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[Film – Critique] Wrong de Quentin Dupieux : rare et déroutant

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Quentin Dupieux poursuit son parcours atypique, explorant des chemins hors normes, tapissés de sensations et d’expériences singulières. Loin de son immense succès populaire de musique électronique Flat Beat, sous le pseudonyme de Mr.Oizo, l’homme aux multiples casquettes précise, dans son quatrième film Wrong, son goût pour l’étrange, le paradoxe ou la provocation décalée.

Dans Wrong, on frôle sans cesse le non-sens. Tout est question d’apparences trompeuses, de second degré et de miroirs inversés. Car si Wrong semble totalement décousu, offrant au spectateur une trame dramatique quasi nulle, ou pour le moins simpliste à outrance, il n’est pourtant pas dénué de sens et de regard critique.

Dans une ambiance aux contours très sibyllins, Wrong embarque le spectateur, entre rêverie et hyperréalisme, inconscient et grotesque, et le plonge dans l’absurde, pour un résultat évidemment déroutant. L’absurde, ou le maître mot du cinéma de Dupieux (Steack, 2007, Rubber, 2010), est particulièrement présent dans cette enquête saugrenue : Dolph Springer (Jack Plotnick) a perdu son chien. Il entreprend de le retrouver et fera la rencontre de divers personnages curieux qui l’aideront dans sa démarche, de maître Chang (William Fichtner, étrange kidnappeur sensible) à Detective Ronnie (Steve Little, qui explore l’inconscient d’excréments canins pour mener ses enquêtes) en passant par un jardinier inapte (Eric Judor, sorti de son duo comique « Eric et Ramzy »).

L’absurde, porté aux nues dans chaque scène, permet à Dupieux de mettre de côté l’intérêt de la trame narrative -quitte à la torturer- pour se focaliser sur les détails, sur l’exagération démesurée du second degré. Un cumul de situations absurdes qui portent finalement un regard assez critique sur ce qui est singé : les scènes « parodiées » dans ce contexte sont finalement tout aussi absurdes que les scènes de la vie réelles qu’elles moquent : partir à la recherche de son chien perdu et en tomber en quasi-dépression ; quitter du jour au lendemain son mari pour un autre et en tomber éperdument amoureuse, et confondre son nouvel amant avec un autre inconnu ; développer des techniques de recherches presque scatologiques et ériger la trouvaille en principe scientifique ; publier des best-sellers (quitte à passer par l’auto-promotion) sur fond d’empathie animale exagérée ; cultiver un exotisme très artificiel dans son jardin (au point de préférer un palmier à un sapin?) ; vivre sa vie comme un jeu vidéo (les deux vies de Victor)… Autant de situations, qui, dans la vie « réelle », sont au final tout aussi redoutablement ineptes que les délires quasi-surréalistes de Dupieux.

Pourtant, et malgré l’excellente musique de Tahiti boy et de Quentin Dupieux alias Mr Oizo,  force est de reconnaitre que l’ennui guette rapidement. Wrong s’enlise assez vite dans un rythme trop contemplatif, à trop vouloir sortir des codes mainstream,et à trop vouloir emplir son récit d’une ambiance mi-psychologisante mi-philosophico-mystérieuse… Toutefois, reconnaissons l’audace de Quentin Dupieux, qui ne cesse de proposer un cinéma ambitieux, personnel, alors que l’industrie s’embourbe dans des consensus codifiés lassants. Déroutant, souvent ennuyant, parfois pompeux mais qui reflète à chaque instant le regard aiguisé et ironique du réalisateur.

Rick Panegy