[Film – Critique] La Dame de Fer de Phyllida Lloyd: Bluffante Meryl Streep pour un personnage trop flou

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Après le creux Mamma Mia ! en 2008, Phyllida Lloyd reprend Meryl Streep pour un portrait de l’incontournable, inébranlable et fascinante figure du paysage politique et historique britannique, Margaret Thatcher. Le film La Dame de Fer se veut exempt de toute couleur politique pour aborder la personne derrière le personnage publique, cependant, certaines omissions laissent un arrière-goût de révisionnisme peu objectif. En tout état de cause, même si le film peut perdre son spectateur dans une construction maladroite qui abordent d’avantage les divagations séniles d’une ex-figure politique, que de son parcours,  il confère à Meryl Streep l’occasion de réaliser l’une de ses performances les plus remarquables de sa carrière.

Le film s’ouvre de nos jours sur une Maraget Thatcher âgée, tenue à l’écart par son entourage dans une confortable tour d’ivoire. En proie à de sévères pertes de mémoires et à quelques accès de démence où son défunt mari, Denis (Jim Broadbent) lui rend visite pour discuter, Maggie se remémore les grandes étapes de son passé. De sa ville natale de Grantham, où elle aide à la boutique de son père épicier durant la seconde guerre mondiale, jusqu’à son ascension fulgurante à la tête du pays, la vieille dame qu’elle est devenue replonge dans son passé pour mieux combattre le mal qui la ronge aujourd’hui.

Sans douter de la volonté de Phyllida Lloyd de vouloir rester politiquement neutre lorsqu’elle dépeint les grandes étapes de la vie personnelle (et donc fatalement politique) de la Dame de fer, le résultat est un peu ambigu. Le Thatcherisme étant peu abordé ou simplement survolé, se concentrant bien plus sur les démences actuelles de l’ex-Prime Minister, nombreux sont ceux qui ont été choqués par les choix narratifs du film. Il est certain qu’en se focalisant sur cette vieille dame et ses élucubrations on ne peut être qu’attendri. En suscitant volontairement la sympathie d’une vieille dame à la retraite, on tient éloignées les profondes divisions et conséquences qu’a fait naître la politique de Margaret Thatcher dans son pays, l’une des plus importantes de son histoire. Les opposants de cette politique ne peuvent donc qu’être sensibles à ces omissions. En dehors du versant sénile (démenti par les porte-parole de Thatcher), ne reste que le portrait d’une femme politique presque séduisante tant elle est montrée uniquement comme une forte personnalité inébranlable et conduite par ses fortes convictions qu’elle a su imposer (parfois par la force) à tout un pays, y compris dans son propre camp, à une époque loin d’être évidente pour les femmes. Mais même dans les conservateurs, le film ne plait pas toujours. David Cameron (l’actuel Premier ministre britannique), conservateur comme Thatcher, a reproché au film de ne pas s’être concentré d’avantage sur les actions du premier ministre et trop sur ses démences de femme âgée. Norman Tebbit, ancien ministre du cabinet Thatcher, lui, a été choqué par le portrait hystérique que laisse entre-apercevoir le film.

Reprocher à Phyllida Lloyd d’avoir réalisé un film pro-Thatcher serait sans doute faire fausse route. Il y a plusieurs scènes dans le film où la version plus jeune de Margaret Thatcher ne semble pas tout à fait saine d’esprit, notamment l’impressionnante scène où elle humilie son vice-Premier ministre, Geoffrey Howe (Anthony Head), dans une crise de rage proche de l’hystérie. Tellement forte de ses convictions, Thatcher est présentée ici, à la veille de sa chute, presque comme une despote au sein même de son cabinet. La scène finale où la vieille Maggie, qui semble avoir repris le dessus sur ses problèmes de démences, se met à nettoyer elle-même sa tasse de thé dans l’évier de sa cuisine n’est pas sans faire un piquant écho à sa déclaration plus tôt dans le film « je ne finirai pas ma vie en femme au foyer à faire la vaisselle« … Hormis une prise de position floue vis à vis du personnage politique le film répondra au moins à quelques spectateurs désireux de voir ce qu’est devenu la fascinante et emblématique Thatcher à la retraite, un côté un peu « voyeurisme people » qui n’aura pas été sans agacer beaucoup de monde.

Une chose semble mettre tout le monde d’accord: le jeu de Meryl Streep. En effet, il est indéniable qu’elle y interprète l’un des meilleurs rôle de sa carrière. Les ressemblances avec la vraie Margaret Thatcher sont par moment troublants, surtout dans les séquences où elle est grimée en vielle dame (un maquillage bien mieux réussit que pour Leonardo Dicaprio dans J. Edgar d’ailleurs). L’accent Oxbridge est bluffant et les mimiques et tics de la grande Dame de fer sont parfaits, conférant au personnage une grande dimension inébranlable. Le BAFTA, et sans doute l’Oscar, de la meilleure actrice sont amplement mérités. Certain regretteront que ce soit pour ce film.

Philip Pick

Regardez la bande annonce en VOST de La Dame de Fer (2012) de Phyllida Llyod

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One Comment

  1. merryl Streep avec l’actrice …….. gènial l’ideè………………

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