[Film - Critique] De rouille et d’os de Jacques Audiard : âpre et sensible.

Le sixième film de Jacques Audiard, De rouille et d’os (2012), emmené par une Marion Cotillard sensible et grave et par un Matthias Schoenaerts physique et animal, prouve, s’il en était encore besoin, que le réalisateur français fait partie des meilleurs de sa génération et se place depuis ses débuts comme l’un des éléments moteurs du cinéma d’aujourd’hui. Le film repart bredouille du Festival de Cannes 2012, où il était en compétition officielle, mais connait un véritable succès critique et populaire. D’une maîtrise formelle éblouissante et d’une perfection technique indéniable, De rouille et d’os est un film où s’exprime toute la violence et toute la fragilité du cinéma d’Audiard, celui où la force côtoie sans cesse les fêlures. Pendant deux heures, Audiard aborde cette histoire de destins croisés, d’amours sceptiques et de miroirs inversés avec subtilité et finesse, en filtrant l’essentiel, de non-dits en inférences… Sans jamais trop appuyer son propos, Jacques Audiard évite la sensiblerie et le ton trop pédagogique, tout en laissant s’installer des émotions et des sensations brutes et pures.

Ali (Matthias Schoenaerts, Bullhead de Michaël Roskam), un marginal sans le sou, trouve refuge chez sa soeur Anna (Corinne Masiero) à Antibes. Il vient de retrouver son fils, qu’il connaît à peine et dont il s’occupe peu. La vie semble trouver enfin son équilibre. Il trouve un emploi, videur en boite de nuit. C’est là qu’il rencontre Stéphanie (Marion Cotillard), une jeune femme séduisante et séductrice, dresseuse d’orques à Marineland, qui semble appartenir à un autre monde que le sien.
Bientôt, leur vie va basculer, quand Stéphanie, victime d’un accident, perd ses jambes. La vie d’Ali va retrouver du sens, celle de Stéphanie va s’écrouler… L’apparence est trompeuse : celle qui sombre dans l’infirmité et le désespoir va en réalité reconstruire son rapport à la vie, et la superficialité et la vacuité qui remplissaient son quotidien laisseront peu à peu la place à une raison d’être évidente. Celui qui paraissait maîtriser les difficultés de la vie, affronter les obstacles avec force et solidité et qui ne semblait pas être perturbé par l’infirmité de Stéphanie, entretenant avec celle-ci une relation naturelle et sans jugement, finit par rencontrer le doute et le questionnement. La carapace se fissure et révèle l’immense fragilité qu’il cachait… Alors que Stéphanie se révèlera forte, plongée dans la plus grande faiblesse physique, Ali se révèlera vulnérable, quand sa force physique et sa simplicité d’esprit ne suffiront plus à empêcher sa fragilité d’éclore…
L’histoire, adaptée d’une nouvelle de Craig Davidson, Rust and Bone, apparait à première vue comme un cumul d’évidences ou de facilités : des destins croisés aux symboles aisés. L’opposition des personnages et de leur destinée, qui connaissent un chemin de vie diamétralement opposé, peut sembler lourdement écrite. Et pourtant, là où de nombreux réalisateurs auraient opté pour un cinéma de sensiblerie, Audiard choisit de traiter le lourd pathos qui envahit le film en évitant les gros traits, les discours empesés et les loupes inutiles sur les charnières émotionnelles. Audiard préfère la force de l’épure, de la simplicité, et laisse s’exprimer entre les lignes tous les thèmes que le film aborde…

Au delà du scénario, qui connait une légère faiblesse au milieu de sa deuxième partie, c’est au travers de sa mise en scène et de son parti pris esthétique qu’Audiard donne du volume et de la profondeur à son récit. La photographie de Stéphane Fontaine est sublime, le montage de Juliette Welfling est fantastique et le travail sur le son, jusqu’au mixage, est parfait (énorme investissement de Brigitte Taillandier et de Jean-Paul Hurier). Toute cette équipe technique magnifie les plans et les angles choisis par Audiard, capable de rendre esthétiques des pas d’enfant sur le bitume, capable de rendre poétique des débris dans une piscine à Marineland, capable d’éviter le voyeurisme le plus vil, la vulgarité facile ou le sentimentalisme moralisateur en filmant une scène d’amour entre une handicapée et une homme…

D’aucun reprocheront au film son évidente volonté de maîtrise, en lui faisant le procès du chef d’œuvre recherché et voulu, d’autres resteront à l’écart de la lecture subtile, se bornant à l’apparente simplicité du récit. On pourra aussi regretter le discours final du héros (creux et un peu opportuniste), en voix-off, seule véritable erreur du film. Pourtant, De rouille et d’os est, une fois de plus chez Audiard, la preuve que la perfection formelle peut servir le contenu, révélant les forces et les subtilités des personnages, les douleurs et la gravité des héros, leur violence et leurs contradictions, leurs combats.
Rick Panegy
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Bande-Annonce du film De rouille et d’os de Jacques Audiard (2012)





















Certes l’histoire est bouleversante, mais beaucoup trop de longueurs. La critique insiste sur le non-dit, ce non-dit qui finalement perturbe énormément le spectateur, car trop lourd, dérangeant, on ne comprend pas toujours la trame de l’histoire. La mise en scène particulière ne m’a pas séduite, je suis un peu déçue. Dommage car le sujet du film est riche dans l’émotion, mais elle ne transparaît guère cette émotion par manque de dialogues. On reste sur sa fin…
En effet, le parti-pris d’Audiard est, pour chacun de ses films d’ailleurs, de ne pas tomber dans le sentimentalisme, bien que les thèmes abordés soient souvent propices à l’émotion…On peut lui reprocher cette froideur, ou pour le moins, cette distance… Cependant, la mise en scène est indéniablement excellente, elle est techniquement parfaite et intelligemment réfléchie, mais, comme le cinéma n’est pas une science, elle ne saura toucher tout le monde… Et après tout, tant mieux ^^