire et précise, les étapes clefs (sans jeu de mot !) qui l’amèneront à la pratique presque musicale de sa peinture sont abordées. Sa découverte de Schönberg, de sa musique dodécaphonique et du « chant parlé » est une première étape vers son envie de casser les codes. Puis sa rencontre avec Robert Delaunay (voir de Kandisky) et le mouvement expressionniste du Blauer Reiter servira de nouveau pas vers l’abstraction et la conceptualisation de son art: l’utilisation du symbole prendra alors une place primordiale. On comprend ainsi à quel point l’utilisation du symbole permettra à Klee d’exprimer efficacement le rapport musique-peinture : la musique n’est-elle pas une succession de symboles avant de vivre et de vibrer en émotions dans l’oreille de celui qui écoute ?

Quoi de plus musical qu'un algorithme de noires et de blanches, plus ou moins longues ou appuyées, balancées par des cases grises, tels des dièses ou des bémols ...

Son voyage en Tunisie en 1914 sera une révélation pour lui, c’est là qu’il s’engouffre dans son art sans retenue… Il aborde différentes techniques, de la perspective à l’axonométrie, construit peu à peu une peinture très architecturale…  De son entrée au Bauhaus (école d’art) à son entrée à l’Académie de Dusseldorf, Paul Klee s’engouffre dans cette obsession de la musicalité de sa peinture: offrant au spectateur une succession de signes, recherchant par le jeu des couleurs une harmonie semblable à celle d’une partition, recherchant dans la succession de « cases » un langage très codé, renvoyant à une portée déformée et à la grammaire de la musique, recherchant encore la diversité de l’expression du signe (comme un note, grave ou aigüe, longue ou courte, forte ou subtile) en travaillant la répétition de ce même signe, dont seule la taille, la couleur, l’intensité variera…

Une succession de cases, nuancées au blanc ou au noir: l'harmonie d'une pièce musicale résonne dans cette "partition" visuelle...

Paul Klee ira même jusqu’à transposer une fugue en toile, appliquant les techniques d’écritures de cette forme particulière à sa peinture… L’obsession et la passion amènent parfois un artiste à la folie ; ici, elles auront guidé l’artiste vers l’élaboration d’une œuvre très personnelle, singulière, unique. Ses toiles sont de véritables partitions visuelles, se lisent dans le temps et la durée et la communion avec l’œuvre se fait peu à peu. La peinture peut ne plus être un art de l’instantané….

Rick Panegy

A la Cité de la Musique.

Voir les informations pratiques, horaires et tarifs, ici.

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