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[Théâtre – Critique] Romeo et Juliette par David Bobee

Romeo chope Juliette
Spectacles
Verdict...
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Rick Panegy
Philip Pick
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LA CRITIQUE

Il n’y a pas grand chose à garder de ce Roméo et Juliette maladroit, bancal et populiste. Quelques belles idées de scénographie ici ou là, une belle création lumière de Stéphane Aubert et c’est à peu près tout… David Bobee met en scène une nouvelle version de Roméo et Juliette, plus contemporaine. Elle est urbaine et virulente. Dans son Roméo et Juliette, David Bobee ne recherche pas seulement à illustrer l’amour, pur et innocent, il exprime, à travers son casting métissé et la nouvelle traduction d’Antoine et Pascal Collin, les conflits sociaux et raciaux, le rejet de l’autre, les rivalités de bandes suburbaines et la quête d’identité. La banlieue s’exprime. La rue danse. La jeunesse s’aime et se déchire. La poésie disparait. Et la tragédie n’émeut plus.

Le choc, brutal, provient d’abord de la traduction de Pascal Collin et Antoine Collin, grossière, vulgaire, provocante. Elle explose le texte de Shakespeare pour se transformer tantôt en ersatz de parodie (une guimauve simili poético-romantique), tantôt en violentes provocations verbales (des « putains » récurrents et lassants, prononcés au cœur même de certaines répliques cultes comme « la honte sur vos deux maisons, PUTAIN, la honte sur vos deux maisons »). Sous couvert de modernité, Bobee et les Collin, qui tentent de briser les codes du classique, font s’évanouir toute la beauté du texte du dramaturge anglais, et, ipso facto, la force de son intensité dramatique. Car jamais aucune émotion (un comble) ne parvient à toucher le spectateur.

Le jeu amateur des comédiens accentue le profil grossier de la pièce. On ne sait s’ils sont définitivement mauvais ou s’ils sont simplement piètrement dirigés… Le résultat est le même : c’est une faute de casting… Mais David Bobee « ne fait pas d’audition » : il paye là son audace absurde… De clichés en évidences ou en contresens, les comédiens agacent ou lassent. Ils ne séduisent jamais, hélas… La rage amoureuse au ventre a totalement disparu. Le casting entier est aberrant, tant les comédiens sont mauvais. On passe sur la volonté populiste de Bobee d’exposer un casting métissé, « cuivré » (et donc saugrenu !), de mêler chants arabes ou danse hip hop, accents d’on ne sait où, rendant peu compréhensibles les tirades (mais rendant à la pièce toute l’expression de la « diversité » tant recherchée par Bobee). On passe sur la conception sonore, curieuse (des voix peu audibles, puis des voix amplifiées, un micro, plus de micro…). On passe aussi sur les appuis lourds et inutiles de la musique, qui vient marquer chaque instant dramatique comme dans un mauvais téléfilm.

Il ne restera donc pas grand chose de ce Roméo et Juliette là, qui place Bobee au rang des metteurs en scène et chorégraphes ambitieux, aux idées inabouties bien qu’intéressantes. Sa pièce, qu’il veut ancrée dans notre contemporalité, reste finalement loin du total engagement qu’il aurait pu prendre. Le contexte social est « frôlé » mais jamais fouillé. La passion (souffrance) amoureuse est abordée mais reste en surface…

Le Romeo+Juliette de Baz Lurhman est une comparaison évidente : le film (1996) du réalisateur australien, respectant à la lettre le texte de Shakespeare, était pourtant bien plus moderne que la version de David Bobee. L’énergie et le drame y étaient alors bien plus vibrants que dans ce pâle spectacle de 2012…

« Wesh, Wesh… » La question posée est : est-ce en rabaissant l’excellence au niveau du vulgum pecus qu’on parvient à élever le quidam ? Pour tout dire, il est des « Roméo et Juliette » de kermesse de fin d’année dans certains collèges ou dans certains lycées qui valent davantage le détour…

Rick Panegy

Et vous, vous en avez pensé quoi ?
perso j'ai dé-tes-té !
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mouai, bof, ça m'a pas chamboulé!
50%
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5 Comments
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  • 17 avril 2013 at 4:28

    Il n’y a pas de codes classiques dans une dramaturgie élisabéthaine, qu’ils soient à respecter ou à contourner, vous ne savez pas de quoi vous parlez, les ruptures de niveau de langue, de ton, de registre sont dans le texte anglais, retournez à la sources, documentez votre article, tentez de citer convenablement la traduction où jamais il n’est écrit « la honte sur vos deux maison, putain, la honte… » Jamais. Entre mensonges, inexactitudes et agressivité, je comprends pourquoi vous n’arrêtez pas de parler de caniveau, vous vous situez effectivement à ce niveau. Un jeu amateur ? Parlez-vous des acteurs ayant joué de nombreuses fois dans la cour d’honneur du Palais de Papes d’Avignon, ou bien des acteurs étrangers, de leurs accents, puisque la diversité de cette distribution semble vous contrarier. Pourtant ils sont des acteurs reconnus dans leurs pays réciproques (Togo, Syrie, Belgique…). Cela vous semble populiste cette diversité, dites vous ? La réponse est non, ça ne l’est pas. Je suis désolé de comprendre que pour vous voir un noir ou un acteur d’origine berbère dans un Shakespeare est étrange donc suspect. Et puisque cela semble votre seule référence de comparaison, la version filmée de Lurhman, ne respectait pas le texte dans son intégralité non plus. Cela aussi a semblé vous échapper. J’ai rarement lu un écrit (il serait compliqué d’appeller ce tissus de conneries une critique) si violent et bête. Libre à vous de tenir un blog fait de vos commentaires personnels mais si vous menez un chantier critique comme celui-ci, qui se rêve prescripteur, tâchez au minimum d’être à la hauteur de ce que vous abordez, en l’occurrence Shakespeare, cette oeuvre, mon travail, et le parcours des acteurs que vous classez bien vite dans la catégorie ‘amateur’ tant leur nature de jeu vous est étrangère. Tâchez donc de mieux maquiller vos carences culturelles et intellectuelles parce que là, c’est quand même un peu la honte ce que vous écrivez. Non ?

    • Rick et Pick
      9 juillet 2014 at 7:53

      Monsieur Bobée,

      Votre commentaire, en réponse, est un droit que nous respectons, vous devriez en faire autant de celui qui consiste, de nos jours, à laisser l’abruti s’exprimer, publiquement, sur un blog…et même d’appeler éhontément son « écrit » une « critique »… L’exercice n’est pas le même que celui du journaliste ou du critique d’art, ou de l’animateur télé, il consiste simplement à donner son avis, qu’il soit carencé ou documenté… En tout état de cause, ne vous en déplaise, il représente l’avis qu’ont certains de vos spectateurs. En cela, nous vous trouvons bien cavalier de considérer votre public comme des imbéciles honteux : votre mépris semble ainsi dépasser le notre…
      Mais reprenons…
      Nous reconnaissons l’agressivité du billet, et comprenons que cela puisse heurter : c’est un risque que vous prenez en étant un personnage public (le mieux, sinon, n’est-il pas de faire de petits spectacles dans sa chambre, devant un compagnon imaginaire, pour ne pas prendre ce risque ? Pas sûr que ce soit votre souhait…. Nous pensons même que ce serait dommage, voyez-vous, car nous préférons voir des spectacles qui ne nous plaisent pas mais proposent et osent quelque chose que des spectacles qui nous laissent indifférents!)

      Les codes dont vous parlez, en disant qu’ils n’existent pas dans la dramaturgie élizabéthaine, n’existent-ils pas par définition, puisque vous citez cette dramaturgie par un épithète qui, semble-t-il, doit bien rassembler quelques invariants ?

      Que cela vous plaise ou non, vos comédiens ont dit « La honte sur vos deux maisons, putain, la honte… » Ce n’est peut-être pas dans la traduction de Collin mais cela est dit sur scène ! Vous cachez-vous derrière la liberté que vous laissez à vos comédiens de ne pas respecter la nouvelle traduction ? Ne pouvez-vous pas supposer que le spectateur, naïvement, pense légitimement que les acteurs déclament le texte de l’auteur ??

      Cour d’honneur ? Reconnus dans leur pays ? Quels sont ces curieux arguments qui n’autoriseraient pas le spectateur à ne pas apprécier le jeu d’un comédien ? Est-on intouchable lorsque l’on joue à Avignon ? Ou dans tout autre lieu que vous jugerez sanctuarisé ? Il est de nombreux comédiens ou acteurs, même récompensés par de nombreux prix, dont le jeu nous déplait, comme à d’autres… C’est ainsi, monsieur Bobée, « avoir la carte », ça ne fonctionne pas toujours avec tout le monde. Je ne peux que vous donner le crédit de la mauvaise fois : trouver qu’un acteur joue mal, ou comme un amateur, est un droit du spectateur.

      Par ailleurs, vous-même avez déclaré ne pas vouloir pour ce spectacle embaucher de professionnels… N’est-ce pas la définition de l’amateur que de ne pas être professionnel ?

      Ne sous-entendez pas que la diversité nous choque. Nous avons trouvé incongru, par moment, celle que vous avez affichée dans ce spectacle, c’est tout. Aussi, le choix d’un comédien étranger ne doit pas gêner, selon nous (mais cela doit être très bizarre de penser cela) la compréhension : si diction empêche le sens…à quoi bon ?

      Prescripteur ? Vos dernières phrases, sur le mode impératif, ne le sont-elles pas davantage ? Votre statut vous autorise-t-il à nous donner ces leçons ? Autorisez-vous, nous ne nous agaçons pas… mais acceptez alors qu’on puisse aussi adopter ce ton. Ce billet, comme un avis « public », n’est pas plus prescripteur qu’un article de journaliste (ou même d’un autre blog) que vous auriez jugé élogieux, haranguant le public à aller voir votre pièce ! Ce billet-là, avec un ton très prescripteur, vous l’auriez accepter sans rechigner…

      Être à la hauteur de Shakespeare ? De votre travail ? De celui des comédiens ? Justement, nous trouvions -à tort selon vous, à raison pour d’autre- que ce spectacle aurait pu davantage respecter Shakespeare. Nous avons trouvé, surtout, que le spectateur n’avait pas été, lui, assez respecté.De nombreux lycéens étaient présents dans la salle, ils ont aimé eux, dans l’ensemble… Tant mieux pour vous, si c’est ce seul public que vous avez voulu viser avec ce spectacle, mais d’autres spectateurs, adultes, ne se sont pas senti respectés… Et passons sur le respect pour les comédiens, qui consisterait à dire qu’ils sont formidables.

      L’égo du metteur en scène, comme celui des artistes, est, dit-on, démesuré. Il doit être à la hauteur du nôtre, c’est dire !

      Monsieur Bobée, vous êtes un jeune metteur en scène, déjà reconnu, avec de belles réussites, et surement encore d’autres à venir ! Nous vous le souhaitons. Nous sommes capables d’aimer vos spectacles, celui ne vaut pas « règle ad vitam ». Permettez-nous de ne pas avoir aimé -mais pas du tout!- celle-ci et de l’avoir dit avec colère, avec un style exagéré, certes, mais c’est le jeu…Sur un internet -triste monde- on trouve de tout.

      Votre carrière sera longue, nous l’espérons aussi, vous rencontrerez des critiques -même professionnels- qui vous balanceront des horreurs -même injustifiées-, cela fait aussi partie de votre travail, et des spectateurs mécontents, il y en aura toujours. Parmi eux, il y en aura peut-être qui l’écriront, mal ou avec style, et ce sera leur droit…

      Nous attendons vos prochains spectacles, pas pour pouvoir de nouveau nous moquer, mais pour voir une autre propositions, une nouvelle œuvre, qui nous plaira, qui ne nous plaira pas. C’est le jeu du théâtre, de la musique, de l’art…

      La honte disiez-vous ? Non, nous n’avons pas honte. Nous embrassons autant que vous notre liberté.

      A très bientôt pour un autre spectacle !

      R&P

      Rick Panegy

  • Roudayre
    29 novembre 2013 at 3:32

    Messieurs Bobbe et Collin,

    J’ai assisté à la représentation de votre pièce mercredi soir. J’étais vraiment ravie de voir cette pièce de Shakespeare à l’intensité dramatique maîtrisée et dont les personnages sont si poétiques. Et je dois vous avouer que j’ai été à la fois déçue et outrée ! Je n’aurais pas écrit une critique plus juste et réaliste que celle de Rick Panegy -c’est d’ailleurs presque mot pour mot le commentaire que j’ai tenu en sortant de la représentation ! – si cela m’avait été donné de le faire !
    Votre pièce, Monsieur Bobee, Messieurs Collin, est une injure à Shakespeare, et au théâtre classique : de la pièce originelle, il ne reste rien… alors pourquoi l’avoir utilisée pour créer quelque chose d’aussi différent ? Votre pièce est consternante de vulgarité, de grossièreté et d’ennui ; elle a une heure trente de trop, vos acteurs sont incompréhensibles et mauvais, l’incursion d’un chant arabe n’y a pas sa place, et pour finir la musique, le hip hop sont inutiles.
    Je regrette que votre pièce soit davantage un spectacle pour gosses de banlieues mal famées, et qu’elle tire vers le bas l’idée même de l’amour, des relations familiales et claniques, en montrant de la violence et autant de grossièretés. Il y avait beaucoup de lycéens, mercredi soir, venus avec leurs enseignants, et je ne peux que déplorer l’image que certains vont garder d’une pièce de théâtre, sans parler de cet auteur de talent qu’est Shakespeare…
    Finalement, j’aurais préféré revoir pour la énième fois l’excellent West Side Story dont la libre adaptation de Roméo et Juliette a eu au moins le mérite de faire chanter plusieurs générations, plutôt que de me risquer à aller voir votre « pièce ».
    Monsieur Bobee, dans votre métier, il faut savoir entendre les critiques, les accepter avec dignité ; manifestement, vous avez outrepassé la bienséance dans votre droit de réponse à Monsieur Panegy… comme dans votre pièce… Vous m’avez outrée une seconde fois… Permettez que je ne vous salue point.
    Valérie

  • Aurélie
    5 décembre 2013 at 12:25

    Je sors à l’instant du théâtre de Martigues où je viens de voir la pièce et je dois bien dire que je souscris, moi aussi, à cette critique que je trouve juste de bout en bout (je serais peut être plus indulgente envers les acteurs) et confirme ce que dit Valérie.
    N’allez pas voir ce spectacle affligeant!
    Aurélie.

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