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[Comédie Musicale – Critique] Avenue Q : Drôlement creux

by Philip Pick22 février 2012
LA CRITIQUE

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La comédie musicale américaine irrévérencieuse Avenue Q vient de poser ses valises en France avec ses marionnettes à Bobino  dans une version française traduite par Bruno Gaccio (Les Guignols de l’Info). Même si  elle demeure originale grâce à ses marionnettes tenues par les acteurs qui les interprètent et que certains gags sont assez drôles, le côté politiquement incorrect de cette comédie musicale, déjantée et déconseillée à un jeune public, semble noyée dans ses propres stéréotypes et un format ultra classique.

Le jeune Princeton, qui vient de quitter son cocon familial, débarque sans logement et sans travail, sur une fictive avenue pauvre de New York qu’on imagine bien loin du centre-ville de Manhattan, l’Avenue Q. Il y fera la rencontre d’une joyeuse bande d’amis, chacun un peu raté à sa manière, composée de marionnettes comme lui, de montres et d’humains. Bercé par ses illusions et ses rêves d’enfant, il va très vite découvrir la difficulté du passage à l’âge adulte et devoir se trouver, non sans mal, un but dans la vie.

Née en 2003 aux Etats-Unis, Avenue Q a d’abord débuté sa brillante carrière à New-York sur les planches Off-Broadway. Le succès est tel que, la même année, la production sera déplacée directement à Broadway et gagnera 3 Tony Awards (l’équivalent de la cérémonie des Molières en France) dont celui de meilleure comédie musicale. Même si depuis 2009, la production new-yorkaise est retournée sur les planches Off-Broadway, elle se place 21ème dans le classement des comédies musicales jouées le plus longtemps dans l’histoire de Broadway. Une consécration prolongée à Las Vegas, le quartier West-End de Londres et de nombreuses productions internationales dont celle traduite en français et qui vient tout juste d’atterrir à Paris au théâtre Bobino. Une belle carrière qui semble loin d’être terminée pour une comédie musicale impertinente et, au premier abord, difficile d’accès avec ses marionnettes et leurs acteurs dont il faut savoir faire abstraction.

On notera que les performances des marionnettistes/chanteurs principaux sont assez remarquables. Ils sont visibles sur scène alors qu’ils donnent vie et voix aux marionnettes qu’ils actionnent, jouant chacun plusieurs personnages et pas toujours ceux qu’ils tiennent en main. La troupe française est composée d’acteurs qui alternent selon les soirs. Nous avons eu la chance de voir une représentation avec les très talentueux Prisca Demarez (Cabaret) dans les rôles de Kate Monster et Lucy la Salope et Emmanuel Suarez dans les rôles de Princeton et Rod. Selon certaines sources ayant eu la possibilité de comparer, il semblerait que Prisca Demarez s’en sort beaucoup mieux que Shirel (la fille de Jean Manson) , avec qui elle alterne son rôle.

La version française d’Avenue Q reste très fidèle à la version anglo-saxonne. Mêmes décors (Jean-Michel Adam) et mise en scène  de Dominique Guillo (Megalopolis) quasi identique à l’originale. C’est avec plaisir qu’on retrouve un vrai orchestre live sur scène pour la musique, chose trop rare dans les comédies musicales en France. Les textes ne souffrent pas d’une mauvaise traduction. Bruno Gaccio a su relativement bien adapter l’humour et les nombreuses références américaines pour un public français. D’ailleurs, une grande partie du public rit beaucoup tout au long du spectacle. Cependant, la référence principale à l’émission américaine pour enfants 1 rue Sésame (Sesame Street), véritable institution outre-atlantique qui dure depuis plus de 40 ans, ne doit pas être perçue de tous au théâtre Bobino (la version française de l’émission n’a été diffusée en France que dans la deuxième moitié des années 70). Il faut savoir qu’Avenue Q a d’abord été pensée par Robert Lopez, Jeff Marx et Jeff Whitty comme une série télévisée avant de devenir une comédie musicale. En plus d’un décor quasi identique à celui de l’émission éducative américaine, qui mêlait déjà en chanson des humains aux fabuleuses marionnettes de Jim Henson (Le Muppet Show, Fraggle Rock, Dark Crystal,…), on retrouve, dans Avenue Q, quelques personnages de Sesame Street. Par exemple, Trekkie Monster, le monstre obsédé sexuel qui  passe son temps sur Internet, fait clairement référence au personnage Macaron le Glouton (Cookie Monster en anglais), le monstre obsédé par les cookies. Les colocataires, Rod et Nicky, ressemblent tant par la voix que par l’aspect, aux colocataires de Sesame Street, Burt et Ernie (Bart et Ernest en français), soupçonnés depuis des années par le public américain d’entretenir une relation homosexuelle. Quand Rod, dans Avenue Q, fait son coming-out, le clin d’œil risque de ne pas être compris par tout le monde en France.

Parodie d’une série TV éducative, chaque chanson de cette comédie musicale irrévérencieuse pour adultes se veut donc être une petite leçon amorale et subversive pour bousculer les idées reçues d’un public américain puritain et politiquement correct. Mais, en France, l’effet de ces chansons est sensiblement moins choquant voire banal. Outre les chansons qui correspondent à la narration  propre de la petite histoire qui nous est contée, Avenue Q nous parle beaucoup de sexe (ultime tabou aux USA): Internet c’est pour le cul !, Moi je peux te faire du bien, Tu peux te lâcher autant que tu veux (quand tu t’envoies en l’air), Ma copine qui vit au Canada… Ainsi, les marionnettes, parfois nues, simulent sur scène quelques positions sexuelles, de quoi faire tressaillir le public américain mais qui ne fera, en France, au mieux, que faire rire les amateurs de ce genre d’humour parfois vulgaire. S’ajoute à cela, quelques leçons de morale branchées: Si t’étais pédé (Il faut accepter les homosexuels), Tout le monde est titi peu raciste (les petites blagues racistes sont permises), Schadenfreude (assumons que parfois nous aimons voir plus malheureux que nous) pour finir sur une « grande » et « belle » messe: la vie est finalement bien plus supportable si l’on s’aime et que l’on s’aide les uns les autres. Sous ses airs provocateurs, cette comédie musicale à la structure et à la musique ultra classique, n’est donc qu’une leçon stéréotypée de plus sur le bonheur, une accumulation de poncifs conventionnels.

Avenur Q se joue à Paris au Théâtre Bobino jusqu’au 1er avril 2012

Philip Pick

Regardez le spot publicitaire pour Avenue Q à Bobino

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3 Comments
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  • Lefevre
    23 février 2012 at 12:21

    « Selon certaines sources ayant eu la possibilité de comparer, il semblerait que Prisca Demarez s’en sort beaucoup mieux que Shirel (la fille de Jean Manson) , avec qui elle alterne son rôle. »

    Un conseil, changez de sources…

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