[Film - Critique] The Secret de Pascal Laugier « L’enfer est pavé de bonnes intentions »

Premièrement, ne vous attendez à ce qu’on vous raconte ici le twist de The Secret !
Deuxièmement, méfiez-vous des rumeurs! The Secret n’est ni un film d’épouvante, ni un thriller, ni un énième slasher ! Le troisième film de Pascal Laugier (après Saint-Ange, 2004 et Martyrs, 2008) s’inscrit bien au-delà de la simple course poursuite. Il s’inscrit même au-delà du simple film à twist (annoncé par l’accroche délibérément racoleuse « on n’a pas été aussi bluffé depuis sixième sens ») et ose soulever, derrière l’apparence purement « action / suspense », un questionnement un peu ambigu. Il ose aussi -en guise de provocation?- interpeller le spectateur et l’inviter à se positionner sur ce qu’il vient de voir. Démarche assez originale même si le dernier plan (une larme un peu trop appuyée) est sans doute légèrement biaisant. Le film évite de se perdre dans les méandres lassantes des films de genre classiques, qui se répètent généralement assez souvent. Il y parvient grâce à un twist assez précoce (l’héritage psychose/Janet Leigh ?) qui semble pourtant cacher encore d’autres mystères et d’autres révélations.
Jessica Biel trouve ici un rôle dans lequel elle peut s’exprimer en tant qu’actrice (chose assez rare chez la pulpeuse comédienne, trop souvent embauchée pour sa seule plastique). Dans le rôle de cette infirmière veuve, confrontée à des rapts d’enfants successifs dans un village décimé par la pauvreté et le drame, elle livre une performance parfois saisissante de paradoxes et d’ambiguïté, de fragilité et de déséquilibre…

On regrettera parfois un rythme un peu lent, le film s’étirant parfois dans des longueurs qui, tantôt servent à construire un climat et une ambiance glauque, tantôt servent à donner de l’épaisseur au personnage de Jessica Biel (une première version du film, plus courte, ne permettait pas de l’appréhender pleinement). Toutefois, ces longueurs laissent parfois l’impression que le but est de laisser le spectateur supputer et spéculer sur la suite de cette histoire à révélations, ce qui a tendance à donner l’impression qu’on force un peu la main… Dommage… Pascal Laugier, néanmoins, s’applique avec rigueur à suivre les codes du film à suspens (une très réussie scène de poursuite). Il en maîtrise l’ambiance (certains décors naturels -la forêt canadienne-, un village presque fantôme) ou encore la musique, mi-nostalgique mi-angoissante, mais distille, au fur et à mesure que le film avance, des éléments psychologiques plus subtils, jusqu’à, en substance, proposer un véritable questionnement les dérives humanitaires…
Pascal Laugier lance, pour définir l’essence de la réflexion que suscite ce film : « L’enfer est pavé de bonnes intentions » … De twists en retournements de situation, la fin du film risque de soulever des questions et des débats de morale et de valeurs… Où est le mal ? Le mal est-il le mal s’ il nait d’une générosité sincère? Où est le curseur des valeurs? Autant de questions piégeuses que soulèvent la fin du film…
Les spectateurs, attirés par l’aspect « suspense », apprécieront l’action et l’intrigue au premier degré (« où sont les enfants? » questionne l’affiche du film) mais risquent d’être déçus s’ils s’attendent à un film tel que Sixième sens (Night Shyamalan, 1999). Pascal Laugier lui-même affirme avoir voulu s’éloigner des films à twist final afin de pouvoir proposer un long métrage qui puisse se regarder à nouveau, avec plusieurs degrés de lecture. Mais n’est-ce pas là un risque que prennent les distributeurs en communiquant sur une référence (Sixième sens) que ne désire pas imiter The Secret? Le bouche-à-oreille, clé inestimable de la réussite des films intermédiaires, n’en pâtira-t-il pas?

Cependant, le film plaira peut-être à ceux qui désirent, au-delà de la pure action, débattre et discuter… Discuter de l’intention de Laugier lui-même peut-être, derrière cette sombre histoire de disparition d’enfants? Moins névrosé que Saint-Ange, moins pervers que Martyrs, mais toujours issu de l’imagination de Pascal Laugier (au scénario encore, The Secret peut paraître ambigüe dans son dernier tiers et déranger un peu… Mais surtout, il propose une intrigue assez efficace, qui aurait cependant probablement gagné en densité…
En trois films, Laugier marque définitivement son territoire de peurs, d’étranges et d’angoisses : il semble peu probable, désormais, qu’on le voit à l’avenir diriger une comédie romantique… A moins qu’il ne nous invente un genre nouveau: le romantico-gore-thriller…
Mais, à bien y réfléchir, il y a dans The Secret, quelque part entres cris et pleurs, à défaut de gore, une vision parfaitement romantique de l’amour maternel…
![]()

Bande-Annonce du film The Secret de Pascal Laugier (2012) [Notez le subtil travail de montage de cette BA, ne révélant rien mais suffisamment intrigante... BA adoubée par Pascal Laugier lui-même, là considérant comme "absolument fidèle à l'esprit du film", contrairement à la BA américaine du film...]




















