[Film - Critique] Adieu Berthe de Bruno Podalydès, des tonalités existentialo-surréalistes

Tandis que son cinéma du doute, de l’indécision et du questionnement de soi rencontra un vif succès critique avec Dieu seul me voit (1998), Liberté-Oléron (2001) ou Bancs Publics (2009), celui que propose Bruno Podalydès avec Adieu Berthe, construit sur les mêmes ressorts dramatiques, provoque des réactions moins enthousiastes. Pourtant loin d’inspirer l’ennui, les atermoiements d’Armand (Denis Podalydès), pharmacien cafardeux partagé entre sa femme (Isabelle Candelier), qu’il n’arrive pas à quitter, et sa maîtresse (Valérie Lemercier) qu’il n’arrive pas à aimer, parviennent à dessiner une légèreté séduisante que vient fissurer le vacillement d’un homme en proie à des questionnements existentiels. Sans pour autant signer là une œuvre majeure, qui mêlerait réflexion et humour avec grâce et souplesse, Podalydès livre un film tendre et apaisant, d’une bienveillance chaleureuse. Car, au beau milieu de ses péripéties amoureuses, le pharmacien est confronté à la mort de sa grand-mère, qui n’était déjà plus qu’un souvenir. Événement qui ébranlera bientôt davantage l’équilibre fragile de ce bourgeois de province que l’homme lui-même, en apparence bien plus occupé par les formalités des obsèques que par son propre deuil.

De Podalydès à Allen, il n’y aurait qu’un pas… Les névroses envahissent l’écran et débordent, dans un écrin comique, sur un regard sur soi critique. A l’inverse de Woody Allen pourtant, chez qui les névroses ne semblent guère trouver de réponses à leur origine ou à leur traitement, Podalydès cherche, et il propose, humblement, un semblant de réponse, en optant pour une acceptation presque optimiste, là où Allen reste souvent dans un fatalisme complaisant et mordant (ce qui n’est certes pas déplaisant). L’insatisfaction, l’hésitation, le doute, l’incertitude… Autant d’états qu’Armand traverse, hagard, parfois couard, souvent lâche et toujours incertain. Ce pharmacien derrière lequel se cachent les Podalydès finira par trouver les clefs d’une vie qui s’alourdissait d’un carcan de questions, dans une scène d’une poésie attendrissante: chapitre final en guise d’aboutissement d’un pèlerinage analytique. Là où le passé semblait n’être qu’ un fardeau inutile, le héros trouve repos et lumière. Subtile mise en lumière des doutes, Adieu Berthe offre une double lecture souvent délicieuse : derrière la comédie surréaliste (des saynètes hilarantes -comme celles des pompes funèbres), il y a cette poésie délicate et nostalgique, qui permet d’accepter la mort d’un animal, la rupture (ou la découverte d’un non-amour), les compromis comme autant d’éléments qui permettent de grandir. Derrière la frustration, il y a l’acceptation de soi et de l’autour du soi.

Pourtant, Adieu Berthe est parfois à la limite du manque de l’authenticité. Un comble pour un film qui s’appuie sur la sincérité. L’humour bourgeois habite un peu trop le film avec un tel manque de discrétion qu’il en devient quelquefois irritant. Les caméos sont un peu poussifs (un Pierre Arditi et une Noémie Lvovsky cabotinant et peu subtiles - Catherine Hiegel, elle, incarne avec une force comique une belle-mère haïssable et Michel Vuillermoz illustre le pathétique arriviste des pompes-funèbres). Le rythme est inégal (une première partie trépidante et drôle, et une longue transition un peu creuse avant les scènes finales, indulgentes et douces, légères et poétiquement nostalgiques). Enfin, les références symboliques se succèdent frénétiquement, de la tête enfermée dans une boîte (perforée par des couteaux!) à l’incinération d’une bestiole, en passant par le couple d’amant coincé en ombre dans des cercueils, ou par les tours de magie, entre disparition et illusion, etc.
Quoiqu’il en soit, Adieu Berthe est une petite bulle d’humour existentiel, sans grande prétention du côté de le mise en scène (un peu trop statique), ou de l’image. Mais il en reste après coup, au delà de la critique du « marché de la mort » (les discussions dans le corbillard sont des perles d’humour noir absurde) et du constat satirique un peu facile du couple en crise et de la cellule familiale qui s’émiette, une lecture délicate du temps qui passe : l’insouciance est rouillée, les racines oubliées, l’avenir devient angoissant (une angoisse de l’erreur) mais l’apprivoisement d’un soi toujours nouveau, en accord avec son histoire, autorise l’apaisement.
Rick Panegy
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