Dark-Shadows

[Film – Critique] Dark Shadows de Tim Burton: gothique, commercial et sans poésie

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L’univers de Tim Burton, et donc celui de Johnny Depp, vient de s’étendre davantage avec l’arrivée sur nos écrans du dernier cru Dark Shadows. Remake d’une série télévisée américaine des années 60 du même nom, ce nouvel opus ne fait que prolonger le tournant pris par le réalisateur il y a une dizaine d’années. Trop marqué par son esthétisme, devenu une marque de fabrique commerciale, le film peine à trouver une âme.

Le tombeur de femmes, Barnabas Collins (Johnny Depp) tout droit débarqué d’Angleterre aux États-Unis dans le Maine, tombe sous le mauvais sort d’une sorcière française Angélique Bouchard (Eva Green, pas mauvaise), à qui il brise le cœur avec Josette Dupres (Bella Heathcote). Angélique  se débarrasse de sa rivale et transforme Barnabas en vampire avant de le dénoncer aux habitants de la ville.  Enterré dans un cercueil, Barnabas ne refait surface qu’en 1972, où il retrouve dans le manoir familial, une descendance désabusée et pauvre. Mais la sorcière Angélique rôde toujours…

Certes la distribution est alléchante. On retrouve notamment avec grand plaisir la trop rare Michelle Pfeiffer en desperate gothic housewife ou Helena Bonham Carter en psychothérapeute toujours aussi malmenée par son réalisateur de mari, ou encore un caméo, toujours bienvenu, de Christopher Lee en vieux pêcheur. Certes l’humour Burton, souvent à double sens, est toujours présent. Mais tout cela ne suffit pas. Dark Shadows semble ne présenter qu’une succession facile de gags lourds critiquant la société américaine  moderne (« c’était mieux avant ») entrecoupés de face-à-face, rarement jubilatoires, entre Johnny Depp et a sorcière Eva Green. L’affrontement final aux effets spéciaux parfois douteux (immonde Chloe Grace Moretz en loup-garou), parfois gracieux (le visage d’Eva Green se brisant comme une poupée) frise tout de même le ridicule en redonnant un peu de rythme au récit qui commençait à s’essouffler.

Dark Shadows, annoncé par beaucoup comme le grand retour de Tim Burton à ses premiers films, n’est qu’une nouvelle déception au tableau de chasse du réalisateur. Énième cabotinage d’un Johnny Depp grimé et lissé sous Photoshop (comme ses précédentes déceptions Charlie et la Chocolaterie, Sweeney Todd ou Alice aux Pays des Merveilles) dans un univers gothique définitivement marqué par la patte, aujourd’hui devenue commerciale, Burtonienne. Des ingrédients d’atmosphère gothique  et pop clichés et paresseux (les années 70 et leurs stéréotypes rock/disco et la présence d’Alice Cooper) dressent le décors: un manoir, des citrouilles, des toiles d’araignées et des arbres décharnés sous le ciel sombre d’une tempête. Le début commençait plutôt bien, mais le scénario se perd rapidement dans le duel  séduction/destruction humour/épouvante du vampire contre la sorcière. Il est définitivement loin le temps où Tim Burton fascinait avec son univers poétique (Édouard aux mains d’argent, Ed Wood, Pee-Wee…).

Philip Pick

Regardez la Bande-Annonce de Dark Shadows de Tim Burton (2012)