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[Danse – Critique] Ce que j’appelle oubli – Angelin Preljocaj

Spectacles
LA CRITIQUE

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Laurent Mauvignier écrivait en 2011 un texte fort, sensible, comme un cri d’indignation, sur la violence d’un fait divers : quatre vigiles d’un supermarché battaient à mort un jeune homme de 25 ans, sans défense, qui avait osé boire une bière sans la payer… « On ne meurt pas pour si peu » déclarait le juge lors du procès des quatre hommes. Le texte de l’écrivain transpirait la colère et l’indignation ; à sa lecture, Angelin Preljocaj y voit la possibilité de l’expression de la violence des corps : Ce que j’appelle oubli est la combinaison parfaite du texte et du corps, du verbe et du geste. Un récitant (Laurent Cazanave) déclame le texte -avec parfois trop d’effets et de manières- et les danseurs, en arrière plan ou entre deux « chapitres » exposent et démontrent, illustrant la force des mots et l’inconvenance du récit.

Le récit illustré de Preljocaj fait alterner la colère des mots et la véhémence du mouvement. Le narrateur s’adresse tantôt à la victime, tantôt à ses bourreaux, ou encore au frère de la victime ; il les fait s’exprimer aussi, et aux mots emportés de Mauvignier répond la chorégraphie franche de Preljocaj, qui explore l’expression de la brutalité crasse, de l’arrogance, de l’humiliation, de la mort, ou qui illustre l’agression elle-même, ou la prison…

C’est par une scénographie limitée que Preljocaj réussit à mettre l’accent sur le geste, et sur les scènes exprimées par les danseurs (Aurélien Charrier, Fabrizio Clemente, Baptiste Coissieu, Carlos Ferreira Da Silva, Liam Warren, Nicolas Zemmour). A l’impensable extraordinaire de ce fait divers, Preljocaj oppose la sobriété, comme pour davantage confronter le spectateur à la bêtise obscure de l’âme humaine.

Le spectacle adopte un ton solennel, presque sentencieux. L’élan est quasi-réthorique, ce qui amplifie l’aspect cérémonieux que certains spectateurs regrettent. On assiste à une chorégraphie moins spectaculaire que certaines productions du Ballet Preljocaj mais pas nécessairement plus sobre.

Troisième confrontation de Preljocaj avec la littérature, Ce que j’appelle oubli, présenté pour la première fois à la Biennale de Danse de Lyon en 2012, est un cri de corps et de mots contre la barbarie de la bêtise, à laquelle l’éloquence du verbe et la poésie du geste est, au final, la plus digne et la plus estimable des réponses.

 

 

crédit photos : Carbonne

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