20th mai2012

[Film - Critique] Miss Bala de Gerardo Naranjo : Entre témoignage et exercice de style… Bancal.

by Rick et Pick

Quand les lauriers et le glamour côtoient les cartels et la drogue… Miss Bala (présenté au Festival de Cannes en 2011, section Un Certain Regard) fait se côtoyer dans un jeu de miroir et de paradoxes l’univers lisse des Miss beauté à celui, impitoyable, des trafiquants de drogues, qui règnent sur le Mexique des années 2000. Gerardo Naranjo s’essaie donc au récit mi-poétique mi-dénonciateur avec ce long métrage très stylisé, à la mise en scène un peu trop nombriliste pour pouvoir espérer le coup de poing réaliste qu’un tel sujet appelait.

Au Mexique, le quotidien est rongé par les méfaits des trafiquants de drogues et la corruption. Un climat d’influence et de peur plonge le pays dans une violence que tente de dénoncer au monde le réalisateur mexicain, s’inspirant d’un fait réel à la fin des années 2000. Le top model Laura Zuniga, reine de beauté de 23 ans, est arrêtée en 2008, compromise dans un probable trafic de drogue et d’armes. Marqué par cette affaire, Gerardo Naranjo relate dans Miss Bala une aventure similaire : Laura Guerrero (interprétée par une excellente Stephanie Sigman), appartenant à la classe très populaire, vendeuse de vêtements, se présente à un concours de beauté avec son amie Suzu, sans grands espoirs… Un soir, en discothèque, elle assiste à un règlement de comptes meurtrier et son amie Suzu disparait. La recherche de celle-ci la fera rencontrer, par l’intermédiaire d’une police corrompue, le gang responsable de la tuerie. Lino Valdez (Nino Hernandez), le chef du gang fait chanter celle qui n’est pas encore Miss. Elle servira d’intermédiaire… Laura est alors plongée dans un monde de mort et de pouvoir qu’elle subit, pour mieux protéger sa famille, menacée, et sombre dans un tourbillon mafieux dont elle ne sortira jamais.

Constat amer et fataliste : il n’y a aucun moyen de lutter contre la puissance de ces réseaux. Laura Guerrero sera bien élue Miss Bala, l’infuence du gang aidant… Mais c’est pour mieux approcher le Général Salomon Duarte… L’issue est fatale pour la belle, embarquée malgré elle.

Naranjo filme les errances de la Reine de Beauté avec un savoir-faire indéniable, alternant les regards hagards et vides d’espoir de l’héroïne avec les scènes de violence, de fusillades et de négociations entre trafiquants, qui dépassent la jeune femme. Naranjo réussit à montrer le désarroi de la belle et l’isolement dans lequel elle est plongée. En cela, la performance de Stephanie Sigman est remarquable : jamais fuyante, elle incarne une femme perdue, au destin tragique. Son jeu, à travers son regard, touche le spectateur, qui se sent tout aussi impuissant que la jeune femme mexicaine…

Cependant, force est de constater que le rythme, volontairement lent, et se mêlant à une réalisation assez emphatique, vient à bout de la patience du spectateur. On finit par observer davantage le maniérisme du réalisateur, qui s’essaie à un style trop travaillé pour être apprécié… Ses tentatives de plans-séquences successifs lorgnent du côté d’Alfonso Cuaron, mais sans la même réussite. Sa manie du symbole un peu lourd (l’héroïne filmée sans que l’on voit son visage pendant tout le pré-générique…) plombe le film d’un aspect inutilement artificiel pour que le propos soit alors pleinement porteur de sens.

Une longue et lente descente aux enfers, un témoignage frappant, un constat glacé et fataliste, une actrice d’une justesse remarquable, une réalisation ambitieuse et s’orientant sans cesse, avec mérite, vers la maitrise et la beauté formelle … Miss Bala a toutes les qualités de l’excellent film… Et pourtant, il lui manque l’authenticité et l’âme du cri de révolte, tout ce qui donne à la colère une vitalité et une rage toute humaine…

Rick Panegy

Regarder la dande-Annonce du film Miss Bala (2012) de Gerardo Naranjo

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