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[Danse – Critique] May B de Maguy Marin

Maybe poetry, Humanity probably
by 29 novembre 2012
MICRO-CRITIQUE & NOTE
En bref...

Un monument de la danse, immanquable, bouleversant, bousculant. Un parcours dans les méandres de l'âme, dans les espoirs et les luttes, dans les guerres et les quêtes.
Un spectacles aux images mémorables, renversantes.

Pourquoi "oui" ?

Tout

Pourquoi "non" ?

Rien

Verdict...
NOTES
Rick Panegy
Philip Pick
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LA CRITIQUE

May B, ou cette expression du corps, entre violence et tristesse, de la difficulté de l’homme d’aller sans but, jusqu’au bout de soi, de cohabiter avec l’autre et avec ses propres fêlures. Maguy Marin, en 1981, créait un morceau d’humanité immense, entre chorégraphie et théâtre (dans la lignée du Tanz Theater de Pina Bausch). Le spectacle, 30 ans après, est un incontournable du répertoire de la danse. Quiconque y assiste, croise ces regards hagards, perdus, moqueurs et ces pantins usés, se frottant, se repoussant et s’étreignant tout au long de l’aventure humaine de May B, en ressort troublé et bouleversé : rarement chorégraphie aura autant confronté le spectateur, comme un miroir de sa grandeur et de sa misère, à l’incongruité de son existence et à la beauté de sa fragile vie. Entre oppression du groupe et difficulté d’être individu parmi d’autres individus, la condition humaine est teintée ici de pessimisme. L’instinct animal et l’inéluctable trajectoire tragique de l’Homme habitent ce fascinant May B.

La lecture des chefs d’œuvre de  Samuel Beckett (En attendant Godot, Fin de partie…) et la rencontre avec l’auteur irlandais est à l’origine de cette pièce dansée. Les premières réactions critiques sont négatives mais rapidement, le regard de la chorégraphe française sur le monde désœuvré des hommes, évoluant dans leurs contraintes nécessaires, séduit le monde entier. L’évolution de cette dizaine de personnages, fardés de peinture blanche et de guenilles, finit par raisonner chez le spectateur.

La lumière apparait sur une dizaine de danseurs, posés telles des statues, immobiles, recouverts de peinture blanche. Un lied de Schubert précède leurs premiers mouvements, saccadés, robotiques, alignés, collectifs. L’homme, dans sa soumission au groupe, peine à trouver sa voix, et les traces blanches que laissent au sol ces marionnettes essoufflées en s’égarant sur la scène finissent par recouvrir la scène entière : l’unité retrouvée et les corps enfin rapprochés, la séduction et la frénésie, parfois sexuelle, débutent. Elles entrainent chacun des corps dans des tourbillons de mouvements, de coups d’œil, et de parades au sol et en ronde.  Sur la musique des Gilles de Binche, ces corps-là découvrent leurs chapeaux, moins drôles que ceux du carnaval historique, les leurs sont invisibles : codes et oppressions sociales, impossibilité d’interactions, les relations entre tous sont entravées par ces chapeaux lourds et pesants. Il est temps pour ces pantins de s’en libérer…

La peinture sèche et peu à peu, s’effrite sur les visages, qui soufflent, toussent, se tordent à l’instar des corps qui se plient et s’entortillent. Au fur et à mesure alors que les peaux se dévoilent, la poussière blanche envahit l’air et les personnages se découvrent alors comme un ensemble d’êtres uniques. Ils se séduisent, se font la guerre, se fêtent, s’aiment et se déchirent, ils s’aident et s’abandonnent. Toute l’histoire de l’humanité, dans ses rapports les plus intimes et les plus contradictoires, s’exprime sur scène, le second mouvement du quatuor La jeune fille et la mort de Schubert raisonnant entre les cris et les moqueries des uns et des autres…

Entre grotesque et sublime, les tableaux se succèdent lentement et semblent parfois boucler, se répétant sans cesse, comme pour montrer le destin cyclique de l’homme. A l’image de l’hypnotique Jesus Blood never failed me yet de Gavin Bryars (musique minimaliste où l’artiste fait répéter en boucle la même phrase sans aucune articulation), les hommes et les femmes sur scène tournent en rond, sans savoir où ils vont et où leur vie les mène… L’un des derniers tableaux, comme un départ vers la mort, fait se retrouver ces individus qui s’étaient égarés.

Ecouter ici le formidable Jesus Blood never failed me yet de Gavin Bryars.

Le dernier voyage rassemble mais les isole davantage : le dernier lied de Schubert, pour accompagner l’ultime pas, termine May B, et laisse place à l’écho qui résonne « en boucle » dans la mémoire du spectateur bouleversé : « Fini, c’est fini, ça va finir, ça va peut-être finir ». Les premiers mots de Fin de partie de Beckett, les seuls à être prononcés intelligiblement durant May B, concluent cette promenade bancale, malade, autour des fêlures humaines. Ces fêlures qui s’expriment sur les visages des danseurs, où la peinture se craquèle, jusqu’à l’ultime moment des saluts : les danseurs de la compagnie Marin sont eux-mêmes ces personnages, livrés au bal de la vie. Nous aussi…

Fin de partie.

Rick Panegy

Au 104, les 16 et 17 novembre.

Au Théâtre du Rond-Point, du 20 novembre au 1er décembre.

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