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[Spectacle – Critique] Vortex / L’après-midi d’un foehn de Phia Ménard

Vortex

Au milieu d’un mur de ventilateurs, l’artiste apparait en « homme invisible » , bardée de bandes épaisses dissimulées sous un costume. Ses lunettes cachent son regard : ni homme ni femme, Phia Ménard n’a que le costume comme attribut masculin. Vortex, et la longue mue qui suit ce point de départ, c’est l’allégorie du changement, de la transformation. C’est une succession de symboles forts, parfois dérangeants, souvent violents, pour exprimer au monde la transformation d’un homme en femme.

Phia Ménard, formée à la jonglerie en 1991, fonde en 1998 la Compagnie Non Nova avec laquelle elle crée, notamment, sa précédente performance, PPP, dans laquelle elle jonglait avec de la glace. Ici, dans son envoutant Vortex, elle jongle et sculpte le vent. L’installation, réglée au millimètre, prend plusieurs heures à être mise en place. La performance, elle, dure cinquante minutes, mais résume plusieurs années d’un chemin intérieur d’acceptation, de frustration, de colère et de recherche de soi. Ce que Phia Ménard raconte d’elle et de son expérience personnelle – sa lente transformation d’homme en femme – peut, par extension toucher chacun des spectateurs : Vortex résonnera non seulement comme un puissant témoignage mais aussi comme un écho aux angoisses et aux questionnements de chacun, lorsqu’il faut apprendre à vivre avec ses choix.

Accouchement, mue, nouvelle naissance, révélation, chrysalide… tout le champs sémantique de la symbolique de la transformation est explorée plastiquement (au sens figuré comme au sens propre) par Phia Ménard, qui se débarrasse peu à peu, de ses oripeaux superflus et embarrassants jusqu’à apparaitre aux spectateurs quasi-nue, en femme.

Le plastique vole dans une spirale de vent : entre poésie et fascination, la maitrise technique de l’artiste (qui travaille en permanence « l’injonglabilité » -sic-) impressionne : la proximité du spectateur, en cercle autour de  la (re) naissance de la « créature », ajoute à l’immersion totale. Chacun est confronté dans l’intimité de Phia Ménard et nul échappatoire n’est possible. Se débarrasser du carcan social, puis se débarrasser de son enveloppe (la rejeter, la regretter), enfin se débarrasser de tout son moi, intérieur (long tableau visuellement frappant où l’artiste se vide littéralement d’elle même, de sa colère, de son passé, de ses codes…). Ensuite accoucher de soi-même, se mettre à nouveau au monde, et éclore d’un placenta de plastique dans un nouveau corps et une nouvelle âme. Tous ces chapitres de la performance sont réalisés avec grâce et maitrise technique fascinante.

Le Vortex, ce tourbillon qui aspire tout, irrémédiablement, irréversiblement, sans retour possible, aspire Philippe Ménard. C’est Phia qui naitra de la tempête. Et la fin de la performance appelle à un nouveau spectacle : le dépouillement est-il achevé une fois la transformation accomplie ? Son prochain spectacle « sur l’amour » (sic) devrait nous permettre de suivre encore l’évolution de l’artiste, de la comprendre encore et de l’accompagner davantage dans son parcours personnel, qui résonne en chacun comme un miroir de son propre cheminement intérieur, car, comme le rappelle Phia Ménard, la vie n’est-elle pas elle-même une éternelle transformation?

L’Après-midi d’un foehn…

Vortex est souvent précédé de L’Après-midi d’un Foehn, qui nécessite la même installation. Créé avant Vortex, la performance s’adresse aux enfants comme elle s’adresse aux adultes : des sacs plastiques de couleurs sont découpés en personnages. Les ventilateurs les feront danser, se caresser, virevolter, voler ou courir. Ils les rendront vivants, pour le plus grand plaisir des enfants et des adultes, replongés alors dans leur imaginaire le plus productif. La « jongleuse » (Cécile Briand) ne semble pas « maitriser » les êtres de plastique, elle semble davantage les suivre, les apprivoiser… Sur la musique de Debussy (L’après-midi d’un faune), les sacs plastiques relèguent Nijinsky au rang d’amateur : pour eux, la grâce et la légèreté n’ont aucun secret. Les pas de deux s’enchaînent avec un naturel déconcertant…

Vous ne regarderez plus vos sacs plastiques de la même manière à présent…

Rick Panegy    

Interview de Phia Ménard et Extraits de la performance

Voir toutes les dates pour les spectacles de Vortex et L’après-midi d’un foehn sur le site de la Compagnie Non-Nova, ici …

Au Théâtre de la Ville / Théâtre Silvia Monfort du 21 mai au 8 juin 2013

Au CENTQUATRE/104 du 11 au 15 juin 2013.