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[Film – Critique] Vivre ! de Zhang Yimou

Cinema
LA CRITIQUE

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Emblématique du cinéma des réalisateurs chinois de la 5ème génération, Vivre! est un nouveau succès pour Zhang Yimou, après le Sorgho Rouge (Ours d’or à Berlin en 1989), Epouses et concubines (Lion d’argent du meilleur réalisateur en 1991) et Qiu Ju (Lion d’or à Venise en 1992). A l’instar de ses contemporains de la 5ème génération en effet (comme Chen Kaige, dont le film Adieu ma concubine est un chef d’œuvre similaire), Zhang Yimou concentre toute la trame dramatique et narrative sur les sentiments des individus qui peuplent son film et sur l’intérêt de leur histoire personnelle. En cela, Vivre!, qui s’inscrit dans le paysage historique et politique de la Chine du 20ème siècle, est exemplaire: les aventures de Xu Fugui (Ge You, prix d’interprétation au Festival de Cannes 1994) et de sa femme Xu Jiazhen (Gong Li) à travers les bouleversements sociaux et sociétaux de la Chine (de la période du Grand Bond en Avant à la Révolution Culturelle) sont en même temps l’histoire d’une vie et celle d’un pays. Le film se place pourtant bien au delà du film historique et de l’analyse politicienne. En plaçant le curseur sur l’émotion et l’intimité, sur les efforts, les drames de la vie de quidam, Zhang Yimou signe un film au spectre large, reflétant la vie de tout un pays, tout un peuple. L’acception est collective certes, mais elle s’inscrit comme une somme d’individualités…

Vivre! relate l’épopée familiale de Fugui des années 40 aux années 70. Il traverse les transformations de la Chine de Tchang Kai-Chek à Mao Zedong en subissant l’optimisme aveugle du communisme naissant (la guerre civile), les réformes utopistes (le Grand Bond Avant) et l’espoir d’un nouveau communisme (la Révolution Culturelle). Chaque étape est une épreuve pour lui et sa famille, qui subit parallèlement des drames personnels.

En mettant en regard l’intime et le collectif, les enjeux nationaux et les enjeux humains, Zhang Yimou délivre là un discours subtil, en nuance, sur l’importance accordée aux événements, dont l’ampleur n’a jamais de définition plus exacte que celle que lui attribue celui qui les vit. Au fur et à mesure que le film dévoile, chronologiquement, la place sans cesse plus grande accordée au groupe, au raisonnement collectif, induite par un communisme extrême, il montre dans le même temps les drames de plus en plus intimes de la famille de Fugui, drames qui s’avèrent amplifiés par l’impossibilité ou la difficulté d’en séparer l’ingérence de l’Etat et du collectif… En plaçant ces deux perspectives opposées, aux visions humainement contraires, sur la même ligne narrative et chronologique, Yimou met en exergue la catastrophe personnelle vécue par tout un peuple.

Vivre! fait ainsi partie de ces grands films, véritables fresques historiques qui placent au cœur de leur regard l’individu, et parviennent à mêler petite et grande histoire dans un ensemble cohérent, au souffle romanesque bouleversant. Ici, le point de vue y est franc, sans être un pamphlet ou un brûlot revendiqué. Mais le film est surtout animé par ce regard terriblement humaniste qui procure à chaque scène la force vive de l’espoir… La scène finale, dans laquelle Fugui répète à son petit-fils la même anecdote que celle qu’il a raconté à son fils, avant qu’il ne meure, est le symbole de tout l’optimisme de ce film: la chute de l’histoire racontée par Fugui à son petit-fils sera bien différente de celle qu’il contait alors à son fils, lorsque ses espoirs dans le communisme n’étaient pas encore tous envolés… Cette fois, dans les années 70, un espoir nouveau nait, incarnée conjointement par les désillusions des aînés et par l’énergie de la jeunesse, celle qui mènera probablement en 1989 à la place Tien An Men…

Ge You, Prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes 1994

Rick Panegy

 

 

 

 

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