[Film – Critique] Shadow Dancer de James Marsh

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Shadow Dancer se moque des modes et des conventions : un rythme lent, détaché, presque contemplatif, une photo et une réalisation hyper travaillée à la limite du maniérisme (qui rappelle, à un degré moindre, l’excellente vision esthétique de La Taupe), une délimitation volontairement poreuse entre l’identification morale des deux héros, symboles des confits qui opposèrent durant des décennies en Grande-Bretagne les indépendantistes nord-irlandais et les autorités anglaises. Colette McVeight (Andrea Riseborough) est irlandaise. Dans sa jeunesse, elle assiste à la mort de son frère, victime des conflits qui opposent l’IRA à la police anglaise. Sa famille, activiste, et son traumatisme, ne lui laissent guère le choix : quelques années plus tard, Colette, devenue mère, part à Londres pour mettre en place un attentat. Celui-ci manqué, elle est arrêtée et devra alors répondre à la question du choix.

Et c’est là que réside la clef de la réussite du film : au-delà de l’analyse et du regard sur le conflit nord-irlandais, regard sur tout un peuple à travers le parcours singulier d’un individu (comme dans les sublimes Au nom du père de Jim Sheridan, The Crying Game de Neil Jordan ou Hunger de Steve McQueen par exemple), c’est davantage la destinée individuelle qui est posée comme source de questionnement, éloignant la question du collectif de la problématique. C’est toute la différence de traitement qui fait du film de James Marsh  un film atypique, sensible bien que radical dans le choix qui est proposé à l’héroïne. Celle-ci, au main du MI5 après l’échec de son attentat, doit choisir entre la prison (et, la conséquence impensable pour une mère de famille : la séparation définitive de son enfant) et l’espionnage de ses compatriotes activistes, dont sa propre famille, pour regagner sa liberté. Trahir sa patrie et les siens pour l’amour de son fils et sa liberté, ou rester loyale et fidèle et abandonner tout espoir de liberté et d’amour maternel. La question de l’individu dans l’Histoire est soulevée, la réponse est franche, bien que douloureuse. Car Mac (Clive Owen), l’agent du MI5 à l’origine de la proposition, n’est pas montré comme un manipulateur foncièrement mauvais : son combat ne s’avère ni plus juste ni plus blâmable que celui de Colette. Sa supérieure, Kate Fletcher (une Gillian Anderson flirtant avec le stéréotype, un ton en-dessous des autres comédiens), bien que plus radicale, ne semble pas, elle non plus, animée par autre chose qu’une conviction honnête.

Malgré la respectabilité des différentes opinions, Marsh opte pour un discours de liberté et d’amour, prend position, non pas pour l’un des partis du conflit, qui est davantage la trame de fond de ce drame personnel, mais pour l’affranchissement, la délivrance des contraintes sociales et collectives. Un film excellemment filmé, des acteurs parfaits, entre sensibilité et sincérité et un scénario qui se démarque des ficelles classiques… Malgré tout, des longueurs et certains éléments du scénario, soit prévisibles soit trop tardifs à se mettre en place, freine l’enthousiasme ; et la destinée de Colette, englobée de celle de tout un peuple, peine parfois à éveiller l’émoi…

Rick Panegy.

 

 

 

 

 

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