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[Livre – Critique] Jayne Mansfield 1967 de Simon Liberati: Derniers jours d’une icône

by  on 3 mars 2012
Littérature
Verdict...
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Philip Pick
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LA CRITIQUE

Vainqueur du Prix Femina 2011, le roman Jayne Mansfield 1967 de Simon Liberati retrace les derniers jours d’une des plus célèbres sex-symbol du cinéma hollywoodien, concurrente directe de Marilyn Monroe, avant son destin tragique et morbide dans un terrible accident de voiture. Avec ce roman, Simon Liberati, en plus de livrer à son lecteur une description de l’état psychologique d’une pin-up sur le déclin, fournit un passionnant travail d’enquête, fourmillant de détails et de témoignages, sur la vie et la mort de la star.

Le roman s’ouvre directement sur le célèbre accident de l’actrice qui a fasciné et suscité de nombreuses rumeurs dans les années qui ont suivi. Simon Liberati plante parfaitement le décor et l’ambiance sur cette route de Louisiane avant de décrire l’enchainement des évènements qui ont provoqué l’accident fatal de la Buick de Jayne Mansfield aux premières heures du 29 juin 1967. Une somme des témoignages et des archives de police de l’époque retranscrits en un récit glaçant de la collision et surtout de la désincarcération de la voiture passée sous un semi-remorque, qui n’est non sans rappeler les descriptions précises de taules froissées de J.G. Ballard dans son roman culte Crash (les métaphores sexuelles en moins).

Simon Liberati est totalement fasciné par la scène morbide laissée par l’accident, mais il n’en est pas moins subjugué par son héroïne principale à qui il redonne un peu de dignité, balayant d’un revers de main les rumeurs de décapitation et de satanisme au sujet de sa mort. Il retrace les derniers jours de Jayne Mansfield en compagnie de son amant Sam Brody, avec qui elle entretient des rapports tumultueux, et ses coups médiatiques pour attirer l’attention de la presse et tenter de remonter la pente d’une carrière qui s’était, depuis un moment, essoufflée. On y découvre comment cette actrice de cinéma, remplaçante de Marilyn Monroe à la 20th Century Fox, est obligée de maintenir son statut de sex-symbol vieillissant. Elle semble obsédée par la notoriété, collectionnant minutieusement tous les articles la concernant. Pour rester un peu plus longtemps dans la lumière, elle manie les tenues provocantes, les perruques en tout genre et les comportements irrévérencieux en public pour que l’on parle d’elle. Une déchéance jalonnée de rejets qui la mènera tout droit à l’alcool, une dernière prestation bâcléesdans ce club miteux de Louisiane et un accident qui, ironiquement, la replacera au centre des médias. Aujourd’hui, Jayne Mansfield est célèbre autant par ses atouts physiques, ses frasques que sa mystérieuse mort, des années avant les tout autant impressionnants accidents de voiture de Grace Kelly (en 1982) ou de Lady Di (en 1997).

Certes, Simon Liberati romance un peu les derniers instants de la star, allant même jusqu’à imaginer les dernières pensées rêveuses d’une Jayne Mansfield faisant le point sur sa vie quelques minutes avant de monter en voiture. Mais l’atout le plus fascinant de ce roman sera sans doute sa façon de lier avec brio et efficacité une multitude d’anecdotes et de détails passionnants, parfois morbides, sur les derniers jours de la sex-symbol, que Simon Liberati semble autant fétichiser morte que vivante. Par son écriture précise, il flirte avec l’exhibitionnisme des images de l’accident issues des archives de police, qui l’ont sans doute autant fasciné que Kenneth Anger (Le réalisateur du sulfureux de Scorpio Rising) qui les avait publié dans son ouvrage Hollywood Babylon. S’il existe de nombreux ouvrages sur la vie et la mort de Jayne Mansfield, celui-ci semble le plus attrayant par sa forme romancée et sa quête de vérité.

Philip Pick

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5 Comments
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  • 6 août 2012 at 10:27

    Hello cet ecrit est tres surprenant, je vais me renseigner plus

  • 6 août 2012 at 10:53

    Salut cet ecrit est vraiment surprenant, j’ai appris un truc aujourd’hui

  • 1 février 2013 at 5:13

    Rebonjour, c’est un roman qui donne envie de voir J. Mansfield dans des films, ce que je n’ai pas encore fait. Bonne après-midi.

    • Rick et Pick
      1 février 2013 at 8:58

      Effectivement ! C’est un peu mon cas aussi ! Quelques-uns attendent dans notre liste de DVD à regarder ! Peut-être les critiquera-t-on dans notre rubrique Cinéclub. Le style passionné et un peu morbide de Simon Liberati me donne également très envie de lire son dernier essai sorti en janvier 2013 « 113 études de la littérature romantique »… à suivre !

      • 3 novembre 2014 at 6:23

        Avez-vous lu les « 113 études […] » ? Je l’ai acheté à sa sortie, en même temps que « Vivre, Penser, Regarder » de Siri Hustvedt et procède par à-coups pour lire l’un et l’autre. Tous deux tiennent de l’essai, du journal de notes d’écrivains, de réflexions, qui forment un matériau d’une densité extraordinaire et, pour cela, sont peu évidents à s’approprier. Mais c’est leur grande richesse et cela en fait des petites bibles. Bravo pour votre blog très plaisant à lire et bien fait. Au plaisir.

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