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[Film – Critique] God Bless America de Bob Goldthwait : Satire sans concession

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Bob Goldthwait, homme orchestre -producteur, acteur, réalisateur, scénariste, humoriste, télévision, cinéma etc…)- manie la satire et la polémique avec aisance et expérience. Il n’y va pas non plus avec le dos de la cuillère ! Son God Bless America dézingue à tout va la société américaine contemporaine : il dégomme la télévision américaine, la fascination pour les programmes de télé-réalité, l’admiration du vide et de la bêtise grasse ; il balance sans concession sur la violence quotidienne (les armes…), sur les dérives consuméristes du monde moderne. Goldthwait s’enfonce dans la dénonciation avec une délectation gourmande, sans aucune nuance, exprimant force dégoût et colère moqueuse.

God Bless America, comme pour mieux éviter de passer pour un long métrage moralisant (ou moralisateur), donneur de leçons ou méprisant, adopte l’humour comme bouclier. La critique, sous forme de caricature, permet la surenchère et l’outrance (à l’image d’un Sacha Baron Cohen, avec Borat ou The Dictator… ). Et pourtant, ici, les aventures de Franck Murdoch (Joel Murray, le frère du célèbre Bill) peuvent paraitre, plus qu’audacieuses ou courageuses, faciles et insultantes…  Franck Murdoch est un homme un peu perdu dans la société qui l’entoure, et qui va peu à peu perdre pied lorsqu’il se retrouve sans emploi et sous la menace d’une tumeur au cerveau. Il se décide à éliminer tout ce qu’il considère bas et avilissant, tout ce qui fait l’apologie de la bêtise. Dans sa croisade désespérée, il est rejoint par une adolescente tourmentée, Roxy (Tara Lynne Barr). Tout partiront dans une expédition expiatoire, aussi violente que démesurée.

En ne prenant pas garde de mettre ci et là des nuances ou des éléments de discussion et de débat, Goldthwait transforme sa satire en pamphlet et s’expose ainsi, de toute évidence, à des critiques : d’aucun lui reprocheront d’humilier la classe populaire, de faire l’apologie de la culture bourgeoise et de mépriser le vulgum pecus. On entendra même que la culture de masse étant dominante, le film insulte donc la plus grande partie de la population (le nombre fait loi, quand ça arrange). Pourtant, on reconnaitra à God Bless America d’assumer son parti pris radical, d’avoir le courage de donner sans réserve un point de vue total, à l’instar de certains films « populaires » (populistes?) qui matraquent avec tout autant d’humour et de mépris la culture bourgeoise ou élitiste (comme Intouchables le fit avec le succès que l’on connait).

Sortie DVD : le 5 février 2013