[Film – Critique] The We and The I de Michel Gondry

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Huis clos sociologique, teen movie subtile faussement provoc, ou road movie intiatique en quasi temps réel, The We And The I est un exercice de style cinéma formellement réussi mais au propos aussi facile que démagogique. Si toutefois la démagogie est un procès d’intention un peu exagéré, on n’est pas loin de s’agacer de la naïveté et de l’empathie débordante qui guide Michel Gondry tout au long de ce film en trois parties. Sous couvert d’analyse plus ou moins sociologique, le retour à la maison de cette bande de jeune du Bronx est davantage un cumul de clichés et de scènes grotesques ou crispantes, au cours desquelles se succèdent les plus imbéciles comportements antisociaux et inciviques. Et Gondry n’échappe pas à la démarche excessivement indulgente, gonflée d’empathie -à la manière du duo Cantet/Bégaudeau d’Entre les Murs- Il justifie -ou explique- les dérives du groupe (cette influence de la communauté comme une attraction inévitable du teenager) en lui opposant les richesses de l’individu (renfermées, cachées, secrètes chez l’adolescent). A cet âge où la construction du soi (The I) passe inévitablement par la confrontation à l’autre et au groupe, en s’y opposant ou en s’y diluant (The We), Gondry ne propose de la part de l’adulte qu’une compassion explicative faiblarde. Le film, quasiment en temps réel, épouse  les contours du documentaire, tout en restant une fiction impeccablement scénarisée. Cet aspect « naturel » renforcé, avec davantage de spontanéité et d’énergie, tend à appuyer les affects, et plus encore ce final qui sonne comme abominablement calculé.

Certes, Michel Gondry reste un génie de la mise en image -capable ici de réaliser des tableaux poétiquement hip-hop- Il situe la quasi totalité des actions dans un bus et filme superbement, dans une alternance virtuose, les visages, les arrières plans, les gènes et la provocations, les rires et les tragédies personnelles : ici, l’espace restreint du cadre est sans cesse explosé au profit d’une profondeur et d’un mouvement permanent, donnant à ce bus l’aspect d’un immense studio où se multiplient les nœuds narratifs. Habilement, Gondry mêle au récit « typé documentaire » des scènes plus frénétiques, imagées ou colorées, qui sont alternativement l’expression du discours rapporté des comédiens, exprimant leur passé ou leurs fantasmes.

La mise en scène talentueuse du réalisateur ne parvient hélas pas à faire passer la pilule de la faiblesse du discours et de l’analyse psychologique de l’adolescence : en allant lire cette fiche, vous en saurez tout autant, sans avoir à supporter le monde en crise de ce bus, écrasé par le poids des hormones… On aime davanatage Gondry lorsqu’il s’abandonne totalement à la fiction pure et à l’image, comme dans son sublime Eternel Sunshine of the spotless Mind, dans son aérien La sciences des rêves ou dans ses clips (les récents clips de Bjork…)

Espérons que le prochain film du réalisateur français, l’adaptation de LEcume des jours, saura briller de son seul talent.

Rick Panegy

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