The-Descendants

[Film – Critique] The Descendants d’Alexander Payne: Humanisme malhonnête ou émotion universelle?

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Alexander Payne semble s’installer dans la lignée des réalisateurs humanistes optimistes, à l’instar de Franck Capra ou Roberto Benigni. Ses précédents films, Monsieur Schmidt et Sideways, s’orientaient déjà vers un altruisme revendiqué et le regard sur l’Homme, bienveillant et indulgent, que Payne y insérait, est une fois de plus mis en avant dans sa dernière œuvre, The Descendants. L’humour et l’émotion cohabitent habilement. Une habileté qui semble se retrouver dans l’esprit malhonnête de cette fausse universalité dont paraît se prévaloir le film: rien n’est plus artificiel que ce cumul de situations dramatiques -pourtant partagées par toute l’humanité-, et rien n’est plus grossier que de faire croire à des valeurs universelles en prenant comme porte-parole un contexte outrancièrement élitiste et anecdotique -Hawaï, un riche héritier aux allures de classes moyennes- (même si c’est de cette particularité exotique que Payne veut extraire son universalité). On préfèrera les Dardennes, Loach, Moretti ou De Sica pour apprécier la mise en scène de situations dramatiques personnelles ou socialement universelles… Pour autant, pour peu qu’on refrène son sens critique, les ficelles que manipulent Payne offrent un spectacle émouvant et touchant, qui saura caresser toute la gamme des émotions…

La situation mise en place par Alexandre Payne, Jim Rash et Nat Faxon dans leur scenario, adapté du premier roman de l’Hawaïenne Kaui Hart Hemmings (qui s’offre un petit rôle au passage dans le film) joue sans détour la carte de la tension dramatique. Le héros, Matt King (George Clooney) est un père de famille, sans véritable soucis, qui va subitement connaître une suite d’événements tragiques qui vont transformer sa vie et la vision qu’il a du léger, de l’important, ou du grave… The Descendants tend à montrer le héros du film comme un homme simple, commun. Son attitude de père de famille maladroit (confronté notamment à une fille ainée rebelle), son attachement à ses terres et à ses origines (il hésite à vendre une parcelle de l’héritage familial, poussé par ses cousins, plus arrivistes) et son comportement simple, opposé aux clichés de l’opinion publique sur les hommes riches, font du héros un personnages proche du spectateur lambda. Le confronter au deuil et à l’infidélité enfonce le clou: Matt King est définitivement proche du quidam. Voilà pourtant un cumul de situations au potentiel dramatique bien trop artificiel, bien trop scénarisé et trop appuyé pour ne pas souffrir d’un manque de réalisme et d’ancrage dans la réalité. Ces accents de pathos sont contrebalancés habilement par un climat d’humour et de détachement, comme pour mieux souligner le spectre immensément large des sentiments humains.  Alexander Payne , doué, réussit à faire croire au caractère universel du drame de King, à l’idée (c’est presque une lapalissade) que la peine et les difficultés sont le lot de tous… Un tour de passe-passe qu’il avait déjà su mettre en œuvre dans ses précédents opus: faire croire à une situation réaliste, alors même que tous les tenants du film sont construits de toutes pièces, sans subtilité, de telle sorte que le spectateur se laisse embarquer dans ce qui pourrait pourtant être compris comme un manque de sincérité, alors que le film joue paradoxalement sur cette corde

George Clooney trouve dans The Descendants un rôle sensible, dans lequel il peut exprimer une certaine délicatesse et son véritable potentiel émotionnel: il incarne un homme parfois perdu, en reconstruction et qui affronte avec dignité les drames qu’il rencontre… Le film repose presque entièrement sur George Clooney, présent dans quasiment toutes les scènes: certaines sont absolument bouleversantes (une émotion encore habilement amenée par Payne, qui encadre les scènes émouvantes de traits d’humour qui replongent ainsi brutalement le spectateur dans l’émoi…)

Pourtant, si le spectateur refuse de chercher derrière le produit les ficelles qui l’amènent à ce trouble et cet ébranlement émotionnel, il passera l’intégralité du film à vivre pleinement les différents états dans lesquels Alexander Payne réussit talentueusement à le placer… On rit parfois de bon coeur (des situations cocasses ou franchement comiques), on plonge dans une tristesse franche (des scènes d’une sincérité troublante). Dommage alors que l’émotion soit si construite et ne naisse pas d’une situation plus simple, plus authentique, The Descendants aurait alors gagné en loyauté et en vérité…

Rick Panegy

Regarder la bande-annonce du film The Descendants (2011) d’Alexandre Payne