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[Film – Critique] Holy Motors de Leos Carax : l’atypie érigée au rang de génie…

Cinema
LA CRITIQUE

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Le réalisateur de Mauvais Sang (réalisé à 26 ans en 1986, ce qui le propulsa aussitôt au rang des réalisateurs précocement géniaux, avec l’attente et la pression qui en découle), de plus en plus rare au cinéma, signe un retour remarqué avec Holy Motors, présenté au Festival de Cannes 2012 en compétition. Acclamé par certains, le film en laisse d’autres sceptiques. Regard critique et amoureux sur le Cinéma ou expérience formelle et sensorielle, le film de Leos Carax, atypique, s’échappe des sentiers battus du cinéma moderne et populaire pour offrir au spectateur le point de vue d’un cinéaste souvent bousculé, souvent en désamour avec une partie de la critique, sur son œuvre et sur son essence, le « moteur » de son inspiration : le cinéma. Coup de maître ou retentissant fatras? Holy Motors ne laisse, in fine, personne indifférent.

Leos Carax fait partie de ces quelques usurpateurs qui peuplent le cinéma, se déguisant, se dissimulant sans honte derrière l’étiquette d’artiste, ce label qui autorise un « auteur » n’importe quelle fantaisie : qu’elle soit aimée et on entend le roucoulement du « génie », fier et rassuré ; qu’elle soit raillée et on entend alors le dédain du poète malaimé, victime de ces pauvres imbéciles incapables de sensibilité et d’âme artistique… Holy Motors se pose là, au sommet de la pyramide « fantaisie hâbleuse et grotesque ».

Kylie Minogue : un double hommage à Jean Seberg et à la comédie musicale.

Alors le voici donc le voyage, le pèlerinage-témoignage que nous offre Carax ! Un plongeon surfait dans le monde du cinéma, où le spectateur est promené d’une chronique familiale à un drame, en passant par un intermède clipesque, une comédie musicale ou un règlement de compte. Au détour des nombreux « rendez-vous » de Monsieur Oscar (Denis Lavant, toujours excessif, déraisonnable, souhaitant prouver à chaque geste qu’il appartient à la classe des artistes, bohèmes et marginaux), on aura vite compris les allusions appuyées et les références multiples, tant au Cinéma (l’amour de Carax pour son art est sans aucun doute sincère et franc) qu’à ses propres œuvres. Carax s’inclut en effet sans modestie dans le cinéma qu’il admire (ces auto-références orgueilleuses, du Pont-Neuf à Monsieur Merde…). Il pousse même l’exercice jusqu’à se mettre lui-même en scène dans une introduction aussi pompeuse et illusoire que l’illusion qu’elle dépeint : le cinéma nous regarde, se nourrit de nous, nous nous observons, il nous observe, qui se nourrit de qui?, le cinéma est nous, nous sommes le cinéma, etc etc… La ronde de la dialectique est lourdement balancée! Le ton est donné : Carax a les clefs (comme celle greffée à son doigt…oh le généreux symbole, aussi prétentieux et évident que le symbole de son papier peint de forêt). S’ensuit alors des saynètes parfois absconses, souvent ennuyeuses tant elles sont creuses (le parti pris de mettre de côté toute orientation narrative classique rend l’exercice en perpétuel déséquilibre, les scènes se rattachant principalement à la sémantique symbolique du propos global du film).

Monsieur Oscar en Monsieur Merde : La Bête enlève la Belle : L'âme de Cocteau et King Kong rodent...

L’ennui guette dès les premières minutes, il s’installe au fur et à mesure que Carax tire en longueur chacun des rendez-vous de son multiple héros. Enfin, la symbolique atteint son plus haut point d’ineptie gauche et balourde dans cette scène finale où les limousines, une fois le rideau baissé, discutent entre elles, regrettant que les humains ne « veulent plus d’action et de moteur ». Dans une dernière pirouette symbolique, où les mots « action » et « moteur » résonnent évidemment au-delà de la mécanique automobile, Carax semble dire en substance que le Cinéma, celui-qu’il aime, et auquel il a rendu hommage pendant tout son film, est essoufflé… Son retour au cinéma est-il alors à percevoir comme celui du sauveur, de l’élu? Le seul cinéma qui compte, à la vue de ce long-métrage, serait donc le cinéma qu’il décrit, et qu’il aime. Et le sien aussi, tiens, par la même occasion. Le reste, vraiment, est-ce du cinéma ?… En cela, Holy Motors est gonflé d’orgueil.

Un long rendez-vous de Motion Capture : pour Carax, les corps sont bien plus beau que le résultat numérique, dont la laideur est furtivement montrée en conclusion

On préférait le Carax romanesque et romantique des premiers films. Celui qui caresse le surréalisme dans Holy Motors n’arrive pas à la cheville de Luis Bunuel. Et récemment encore, Martin Scorsese, avec Hugo Cabret, rendait un hommage au cinéma plus vibrant et plus puissant que ce fouillis élitiste. Mais Carax revient au cinéma, et fait probablement siennes les paroles de Monsieur Oscar à cette allégorie grotesque du cinéma (sous les traits de Michel Piccoli) :  » Je continue comme j’ai commencé, pour la beauté du geste « . Fichtre, nous voilà prévenus! Les limousines disent  » Amen « , embarquant probablement quelques uns dans le monde grossièrement prétentieux de Carax, les autres se méfieront…

Rick Panegy

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