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[Film – Critique] Cosmopolis de David Cronenberg

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Le vingtième long-métrage de David Cronenberg, adapté du roman visionnaire de Don DeLillo (2003), relate le crépuscule d’Erick Paker (Robert Pattinson), jeune Golden Boy milliardaire pour qui les flux et la Bourse n’ont aucun secret. Arrogant, sûr de lui et de  ses algorithmes, Erick Paker voit sa maîtrise ébranlée par une incertitude… Quand l’imprévu dérègle le monde doré de ce forcené du capitalisme, sa chute est aussi rapide que sa limousine se déplace lentement, dans les rue d’une New-York agitée. Cosmopolis divise…

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L’avis de Rick

Dans Cosmopolis, tout confine à la parabole, à la métaphore ou au symbole plus ou moins évident et facile.

Le récit n’évite pas les écueils de la satire aisée du monde de la finance et du capitalisme outrancier, et ne parvient pas à s’échapper du grossier cliché de l’homme avide et sans sentiment, presque sans âme : la pâleur de Robert Pattinson et son rôle de vampire dans Twilight, comme pour mieux incarner l’homme qui ne voit jamais le jour, enfermé dans son monde d’argent… Il a les dents longues ce vampire d’Erick Paker : l’analogie est toute faite!

De cette limousine presque hermétique, perdue au milieu d’une manifestation de quidam révoltés (deux mondes qui se côtoient mais qui s’ignorent… nouvelle exposition pédagogique appuyée) à cette obscurité qui habite la quasi totalité du film, même lorsqu’il fait jour (les vitres fumées de la limousine pour « subtilement » séparer le monde de la finance de celui du peuple, et pour mieux souligner l’enfermement maladif du contre-héros…), les symboles pleuvent… Ce long parcours, encore, qui mène Eric Paker jusqu’à son coiffeur, puis jusqu’à sa perte, résonne sans génie comme le long chemin de croix de ce money-addict. La scène chez le coiffeur, justement, surréaliste, s’éternise dans un dialogue de sourd où chacun expose son parcours sans entendre l’autre (la symbolique nous caresse encore l’oreille : le monde contemporain ne s’entend pas…)

Pour finir, la métaphore de la prostate achève d’asseoir le film comme un cumul de poncifs bien-pensants aux lourdes banalités.

Pourtant, la réalisation de Cronenberg ajoute un cachet indéniable au film, ce cachet esthétique où la maitrise formelle transcende la platitude du fond pour en faire un objet à la limite de l’exercice de style. Cronenberg opte sans peur pour le road-movie financier ;  n’hésite pas à proposer au spectateur une bonne demi-heure d’enfermement dans une limousine sans, quasiment, aucun autre plan extérieur ; n’attribue aux seconds-rôles (Juliette Binoche, Mathieu Amalric, Paul Giamatti…) qu’une brève apparition qui les relègue au rang de l’anecdote (encore un symbole) ; refuse la vulgarisation en optant pour un style très littéraire…

Hélas, on préférait Cronenberg lorsqu’il faisait déborder à l’écran ses obsessions, plus viscérales et charnelles. Hormis pour le sublime Les Promesses de l’Ombre, les corps abîmés, torturés, altérés et abusés de ses précédents films séduisaient davantage que les corps frustrés par les âmes tourmentées de ses derniers opus (Cosmopolis, Dangerous method).

 

 

 

 

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L’avis de Pick

Adaptation assez fidèle du roman du même nom de Don Delillo, Cosmopolis étouffe et malmène son spectateur. Un voyage morbide soutenu par le rapport sadique qu’entretient David Cronenberg avec son public.

Les dialogues, très écrits (on sent bien l’influence de la plume de Delillo derrière), sont incessants et rendu à la limite de l’insupportable dans la bouche de personnages proches de l’apathie. Un flot de paroles déshumanisés à l’image des fluctuations boursières qui défilent sur les écrans froids de la limousine, véritable corbillard en route pour sa destination finale. Vitres teintées, armature blindée et totalement insonorisée, la Lincoln blanche d’Eric Paker, qui parcoure lentement les rues de Manhattan, le protège et l’isole du monde extérieur. Ce monde, qu’il surplombe par sa nouvelle position sociale, il le scrute confortablement assis dans sa bulle (par la vitre ou sur ses écrans). Un univers confiné, des gardes du corps, des check-ups médicaux journaliers et un porte-monnaie qui l’ont bercé dans une vulgaire illusion d’immortalité.

Tout porte à croire pendant la première moitié du film que ce milliardaire paranoïaque, filmé avec beaucoup de froideur et zéro compassion de la part de Cronenberg, n’est qu’une critique facile de plus de ces traders qui s’enrichissent pendant que le reste du monde crève. On le croit blasé par sa richesse et avide de nouvelles sensations fortes (argent, sexe, douleur, meurtre), alors que cet anti-héros, n’éprouvant aucune once de compassion pour personne, nous cache quelque chose de plus sombre. Omnubilé par le contrôle et esclave de son égo, c’est son suicide qu’il programme depuis le début. Ruiné suite à mauvais choix boursier, et face à son bourreau (tout aussi obsédé que lui par la réussite) on le découvre inapte à se supporter davantage.

Icare s’est brulé les ailes trop près du soleil, mais cet Icare là plonge volontairement vers là mort de n’avoir pas assez bien planifié son ascension.

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