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Littérature

[Livre – Critique] 22/11/63 de Stephen King – Un paradoxe temporel décevant

by Philip Pick9 mai 2012
LA CRITIQUE

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Le prolifique et renommé auteur d’épouvante américain Stephen King (Shining, Ça, Carrie… ) a publié son dernier roman 22/11/63 aux Etats-Unis en novembre 2011. Près de cinquante ans après l’assassinat de JFK, John Fitzgerald Kennedy, King utilise le voyage dans le temps pour faire de son personnage principal, Jacob « Jake » Epping, un héros justicier anonyme. Son but: sauver le président des États-Unis. Une idée de roman plus qu’alléchante puisqu’elle mélange deux thématiques populaires: le paradoxe temporel et le mystère autour de l’assassinat de Kennedy en 1963. Un exercice risqué avec de bonnes trouvailles mais relativement bancal.

2011. Jake Epping, professeur d’anglais dans le Maine et récemment divorcé, est un grand solitaire. Après ses cours au Lycée de Lisbon Falls, il dine régulièrement dans le restaurant d’Al Templeton. Un soir, il découvre qu’Al est, du jour au lendemain, en phase terminale d’un cancer des poumons. Pour expliquer son état qui semble ne plus lui laisser beaucoup de temps à vivre, Al lui fait découvrir une mystérieuse faille temporelle qui amène tout droit en 1958, toujours à la même date, le 9 septembre à 11h58. Après une séance d’essai d’une heure dans le Lisbon Falls de 1958, Jake revient en 2011 à peine une minute après son départ.  Al lui explique que son dernier séjour dans le passé, le plus long, a servi a enquêter sur Lee Harvey Oswald afin de déjouer l’assassinat de JFK. Trop malade pour finir sa mission et forcé de constater que le Temps est assez obstiné à empêcher tout changement, il convainc Jake d’utiliser la faille pour terminer son travail. Jake, qui n’a plus rien a perdre et qui idéalise une version alternative de l’Histoire où il n’y aurait pas eu de guerre du Vietnam ou d’assassinat de Martin Luther King, traverse la faille temporelle et se lance dans une aventure qui va durer quatre années.

Quatre années entre  le Lisbon Falls de 1958 et Dallas à la fatidique date du 22 novembre 1963, lorsque Lee Harvey Oswald a tiré sur Kennedy, décrites au fil des 846 pages que compte l’édition américaine de 22/11/63. Entre ces deux événements, Jake doit assumer une nouvelle identité, une nouvelle vie et retrouver la trace d’Oswald pour le surveiller afin de contrer ses plans criminels sans jamais savoir s’il s’agit de la bonne personne. Un doute qui tient lieu de suspens jusqu’aux dernières scènes du roman auquel s’ajoute la menace du Temps qui s’obstine à ne pas laisser le cours de l’histoire être modifié. Un pitch assez fort si Stephen King ne s’était pas empesé d’une histoire romantique à l’eau de rose entre le Jake du futur et une certaine Sadie du passé. Une histoire d’amour un peu convenue probablement élaborée pour contrebalancer avec un héros au sang-froid devant faire justice lui-même à plusieurs reprises et qui permettra de renforcer la dramatique du dénouement.

L’écriture simple du romancier, peu habituée à baigner dans un contexte historique, s’épanche dans des pages de dialogues peu crédibles entre ses divers protagonistes fictifs et historiques. L’ennemi public numéro un, Lee Harvey, se retrouve plus abordé  au travers de  ses conversations triviales en famille qu’au travers de ses réels motifs politiques ou psychologiques. Alors que le sujet se prêtait à une véritable analyse des origines de l’assassinant, Stephen King  ne fait qu’effleurer la surface du personnage, se gardant prudemment d’émettre une opinion.

Comme s’il avait conscience qu’une partie de ses fans pouvait se perdre dans ce nouveau genre, Stephen King les a récompensés avec un énorme clin d’œil à l’un de ses romans culte. Lorsque Jake traverse le Maine de 1958 afin de venir en aide à la famille de l’un de ses élèves du présent, il atterrit dans la ville de Derry juste après une série de crimes perpétrés par un horrible clown. Avec ce passage qui survient directement après la première partie du roman Ça (1986), les fans pourront se délecter de retrouver la terrifiante ville de Derry et découvrir l’ambiance  malsaine qui y a régné.

Au final ce 22/11/63 déçoit. Trop long, le roman pourrait être expurgé de quelques passages superflus. Trop mou, à force d’aborder un sujet aussi important et passionnant sans jamais s’y mouiller, le livre finit par lasser. Les promesses sous-entendues en quatrième de couverture ne sont pas tenues. Pour le moment il n’y pas encore de date annoncée pour la version française du roman qui pourrait bien sortir pour les 50 ans de l’anniversaire de la mort de JFK. En revanche une date est annoncée pour la suite du cultissime Shining, Dr Sleep, qui devrait sortir aux États-Unis en  2013. Espérons, qu’elle, tienne ses promesses.

Philip Pick

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  • 6 août 2013 at 10:34

    à l’inverse de toi, un roman qui nous a captivé !!! ;) nous découvrons ton blog avec plaisir !

    • Rick et Pick
      6 août 2013 at 2:43

      Merci ! Il faut savoir profiter des plaisirs de la vie ^^
      22/11/63 est un peu décevant, au regard des chefs d’œuvre qu’a pu nous offrir le maître…

      • Moss
        6 octobre 2017 at 7:00

        Je suis fan des livres de King depuis plus longtemps que je n’ose l’avouer, aussi écrire une critique négative m’est très étrange. Je vais essayer d’être constructif, mais dans l’ensemble je partage l’avis de Pick.

        22/11/63 est une déception quasi-intégrale. Malgré un début enthousiasmant, il s’écroule au troisième round. King se montre incapable d’assumer le projet qu’il s’est fixé. C’est un livre ambitieux, et l’auteur s’était retenu de le composer dans les années 70, justement à cause de la difficulté inhérente à un tel récit. Néanmoins. Les paradoxes temporels sont ici flagrants, l’auteur le sait mais envoie le tout bouler grâce à un personnage d’entremetteur temporel aussi utile dans l’architecture du récit qu’irréaliste. Pire, les ficelles de son histoire sont visibles, réflexion que je ne m’étais jamais faite sur un autre de ses récits. Tous les « points chauds » de l’histoire Oswald sont grossièrement esquivés, Oswald lui-même est caricatural. La haine du narrateur à son encontre sort de nulle part. C’est l’une des rares fois (plus fréquentes néanmoins depuis les années 2000 et des récits creux comme Dreamcatchers et Tom Gordon) qu’il me tarde de refermer un King. Chose insensée pour un fan de la première heure.
        Là où cela devient inquiétant, c’est au niveau de l’écriture des relations entre les personnages, excepté la reprise du chef d’oeuvre de Steinbeck, on a l’impression que tout sonne faux, à côté. Comme si l’auteur était en pilote automatique. Pas une minute je n’ai cru à l’illusion romanesque ici dressée entre le narrateur et sa belle. C’est ça qui m’a le plus découragé sur ce livre.

        Dans ce contexte-là, le caméo concernant l’autre oeuvre culte de King fait forcée, comme elle l’était dans Dreamcatcher.

        Pour ce qui concerne la vf : la nouvelle traductrice empire cette déception, avec des francisations horribles, et même l’usage de régionalismes (comme le terme charentais « débaucher » pour dire « quitter le travail », j’en passe…), lourdes erreurs qui ont la faculté de sortir le lecteur d’un récit. De ce fait, j’appréhende énormément de lire les nouveaux King en vf alors que je ne me posais jamais la question avec Desmond. Enfin, quelques coquilles bien violentes relevées dans les 60 premières pages de la version fr. en poche, après ça va mieux.

        • Philip Pick
          6 octobre 2017 at 8:44

          Merci Moss pour ce magnifique commentaire critique de cette œuvre ! Avez-vous regardé l’adaptation en série télévisée depuis ? Ma dernière franche réconciliation avec un roman récent de King est « Mr. Mercedes » mais, là encore, je me passerais bien des amourettes artificielles des personnages qui, à la longue, semblent peupler ses récits récents comme les nouveaux algorithmes hollywoodiens qui dictent la recette d’un récit parfaitement divertissant et font que tous se ressemblent…

          • Moss
            7 octobre 2017 at 6:47

            Salut Pick, et tout d’abord : merci pour votre retour.

            Pour répondre à vos remarques : non, je n’ai pas vu l’adaptation de 22/11/63. J’avoue ne pas courir derrière les adaptations.
            Pour la suite des aventures, je vais marquer un temps avant de me lancer sur les quelques King post-2000 qui manquent à ma lecture (Cellulaire, le Dôme, Joyland, Dr Sleep et le cycle Mercedes). Pour une fois, j’envisage de les emprunter à la médiathèque, simple précaution. Donc pas encore de Mr Mercedes, mais cela viendra.

            Quant aux histoires d’amour dans les King, j’avais beaucoup apprécié celle entre les deux protagonistes de l’Histoire de Lisey, qui reste le dernier de ses romans à m’avoir marqué.

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