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[Théâtre – critique] : Sunderland de Clément Koch, mise en scène de Stéphane Hillel. Dans la simplicité, la grâce…

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Sunderland fait partie de ces petites pièces, sans prétention, aussi loin du formalisme intellectuel parfois rebutant du théâtre moderne que de la simplicité vulgairement outrancière des comédies de boulevard ou des pièces qui se veulent très populaires… Ces petites pièces dont la modestie n’a d’égal que le naturel de ses comédiens et la sincérité de son auteur… Clément Koch a réussi, avec Sunderland, ce mélange subtil de légèreté et de gravité dont on sait que le pari est souvent risqué: ou l’on sombre dans la caricature, ou l’on touche, avec finesse, l’extrême justesse de l’anecdote. C’est évidemment cette justesse que parvient à atteindre l’auteur en offrant au spectateur la touchante histoire d’une famille anglaise pauvre, touchée par la crise et les drames familiaux, que seules l’amour et l’amitié pures et honnêtes sauveront.

Les décors sont modestes, la scénographie peu ambitieuse: tout concourt à placer le curseur sur la condition des personnages. Sally (Elodie Navarre) a recueilli son amie Ruby (Constance Dollé) dans la maison modeste qu’elle occupe depuis la disparition de sa mère. La crise et la grippe aviaire les ont plongées dans un chômage qu’elles espèrent de courte durée. L’argent est nécessaire…. Ruby se reconvertit en opératrice de charme au téléphone, ce qui ne manquera pas d’assurer (et à travers également les autres facéties du personnage) une grande part du côté comique de la pièce. Sally, quant à elle, est confrontée à un triple problème: trouver de l’argent pour continuer à pouvoir subvenir aux besoins de sa jeune sœur (Géraldine Martineau) en allant jusqu’à vouloir devenir mère porteuse pour un couple homosexuel ; empêcher les services sociaux de reprendre de force sa petite sœur, en proie à des troubles psychologiques depuis le « départ » de leur mère (que l’on verra apparaître à de nombreuses reprises en souvenir sur le mur, en diva garce, révélant peu à peu la genèse tragique de cette situation malheureuse) et, dernière difficulté de Sally, accepter son passé tumultueux, son destin et s’ouvrir à la réalité…

Le prolétariat british respire de toutes parts: les tenues provocantes et légèrement vulgaires des héroïnes, leur langage peu châtié, les cigarettes roulées, les bières que l’on boit régulièrement à la bouteille, le football comme seule et unique distraction locale, frôlant la religion… Sans jamais dénigrer ces couches populaires, qu’il décrit avec bienveillance, l’auteur amuse en jouant sur les clichés mais révèle, avec sensibilité, l’extrême humanité des ces gens simples… Ici, Sally et Ruby, accompagnées de leur fidèle ami, un peu simplet et secrètement amoureux de Sally, ne chercheront jamais l’intérêt personnel ou le profit: tout guide à l’entraide, à l’amour de l’autre. « Se serrer les coudes », sans arrière-pensée et affronter au mieux ainsi la grisaille de Sunderland, reflet de celle qui assombrit leurs propres vies…

La pièce est bien écrite, avec intelligence: Clément Koch parvient, et c’est assez remarquable, à éviter l’écueil du mélodrame larmoyant cumulant les grosses ficelles. Le chômage, une enfance difficile (la maltraitance?), la dépression, l’endettement, le handicap social, etc… Tant de situations tragiques qui auraient aisément alourdi le caractère honnête du récit si l’auteur n’avait pas réussi à contourner ce piège en puisant dans l’ironie et dans le second degré. On rit beaucoup, on sourit énormément…Et davantage encore lorsque, au fur et à mesure des dialogues, justes et souvent percutants, les protagonistes prennent corps, tels de véritables « amis », pour qui on éprouve alors une compassion infinie et une immense tendresse. Cette prouesse est aussi due au jeu des comédiens, qui parviennent tous remarquablement à trouver le ton juste, au point d’en être sidérants de naturel et criants de vérité! En tête, Constance Dollé et Elodie Navarre (formidable!!!), qui réussissent, en quelques phrases et quelques regards ici ou là, à basculer du comique au grave…

La pièce, jouée depuis le 15 septembre 2011 au Petit Théâtre de Paris, est un véritable succès ! Gageons qu’elle restera encore longtemps à l’affiche, tant il est rare de voir autant de vrai dans de la fiction. Le Sunderland de Clément Koch fait penser aux Ken Loach, aux Stephen Frears (The Snapper), à The Full Monty, à Les virtuoses, à ces auteurs britanniques retraçant la dure réalité de l’Angleterre prolétaire tout un gardant l’optimiste espoir qui réchaufferait les plus sceptiques… Et réussir à soutenir cette comparaison est le gage d’une réussite… A voir !

Rick Panegy

Au Petit Théâtre de Paris, Informations et réservations ici !

01 48 74 25 37 (Réservations)

15, rue Blanche – 75009 PARIS

Regarder le reportage BFM (extrait) sur la pièce Sunderland