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[Danse – Critique] La Jeune Fille et la Mort de Thomas Lebrun : Eros et Thanatos entre arabesques et violons…

Spectacles
LA CRITIQUE

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Oubliez le mythe de Perséphone et d’Hadès, auquel le quatuor de Franz Schubert fait référence, adaptant le poème de Matthias Claudius (1817) (après en avoir d’abord fait un magnifique lied). Gardez plutôt de ce mythe son essence symbolique: ici, c’est davantage vers Eros et Thanatos que la trame narrative de la chorégraphie se penche.

Thomas LeBrun, jeune chorégraphe dynamique et prolifique, fondateur de la compagnie illico, présente sa nouvelle création au Théâtre National de Chaillot. La Jeune fille et la mort, pour trois danseurs et quatre danseuses, entourés d’un baryton (Benjamin Alunni) et d’un quatuor live (le Quatuor Voce), est un véritable enchantement visuel, d’une sobriété touchant à l’épure. Volontairement froid et implacable, sans décor, sans costume (si ce n’est la peau qui se dénude parfois peu ou prou…), le spectacle offre cependant de véritables moments charnels, des épisodes de tendresse et même d’humour, des éléments d’une nostalgie et d’un implacable vérité humaine… Un spectacle rigoureux et très esthétique, techniquement irréprochable, au « casting » de choix…

Anne-Sophie Lancelin

Corinne Lopez, danseuse référence, ainsi qu’Odile Azagury et Christine Girard, chorégraphes expérimentées, toutes trois bien plus âgées qu’Anne-Sophie Lancelin, l’élément central du spectacle, apportent à cette vision des rapports humains entre les hommes et les femmes, entre les femmes et le temps, les hommes et la séduction, les femmes et l’attirance, un émouvant élan de sincérité et de nostalgie. Ces femmes plus âgées côtoyant une femme bien plus jeune permettent d’évoquer la jalousie latente du corps de l’autre, le rapport à un passé perdu, la colère et la séduction de l’homme, toujours plus attiré par la jeunesse… La chorégraphie de Thomas Lebrun, de mouvements symétriques en arabesques algorithmiques, offre  aux femmes  la position d’épicentre de la tension sexuelle et sensuelle qui anime les rapports hommes-femmes…

Odile Azagury

Car si Eros et Thanatos il y a, c’est que les hommes rodent… C’est ici Christian Ubl et Raphaël Cottin, deux chorégraphes, dansant aux côtés d’Anthony Cazaux, qui incarnent le pendant masculin et animal à la grâce et aux tourments subtiles de la féminité. Rampant nus sur le sol, suivant telles des ombres les corps féminins, jonglant entre la protection de la femme au crépuscule de son pouvoir sexuel et leur attirance charnelle envers la jeunesse, les trois hommes donnent aux quatre danseuses leur éclat et leur absolue dignité.

D’Eros à Thanatos, il n’y a qu’un pas, et l’un appelle irrémédiablement l’autre. C’est ici ce combat, arbitré par Chronos et la fuite du temps, que retrace Thomas Lebrun en prenant soin d’écarter toute scorie de mise en scène superflue. La sobriété radicale de la scénographie met davantage les corps et leur langage en lumière. Pour appuyer plus encore le symbole du vivant de ce combat de mort et d’amour, Thomas Lebrun a choisi d’accompagner live ses danseurs: le Quatuor Voce livre ici une interprétation très honorable du formidable quatuor D810 de Schubert. Le jeune baryton Benjamin Alunni accompagne également les danseurs, interprétant avec beaucoup de talent (Fischer-Dieskau est encore loin mais Alunni n’a pas à rougir) le lied D351, à l’origine du second mouvement du quatuor « la jeune fille et la mort« . Par moment, il s’intègre à la chorégraphie de Thomas Lebrun et se fond dans les mouvements des danseurs… Comme pour montrer qu’entre Eros et Thanatos il a choisi la vie et l’amour, Thomas Lebrun rend vivante la musique et la voix qui accompagnent sa chorégraphie.

Anthony Cazaux

Des moments forts (une superbe scène entre Anne-Sophie Lancelin et Odile Azagury, où s’expriment jalousie, nostalgie, mélancolie et regrets ; une belle scène entre Anne-Sophie Lancelin encore et Raphaël Cottin, entre jeu de séduction et timidité, avec humour aussi ; et des chorégraphies collectives techniquement accrocheuses…) Aussi, lorsqu’une neige noire tombe finement sur la scène, dans un tableau final, l’esprit de mort plane autour de la jeune fille. Mais c’est elle qui vaincra, et ses démons et ses ombres…

Rick Panegy

Pour mieux comprendre La jeune fille et la Mort, le spectacle de Thomas Lebrun, quoi de plus vrai sûrement que l’avis du chorégraphe lui-même ici, sur le site de la Compagnie Illico.

Date des représentations :

15, 16,17, 20 et 21 mars 2012 – Théâtre National de Chaillot   (CRÉATION)
27 mars 2012 – Le Phénix, Scène nationale Valenciennes
20 avril 2012 – L’Arc, Scène nationale Le Creusot
3 et 4 mai 2012 – Maison de la Danse (Lyon)
11 mai 2012 – La Filature, Scène nationale Mulhouse
15 mai 2012 – Le Colisée (Roubaix)
9 juin 2012 – Théâtre de Vitry-sur-Seine

Ecouter ici le Lied D351, adaptation du poème de Matthias Claudius, par l’immense Dietrich Fischer-Dieskau

Ecouter ici La jeune fille et la mort, quatuor D810 de Franz Schubert (3eme mvt) par le Quatuor Voce

Poème de Matthias Claudius

La jeune fille
Va-t’en! Ah! va-t’en!
Disparais, odieux squelette!
Je suis encore jeune, va-t-en!
Et ne me touche pas.

La Mort
Donne-moi la main, douce et belle créature!
Je suis ton amie, tu n’as rien à craindre.
Laisse-toi faire! N’aie pas peur
Viens doucement dormir dans mes bras

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