twilight 5 rev chap 2 ET

[Film – Critique] Twilight, Chapitre 5 – Révélation – 2ème partie : Romantisme brut ou inachevé

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Dernier volet du phénomène cinéma de ces dernières années, ce Twilight 5, Révélation, Partie 2 enfonce le clou du romantisme (âmes abîmées et perdues entre rage et mélancolie) en ajoutant une intensité dramatique légitime pour un ultime opus (un climax tendu, variation nécessairement cinématographique du roman, inattendue mais efficace). Bill Condon respecte évidemment le cahier des charges, inévitable, sait parsemer le récit d’humour (la relation Bella/Jacob/Edward ; l’incontournable « déshabillage » de Lautner…) et propose un final qui réconciliera certains déçus des épisodes précédents avec la saga. Le film, qui reste encore à destination des jeunes adultes et des adolescents, majoritairement, provoquera de nouveau la moquerie et le rejet d’un grand nombre, qui ne saisiront peut-être pas que Twilight est l’objet romantique par excellence, objet visuel disparu des écrans ciné depuis trop longtemps (même s’il sort des studios, parfois, quelques ersatz trop flous, trop vite estampillés « romantiques » alors qu’ils ne sont que vaguement romanesque). En tout état de cause, rarement la jeunesse n’aura eu son film (ou sa franchise), qui colle autant à son univers et à celui du genre romantique : Twilight est une matière générationnelle, panachée de spleen et d’idéal.

L’histoire est simple : Bella (Kristen Stewart) s’adapte à sa vie de vampire, après avoir donné la vie à Renésmée, la fille qu’elle a eu avec Edward (Robert Pattinson). Elle apprend à gérer ses instincts, aidée par son amour de vampire et la famille Cullen. Jacob (Taylor Lautner) continue de veiller sur l’enfant, qui éveille cependant la méfiance des Volturi, qui voient en Renésmée une menace pour la « race » des vampires. Une guerre se prépare entre les Cullen d’une part (et les vampires qu’ils auront réunis autour d’eux, pour témoigner de la totale innocence de l’enfant), aidés par les Loups-Garous, et les Volturi d’autre part (un Michael Sheen incarnant le chef Aro de manière très cabotine…).

Spleen et Ideal

La saga Twilight s’achève donc avec cet opus, toujours aussi evanescent dans ses lamentations et ses tergiversations. Le temps continue de s’y étirer, à la limite de l’ennui. Mais Twilight, avec ce dernier opus, poursuit le sillon creusé par Stephenie Meyer, l’auteur des romans qui ont inspiré les films (et aussi productrice): la franchise donne naissance à un nouveau genre de romantisme, pas si loin dans l’esprit de celui des Musset, Chateaubriand ou George Sand, similaire au néo-romantisme de Yeats, Kipling ou Lewis Caroll. A la différence notable que le romantisme de Twilight est moderne, s’encrant dans les codes contemporains, ceux des adolescents, tout en restant fidèle aux invariants du genre maître du 19ème. En effet, dans la saga, comme dans le romantisme -ce « mal du 19ème » – tout est tourment, tout est mal-être, tout est isolement et communauté, éloignement de l’autre et repli sur le groupe restreint ; la passion dépasse toujours la raison, tout renvoie systématiquement à une longue communion méditative avec la nature, le sentiment d’un désenchantement est quasi permanent, le spleen parfume chaque scène. Mais aussi, la saga reflète en continue les rêves et les idéaux de quelques jeunes, en proie à un monde hostile ; idéaux qu’ils ne cessent de relâcher, abattus, et qu’ils ne cessent de reconquérir, enflammés.

Tout cela n’est autre que la liste parfaitement respectée des éléments essentiels et nécessaires à l’élaboration d’une œuvre romantique. Twilight EST romantique, et bien plus encore que les écœurantes romances à l’eau de rose qu’on appelle les « comédies romantiques »… Quoi qu’on en dise, Twilight n’est pas mièvre : il réhabilite le romantisme -dans son sens premier-  en l’adaptant au monde actuel.

Sans compromis mais inabouti

Mis en images avec parfois beaucoup de maladresse et de grotesque (le chapitre 2 de Chris Weitz ou le chapitre 3 de David Slade), la saga a tout de même réussi à s’achever avec plus de brio : le dernier film capte le spectateur, par un montage satisfaisant, une musique et des chansons qui sont familières aux jeunes spectateurs, des comédiens fidèles à l’image qui leur colle à la peau depuis 4 films, et par des plans dignes parfois d’un Caspar David Friedrich… Et le film ne souffre d’aucun compromis, au regard de son genre : il s’éternise dans de longues scènes dans un champ de fleur, il s’attarde sur la forêt, les animaux que croise Bella, la neige, la glace, le ciel et la lumière. Le temps parait alors interminable et s’étend au delà de l’entendement… Et cela, bien que désagréable si on n’en saisit pas l’intérêt symbolique et narratif, relève d’une rigueur hautement satisfaisante : comme les héros, immortels, le temps n’a plus de sens ; comme les romantiques encore, le temps (comme l’espace d’ailleurs) n’est plus une barrière à l’amour, qui se prolonge alors jusqu’après la mort… En cela, Twilight, Révélation, 2ème partie ne cède pas au compromis marketing hollywoodien, qui aurait apporté davantage d’épilepsie… Malgré tout, le film lui concède un autre compromis, qui déçoit davantage : l’inévitable Happy end contredit le destin qui apparaissait comme inexorablement mélancolique des héros! Ces vampires, rejetés puis s’isolant eux-mêmes, en vivant en communauté ou en clan (les vampires, les loups garous et l’adolescence, même combat de quête identitaire et de recherche de communauté) n’ont hélas plus rien de romantique dès lors qu’ils sont parfaitement heureux…

Ainsi, la radicalité romantique, celle-là même qui agaçait les détracteurs, mais qui donnait au film une authenticité nouvelle (et à la saga entière), disparait en un instant, et avec elle la force du film, lorsqu’il n’y a plus d’obstacle, plus d’entrave à leur bonheur. Les derniers instants, ceux qui concluent 5 longs films étalés sur 4 ans, sont les plus décevants : les héros sont heureux…

Rick Panegy