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Littérature

[Livre – Critique] Freedom de Jonathan Franzen: l’enfer c’est les autres

by Philip Pick23 janvier 2012
LA CRITIQUE

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Alors que le battage médiatique autour de sa sortie a suscité quelques débats dans l’actualité littéraire américaine en 2010, le dernier roman de Johnathan Franzen, l’épais Freedom, adoubé par le président démocrate Barack Obama, a su également trouver sa place durant la rentrée littéraire française en septembre 2011. Incontestablement à la hauteur de son précédent roman, Les corrections (2002), déjà salué par la critique il y a dix ans, ce nouveau pavé de 700 pages décrit avec intelligence, humour et sensibilité, une fois encore, l’histoire d’une famille américaine, les Berglunds. Ce microcosme d’individus malheureux est le reflet d’un pays déboussolé par son époque, celle de l’après 11 septembre. Chaque individu qui compose cette famille va revendiquer sa liberté. Une quête souvent menacée par les autres et leur propre idée qu’ils se font de la liberté (freedom en anglais).

Patty & Walter ont deux enfants Jessica et Joey. Le roman s’ouvre sur  leur vie de famille dans une banlieue américaine des années 2000. Parfaite en apparence aux yeux du voisinage, cette famille, et surtout la mère, Patty, ressemble, à s’y méprendre, aux personnages de la série Desperate Housewives. Mais cette famille nucléaire va exploser. Jonathan Franzen va nous révéler l’envers du décors de cette explosion au travers d’un journal écrit par Patty qui couvre trente années de sa vie. On y découvrira son enfance naïve, son adolescence de jeune basketteuse et son attirance pour le meilleur ami de Walter, le musicien Richard. Rejetée par Richard à l’université, elle choisira de faire sa vie de femme au foyer avec l’intellectuel et discret Walter. Quelques années plus tard, alors que Patty gère de plus en plus difficilement sa relation avec son fils Joey qui se tourne vers des idéaux de plus en plus capitalistes, Richard sera de retour dans la vie des Berglunds. Une occasion pour Patty de succomber à ses fantasmes de jeunesse. L’adultère de Patty avec le musicien la poussera à la dépression, provoquant le lent déraillement de sa vie de couple. De son côté, son mari Walter s’évadera du noyau familial grâce à son combat écologique pour sauver les parulines azurées, une espèce d’oiseau menacée d’extinction…

Au premier abord, le principal reproche que l’on peut faire au roman de Jonathan Franzen est que le mélodrame longuement tissé au travers de Freedom manque cruellement d’originalité, proche d’une intrigue d’un roman de gare. Mais ce qui fait la force non négligeable du roman de Franzen et sans doute ce qui en fait l’un des romans américain important du moment, c’est cette capacité de l’auteur à exploiter avec intelligence, précision et humour, chacun de ses personnages jusqu’au bout. Qu’il s’agisse du triangle amoureux principal, composé des parents et du meilleur ami, ou des enfants, chaque personnage trouve sa place, avec beaucoup de détails, dans l’histoire. Tous se retrouvent étouffés, non seulement par leurs proches et leur quête du bonheur, mais également, de façon plus large, par la société conservatrice américaine en pleine métamorphose depuis les attentats du 11 septembre. Une occasion pour Jonathan Franzen de critiquer le capitalisme républicain en général et le gouvernement Bush en particulier et de faire un sombre et lucide constat sur son propre pays, où l’écologie sincère et l’économie de marché ne font pas bon ménage. Avouons aussi que Franzen couvre avec agilité et précision trente années d’histoire et de préoccupations américaines, sans oublier d’y mêler savemment les évolutions technologiques qu’elle a pu connaitre (l’arrivée d’Internet et des réseaux sociaux). Un contexte étouffant, parfois alarmiste où chacun des protagonistes est en quête d’un bonheur sans compromis et donc impossible, dans un pays qui semble avoir perdu ses propres valeurs. Il semblerait que Jonathan Franzen veuille rappeler à son lecteur américain malheureux que le plus important est d’accepter qui l’on est et de pardonner aux autres ce qu’ils sont. On comprendra aisément qu’avec ce  très long mélodrame avec pour trame secondaire la société américaine, en France, il ne soit pas forcément considéré comme indispensable, mais il apportera, aux lecteurs curieux, de nombreuses réponses sur ce qui ronge les américains d’aujourd’hui.

Philip Pick

Portrait de Jonathan Franzen par Pascal Perich (NYC)
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