24th avr2012

[Film - Critique] Kick-Ass de Matthew Vaughn: Drôle et irrévérencieux, une adaptation réussie

by Rick et Pick

Sorti en 2010, le Kick-Ass de Matthew Vaughn est l’adaptation du comic éponyme. Genre florissant et semble-t-il inépuisable de ces dernières années, le film de super-héros lasse parfois par ses ressorts dramatiques appuyés, son traitement à la testostérone exagéré ou sa morale bien-pensante souvent manichéenne. Ici, l’alternance entre second degré, tension, action, références, distance et irrévérence est délicieuse et jubilatoire. Kick-Ass ne se limite pas aux conventions du genre  et ne se heurte pas aux bornes de la bienséance… La mise en scène est tantôt survitaminée, tantôt subtile, et sert parfaitement cette histoire d’un super-héros improbable pour qui la vie (réelle) va se mêler à la fiction qui nourrit ses fantasmes d’adolescent. Les références geek sont innombrables et plaisantes et le spectateur ne boudera pas son plaisir, devant tant de drôleries et d’action, qui n’empêchent pas une ultra-violence (polémique) d’alimenter nos jouissances coupables.

Le comic de Mark Millar et John Romita Jr., Kick Ass (créé en 2008), narre les aventures maladroites d’un jeune lycéen (Aaron Johnson à l’écran) qui rêve secrètement de devenir super-héros: ancré dans sa réalité sociologique contemporaine, le comic est bourré de références aux précédents comics (Batman, Spiderman, Les 4 Fantastiques etc…) qui alimentent depuis quelques années les adaptations cinématographiques et envahissent le quotidien des adolescents. Ici, le héros est un jeune homme moderne, qui possède un my-space, qui a vu au cinéma les films de super-héros, et qui est simplement préoccupé par sa vie d’adolescent…

Le contexte résolument contemporain (Youtube, smartphone…) impulse au film une réalité et une véracité. Cette authenticité, en même temps qu’elle appelle ipso facto un savoureux paradoxe, dès lors qu’on est dans le genre de super-héros, permet alors à ses auteurs (et ici au réalisateur M.Vaughn) deux positions contradictoires mais complémentaires. Dans un premier temps, cela leur permet de se moquer de ce genre, en cumulant le second degré, l’ironie ou la parodie, en pointant ses clichés ou ses codes incontournables ; mais cela leur permet aussi, au fur et à mesure que l’intrigue se déroule, d’instaurer aux scènes de combats de ces super-héros ordinaires une violence qui apparait soudain comme moins irréelle et moins fantasmée : l’ancrage dans un quotidien réel et contemporain, avec pour héros des personnages sans autres pouvoirs que ce qui alimente leur rêve ou leur désir de vengeance, ne permet pas à la violence d’être dissipée dans un climat totalement fictionnel et improbable. Ce qui a, lors de la sortie en salle, provoqué quelques polémiques…  En outre, la violence n’étant absolument pas évitée par le réalisateur, et étant portée et véhiculée par un adolescent et une  très jeune fille (lesquels subissent aussi une violence extrême), il n’en fallait pas plus pour perturber la morale.

Christropher Mintz-Plasse (Red Mist), Nicolas Cage (Big Daddy) et surtout l’incroyable Chloë Moretz (Hit Girl) -d’une sensibilité égale à l’énergie et à la dextérité dont elle fait preuve-, accompagnent Aaron Johnson (Kick Ass) dans un casting réussi, où chaque acteur apporte une fraicheur et une naïveté agréable (le cabotinage habituel de Cage ici, semble curieusement tout à fait acceptable). Et la mise en scène de Matthew Vaughn, également producteur et scénariste, (et auteur des remarqués Layer Cake en 2004 et Stardust en 2007 et du plus lisse X-Men, le Commencement, 2011) est brillante, alternant une simplicité efficace (surtout lors des passages comiques: le  héros devant sa glace, les camarades au lycée, les tentatives de séduction, engendrant des quiproquos…) et un savoir-faire remarquable, notamment lors scènes de combats (aux références et aux modèles certes inévitables et évidents, mais qui fonctionnent à merveille). A titre d’exemple, la scène finale, dont l’ouverture, excitante, est accompagnée de la musique de Morricone (Et pour quelques dollars de plus) est à mi-chemin entre Tarantino et De Palma: la violence y est crue et les pulsions ravivées par une mise en scène tonitruante. Gageons que la suite, prévue pour 2012 (Kick-Ass, Balls to the Wall) sera de la même veine que ce premier opus. Matthew Vaughn sera encore derrière la caméra…

La culture geek envahit l’écran et l’aspect multi-référencé du film ne parasite pas la narration (les références, bien que clairement assumées, ne sont pas lourdement appuyées). Ainsi, de Spiderman à Batman (répliques et citations), de Taxi Driver à Scarface (etc…), ou encore une parodie de jeux videos en FPS, les clins d’œil sont nombreux. Voilà donc un teenage movie qui se regarde, même adulte, avec un plaisir non feint. Entre action percutante et humour argumenté, violence directe et délires sauvages, le spectateur savoure sans peine les plus primaires de ses affects, réactions instinctives réveillées par un film qui donne un (petit) coup de pied aux conventions, laissant au loin trainer les règles sages et les idées lisses… Agréable.

Rick Panegy

Bande annonce de Kick-Ass (2010) de Matthew Vaughn

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