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Dictature participative
Spectacles
Verdict...
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Rick Panegy
Philip Pick
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LA CRITIQUE

A travers un système interactif, Roger Bernat propose de prendre du recul sur l’impression de liberté, de libre arbitre ou d’expression d’opinion (et sa prise en compte des autorités) auquel tout citoyen fidèle au système démocratique se réfère. Les spectateurs sont munis d’une télécommande (oui / non) et répondent aux questions affichées sur un immense écran face à eux : aucun comédien ne guide la réflexion des participants, et le dispositif prend forme naturellement au gré des réponses de chacun. L’auditoire devient acteur du spectacle ; les interactions, provoquées par l’ordinateur (le « système »), entrainent  le spectateur/acteur/citoyen dans ce qu’il pense être une représentation qui rend hommage à l’aspect participatif  ou consultatif de la démocratie…

Rapidement, il se rend compte des contradictions de ses propres opinions, de l’aberration de la coexistence d’opinions marginales et d’opinions majoritaires, de la porosité entre l’idée majoritaire (qui devient rapidement conformiste) et la mise au pilori d’opinions contestataires… L’espace scénique est forcément chamboulé : des sièges face à un écran, quelques sièges sous l’écran, bientôt habités par des spectateurs/votants courageux (ou ambitieux…) choisis parmi un corpus « correspondant » aux volontés du « système ». Et, en guise d’actes, le spectacle propose trois parties distinctes, au cours desquelles chacun est invité à changer de place, placé d’abord à côté d’un individu ayant la même opinion (les résultats des votes successifs sont enregistrés sur ordinateur et analysés) puis, dans la dernière partie, les citoyens de circonstances sont placés dans un groupe (d’une vingtaine de personne – il y a quatre groupes). Peu à peu, l’individu est confronté au groupe, dans lequel il s’efface ou tente de s’imposer : l’expression des opinions personnelles (démontrées par le vote individuel au début de la représentation) s’efface au profit de compromis nécessaires (une seule réponse par groupe possible).

Et l’on comprend aussi comme la personnalité des uns ou des autres modifie l’opinion d’un groupe : des leaders se créent naturellement, et, alors que l’expression individuelle amusait chacun, et ne posait pas de contraintes majeures -si ce n’est parfois le manque de nuance dans les questions binaires- l’expression d’une opinion collective permet la découverte, plus ou moins évidente, que l’expression d’un groupe, même représentant globalement ses opinions, ne reflète que partiellement l’opinion des unités qui composent le groupe…

Tout devient nuances, et la démocratie elle-même (dans un raccourci bien légitime, le spectacle dure un peu plus de deux heures…) est remise en question, ou, tout au moins, questionnée dans son essence même. Les spectateurs débattent (et ce ne sont pas les plus futés qui s’expriment le plus…. Mais peut-être sont-ce ceux-là qui influencent le groupe?), et, sans s’en rendre forcément compte, laissent impuissants le « système » les mener là où il le souhaite : comme une conclusion fataliste mais implacable, l’exhibition se termine par, enfin, l’audition de la voix de l’ordinateur qui exprime de façon autoritaire et sarcastique sa toute puissance. Lueur d’espoir cependant : le spectateur n’est pas obligé de suivre ses désidératas quasi-absolutistes : il est libre de ne pas applaudir, de se lever, puis de partir.

Le spectacle se termine sur la folie toute « caligulienne » d’un « système » qui était sensé régir et modérer les opinions divergentes… Les biscuits qu’il propose aux spectateurs et la neige artificielle qu’il fait parfois tomber (ou les chansons, des Rolling Stones, Georges Brassens, Serge Gainsbourg, John Lennon, Patti Smith …) résonnent comme l’alpha et l’oméga de toute gouvernance : du pain et du jeu ; un peuple diverti est bien plus malléable…

Rick Panegy

Au #104

Voir les dates de la tournée sur rogerbernat.info

Crédits photo : Blenda Baixa et Marc Costa

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