High society

[Film – Critique] Haute Société (High Society) de Charles Walters : marivaudage musical

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Dernier film de Grace Kelly avant qu’elle ne s’exile à Monaco, Haute Société (High Society) est une comédie musicale enlevée, ou tout est dans l’exagération, comme souvent dans ce genre cinématographique : on pousse les traits jusqu’à la limite de la caricature et on balaye toute trace de subtilité… La recette d’une bonne comédie musicale hollywoodienne néanmoins : une intrigue simple, qui côtoie le marivaudage et un élan vers le comique. Grace Kelly y est délicieusement pimbêche et garce, Bing Crosby et Frank Sinatra se donnent la réplique, dans le genre « combat de coqs – qui est la star ici?  » et Louis Armstrong accompagne tranquillement ce petit trio musical. Ce remake d’Indiscrétions (The philadelphia story – George Cukor – 1940) est cependant moins maitrisé que l’original, lui même adapté d’une pièce de théâtre de Philip Barry. Ici, Grace Kelly reprend le rôle tenu au théâtre et dans Indiscrétions par Katharine Hepburn ; le duo masculin du film original était déjà tenu par deux pointures : Cary Grant et James Stewart. C’est Charles Walters (Parade de Printemps, La reine du Colorado) qui réalise ce remake en forme de comédie musicale :  assez mièvre, naïf et peu crédible, mais empli d’une telle énergie qu’on se laisse aisément gagner par la bonne humeur que nous inspire ce film aux tonalités espiègles…

Bing Crosby et Louis Armstrong

C’est à l’immense Cole Porter qu’on doit la musique et les chansons du films : son nom est un atout supplémentaire au casting déjà grandiose. Le compositeur américain, célèbre pour ses nombreuses participations à des comédies musicales à succès de Broadway, propose ici quelques chansons énergiques et dynamiques, dont la culte « Who wants to be a millionaire? ». Cole Porter a peu collaboré avec le cinéma, High Society n’étant que sa seconde (et ultime) incursion dans le monde du septième art.

La présence des Sinatra, Crosby, Porter et Armstrong (comme un chœur grec guidant le spectateur à travers cette histoire rocambolesque) devient à elle-seule l’argument irréfutable d’un film incontournable, comme un hommage rétrospectif à une époque et une culture américaines révolues et admirées.

Frank Sinatra et Bing Crosby

Autour de cette ambiance joviale et derrière l’apparence légère, High society  propose une histoire tout de même curieuse, où l’on assiste aux tergiversations de Tracy Lord (Grace Kelly). Récemment divorcée de Dexter (Bing Crosby), elle s’apprête à se remarier avec George Kittredge (John Lund). Mais la présence de son ex-mari et de deux journalistes, dont Maccaulay Connor (Frank Sinatra) va troubler les sentiments de la jeune femme. Elle finira par embrasser le journaliste la veille de son mariage, cette infidélité finissant de faire fuir le futur mari, et, pour ne pas gâcher le mariage, dont les préparatifs sont déjà largement engagés (les invités sont déjà là), la belle accepte d’épouser de nouveau son ex-mari, bien heureux de récupérer celle qu’il a toujours aimé. Néanmoins, le happy-end festif, si on se donne la peine de gratter le vernis du bonheur de façade, a un goût amer. La sincérité de la belle Tracy Lord est douteuse : son mariage avec son ex-mari relevant davantage du « bricolage-sauvons la face le jour de la cérémonie » que d’un amour véritable. Une jeune femme instable, un peu volage et un mariage bien loin d’un aboutissement amoureux… Curieux paradoxe pour un film qui se montre pourtant très conventionnel et propose finalement un schéma très éloigné des valeurs américaines traditionnelles de l’époque…

A voir pour sa légèreté, sa musique, sa pléiade de stars et son énergie communicative… A voir aussi la version initiale de George Cukor…

Rick Panegy