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[Danse – Critique] Orphée de José Montalvo et Dominique Hervieu : Melting-pot culturel malheureux…

Spectacles
LA CRITIQUE

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Le duo José MontalvoDominique Hervieu, couple phare de la création artistique depuis presque 20 ans, proposaient en 2010 leur dernière création commune, cet Orphée aux contours multiples et universels, au Théâtre National de Chaillot, dont ils dirigent conjointement le pôle danse et chorégraphie depuis 2008 (depuis 2000 pour Montalvo seul). Orphée, mythe incontournable, est ici un spectacle aux couleurs vives et variées, rassemblant et liant tout ce qui peut être uni, des valeurs aux personnes, des symboles aux sentiments, des styles de danses aux styles musicaux. Loin d’épouser le conservatisme latent du monde de l’art, le duo pousse la conviction dans un jusqu’au-boutisme un peu dangereux: leur volonté de mêler hip-hop et classique, danses africaines et contemporaines au même titre qu’ils mêlent musique classique, opéra, théâtre ou influence de la comédie musicale, donne à l’ensemble du spectacle la véritable force du métissage et de la diversité, que l’on retrouve dans la pluralité des origines des danseurs (des blancs, des blonds, des noirs, des asiatiques …) comme dans la variété des physiques proposés (de l’uni-jambiste aux corps sveltes et élancés, en passant par la musculature saillante). Cependant, à trop appuyer le discours vantant les mérites de la disparité de l’Humain, qui se retrouverait tant dans l’Homme lui-même que dans ses recherches artistiques, on frôle parfois l’argumentaire pompeux ou simpliste, trouvant ipso facto sa résonnance dans la qualité artistique des interprètes: ici le classique n’est pas vraiment classique, l’opéra n’est pas vraiment opéra, le hip-hop ne décolle pas… En outre, le mythe, résolument dramatique, et pourtant volontairement parsemé d’un humour parfois inapproprié, est distendu, étiré au fil d’un schéma narratif inutile…

Le travail des chorégraphes Montalvo et Hervieu, depuis toujours, est orienté vers les possibilités d’expressions variées et l’intégration des différents courants de danse et musique. Ils s’autorisent, à l’image de cette dernière création, qui a fait l’objet d’une immense audition publique en 2009, à intégrer les danseurs venus d’horizon divers, évitant l’écueil d’un enfermement dans un style. Enfin, mêlant habilement arts de la rue et références classiques de la culture bourgeoise (ici Monteverdi, Offenbach ou Gluck), ils parviennent à donner toute sa vérité au spectacle vivant. L’orientation absolu de leurs spectacles vers le public (lieux de représentation hors des scènes du théâtre, interactivité avec le public…) se retrouve encore un fois dans leur dernière création. Dans Orphée, encore une fois, tous ces éléments, véritables invariants de l’univers Montalvo/Hervieu, participent d’une représentation extrêmement vivante et accessible, alors même que l’étymologie du spectacle est très exigeante, basée sur un mythe complexe (bien qu’extrêmement connu), sur des références picturales pointues (Rubens, Orfeu Negro de Marcel Camus…) et sur des références musicales précises (Orfeo de Monteverdi, Orphée et Eurydice de Gluck etc…) Ici ou là, au long du spectacle, un circassien sur échasses à ressort danse avec un uni-jambiste en béquilles (dansant du hip-hop), avant de parader dans les gradins ; puis un danseur africain s’essouffle dans un mélange de scat et de beat-box, dialoguant avec un contre-tenor, dans un échange distrayant quoique très peu had hoc… Plus loin, c’est un ténor violoncelliste qui accompagne un danseuse funkstyle-jazzrock ou encore un danseur de break-dance et de krump qui côtoie une danseuse de formation classique, sur pointes, alors que deux sopranos interprètent Offenbach…

Autant de mélanges a priori incompatibles que Montalvo et Hervieuxdans un élan de générosité qui semble donner à la pièce entière les contours d’un épistème ambitieux, essayent de faire cohabiter parfois maladroitement…

L’ambition artistique est amplifiée par un travail de reflet et de mise en abîme par la vidéo, élément de scénographie fortement utilisé par le duo Montalvo/Hervieux dans leurs dernières créations. Dans Orphée, l’utilisation de la vidéo est omniprésente, utilisée comme « décors » symbolique de chacun des chapitres relatant la mésaventure tragique du héros. Si omniprésente qu’elle détourne trop souvent le regard du spectateur de la performance live des danseurs… Et que dire de l’esthétisme des vidéos proposées, volontairement kitsch, loin de l’épure exagérée d’un Bill Viola, par exemple. Des animaux cohabitent assis sur des fauteuils ou devant un Paris nocturne, symbolisant le charme opéré par Orphée et sa lyre sur la Nature… Plus tard, les danseuses incarnent des Ménades rieuses et moqueuses, sombrant dans une furie meurtrière, symbolisant la mort d’Orphée. Entre-temps, l’utilisation de la vidéo aura permis des chorégraphies synchronisées entre les danseurs live et leur double à l’écran… Une esthétique assez laide, loin de la représentation poétique et lyrique du mythe dans la mémoire collective: une démarche osée mais assez peu payante.

Des symboles parsemés tout au long du spectacle, comme un parcours intellectuel sur le questionnement de l’art et de la création et leur influence sur l’Homme, accompagne l’aspect purement festif des chorégraphies. Chaque danseur est une partie d’Orphée, ou une partie de l’interprétation qu’en a fait toute l’exploration artistique de ces derniers siècles: Orphée noir (comme universalité du discours amoureux, mythe dépassant les frontières) ou Orphée androgyne (références aux multiples interprétations du rôle par des femmes, au cours de l’histoire, comme réponse à la sensibilité du héros mythologique), Orphée comme incarnation du pouvoir de la musique (un violoncelliste), Orphée Dieu (grandeur et puissance, sur échasses) Orphée comme dépassement de l’Homme par l’art (un danseur uni-jambiste)… Pareillement, Eurydice s’exprime tout au long du spectacle à travers le corps et la voix de plusieurs interprètes, les mêmes qui interpréteront les Ménades dans le final, comme pour souligner l’extrême largeur du spectre de l’âme humaine…

Un spectacle à l’ambition et à l’intelligence élevée, que l’extrême vitalité et l’énergie débordante dont il fait preuve dissimulent, laissant au final l’impression d’un simple spectacle de rue, assez disgracieux et aux performances inégales. Le spectateur lambda peinera à suivre le fil narratif symbolique du duo Montalvo/Hervieu et, hélas, n’aura finalement l’impression d’assister qu’à une succession de numéros dansés ou de tableaux parfois drôles, parfois dramatiques, parfois sportifs… Certains en sortiront ravis, persuadés d’avoir eu droit à un véritable spectacle de cirque ou de rue réussi, applaudissant les performances ponctuelles (sauts de l’échassier, danses africaines, échanges de  chants lyriques…), d’autres en sortiront mécontents, n’ayant pu trouvé le fil conducteur à ce mélange informe de diverses expressions artistiques incompatibles.

Orphée fait partie de ces spectacles faussement populaires, en réalité extrêmement ambitieux et intellectuels, mais qu’une épaisse couche de divertissement renda prioriaccessibles…

Rick Panegy

Photo du tournage de la vidéo du spectacle Orphée de Montalvo/Hervieu

Regarder un extrait vidéo du spectacle Orphée de José Montalvoet Dominique Hervieu

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Auditions au  Théâtre de Chaillot pour la sélection des artistes pour le spectacle Orphée en 2009

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