[Film – Critique] Flight de Robert Zemeckis

[fblike]Depuis Seul au Monde (2000), Robert Zemeckis n’avait pas filmé en prise de vue réelle. Son retour, comme après une longue disette de chair, commence par une scène où les corps de Denzel Washington et de Nadine Velasquez s’affichent nus, baignant dans l’alcool, la cigarette, la drogue et le sexe. Un cocktail bien trop impur, immoral et perverti pour ne pas, aussitôt la scène close, s’embarquer dans une longue leçon de morale, une éprouvante croisade bigote lassante et prévisible. Zemeckis endosse avec rigueur le costume d’un dévot pédagogue (démagogue?), qui dresse le portrait classique et rebattu du chemin de croix fastidieux et rédempteur du pécheur dévoyé, un pilote alcoolique et drogué (très bon Denzel Washington) qui sauve miraculeusement un avion d’un crash inévitablement meurtrier.

Passée les 20 premières minutes (une scène efficace et formidablement maitrisée du vol et du crash, ni excessive ni démonstrative) Flight laisse de côté les seuls aspects du film qui auraient gagné à être traités avec nuances et questionnement : quid du rapport entre les effets des addictions du héros et son habileté géniale lors du sauvetage (talent ou désinhibition du pilote) et, surtout,  quid de la capacité de la société à accepter d’un homme adulé, porté aux nues et au rang de héros, qu’il soit un homme empli de fêlures. Qu’advient-il de l’euphorie collective lorsque l’armure du super-héros, sauveur d’un centaine de vie, est en réalité lézardée de tous côtés par des addictions destructrices. Le monde est-il prêt à être sauvé par une âme perdue ? Rien de tout cela : ce qui intéresse Zemeckis, c’est le long purgatoire de l’égaré qui le mène vers sa délivrance.

Dieu est l’origine et la conclusion, le chemin et l’issue : aucune alternative à espérer, la seule échappatoire honorable est celle qui mène à Dieu. Dès la fin de la scène qui mène l’avion au crash inéluctable, nerveuse et captivante, le plaisir du spectateur s’éteint et laisse place à l’attitude la plus pieuse et studieuse, comme dans un catéchisme austère. Juste avant son contact avec le sol, l’avion frôle une église et son aile rompt la flèche de l’édifice sacré : le symbole est bien trop lourd pour espérer du film autre chose qu’une réparation divine… fin du plaisir, début du calvaire. Le spectateur qui cherche autre chose qu’une leçon de morale vivra une véritable souffrance, sans pour autant qu’elle se révèle aussi spirituelle que la Passion.

Rick Panegy

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