Musique

[Concert – Critique] Le Fillarmonica della Scala – Daniel Barenboim : Ravel et De Falla, voyage symphonique en Ibérie

by Rick Panegy2 février 2012
LA CRITIQUE

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L’éclectique et dynamique Daniel Barenboim revient à Pleyel, cette fois-ci accompagné du discret mais efficace Filarmonica della Scala, l’un des orchestre d’Opéra capable d’offrir du pur symphonique de manière aussi délectable qu’un orchestre symphonique majeur. Pour la première de ses deux soirées parisiennes à la Salle Pleyel, c’est un voyage hispanisant que propose le chef d’orchestre multi-national (israélien, palestinien, espagnol, argentin… Barenboim est si « international » que lui attribuer une unique nation serait faire offense à la générosité de son projet: communion universelle, et élévation spirituelle et musicale). L’orchestre italien, sous la direction du fougueux pianiste, interprète Maurice Ravel et Manuel De Falla, emportant ainsi le spectateur dans une agréable balade de l’autre côté des Pyrénées. On aurait pu tout aussi bien entendre du Albéniz, du Rodrigo ou du Granados pour respirer l’air andalou ou catalan.

L’introduction du concert par le typique « Nuits dans les jardins d’Espagne » (De Falla) suffit à plonger le spectateur dans une ambiance espagnole que les hommages du compositeur français Ravel ne terniront pas, dépassant, avec la Rhapsodie espagnole, l’Aldorada del gracioso et le Boléro, le cliché et la simple imitation de sonorités ibériques. L’influence de l’Espagne dans l’œuvre de Ravel, qui n’évite toutefois pas toujours les écueils de la parodie, est telle qu’il en résulte un travail à la fois magistralement musical et presque tout autant culturel. Debussy, lui-même fasciné par l’Espagne, ou Bizet, aux identiques passions, accompagnent en esprit cette soirée, l’un comme précurseur de l’influence hispanique (Estampes…) et l’autre comme aboutissement divertissant de cet exotisme musical (Carmen…)

Un première partie en demi-teinte, offrant  un mélange un peu artificiel, aborde le Nuits dans les jardins d’Espagne avec énergie. Barenboim, en pianiste talentueux, joue les parties piano, correctement, en même temps qu’il dirige l’orchestre, assis, entre les notes de sa partition : une main sur les touches, une autre levée, se retournant parfois ou se penchant sur son instrument… De quoi déstabiliser et donner une impression d’usurpation : le talent du pianiste et celui de l’orchestre font oublier le manque de cohésion entre la partie orchestre et la partie piano. Ce côté artificiel, indéniablement, nuit à la qualité de l’œuvre. On assiste finalement davantage à un concerto, ce que l’œuvre n’est pas, proposant au contraire la partition du piano comme totalement intégrante et mêlée  à l’œuvre…

Après l’entracte, le concert est bien plus plaisant. Les trois œuvres de Ravel, aux influences espagnoles marquées, sont tantôt nuancées et sensibles (Pavane pour une infante défunte, une danse lente un peu répétitive et plate mais séduisante et apaisante) tantôt vives et emportées (les deuxième et dernier mouvements de la Rhapsodie espagnole, l’Aldorada del gracioso, faisant la part belle aux percussionnistes, qui manifestent une légitime euphorie pendant la représentation!)

Enfin, le concert se termine par le fameux Boléro, véritable ovni de l’histoire symphonique. Une fois de plus, la preuve est donnée que cette œuvre ne peut être pleinement appréciée qu’en assistant à sa représentation en concert. Ecouter le Boléro chez soi ne permettra jamais d’appréhender pleinement tout le génie mathématique et algorithmique de la composition, ni de savourer dans son absolu démesure le crescendo monumental de plus de 10 minutes… Enfin, quoi de plus délectable que ce Boléro  pour rendre hommage à chacun des instrumentistes, qui interprètent à tour de rôle les deux célèbres phrases musicales et le fameux ostinato.

Barenboim, en intrépide star des salles de concert, fait preuve une nouvelle fois de sa générosité (qu’un peu de mégalomanie toute évidente accompagne) en offrant pas moins de quatre rappels, tout aussi festifs et ensoleillés que le concert lui-même, allant même jusqu’à faire participer le public, à l’instar des concert du Nouvel An au Musikvieren sur la Marche de Radetzky, l’encourageant à scander la pulsation d’un extrait de Toreador du Carmen de Bizet.

Pour une analyse plus technique, téléchargez le programme de la soirée sur la fiche du concert (site de la Salle Pleyel)

Daniel Barenboim reviendra les 18 et 19 avril à la Salle Pleyel avec le Staatskpelle de Berlin (Mozart, Bruckner), à ne pas rater !

Rick Panegy

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