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La maman est la putain
Cinema
MICRO-CRITIQUE & NOTE
En bref...

Honoré s'attaque à George Bataille : si le propos est intéressant, ouvrant la porte de la quête de la liberté à tous les possibles, jusque dans l'aliénation ou la névrose incestueuse, la forme est parfois trop sursignifiante, ou trop appuyée.

Pourquoi "oui" ?

- Le jeu, toujours, d'Isabelle Huppert
- Un film qui ne se perd pas dans la prudence, un propos audacieux
- Des seconds rôles à la hauteur
- Une mise en scène ambitieuse
- De la symbolique freudienne : Œdipe, sexualité, et mort en filtres
- Un propos sans jugement sur la dépendance, l'aliénation, les différentes formes de liberté

Pourquoi "non" ?

- Un excès de forme, appuyée et très (trop) travaillée
- Du sens en permanence
- Un sous-texte chrétien, présent dans le roman d George Bataille, effacé
- Une complaisance dans la provocation

Verdict...
NOTES
Rick Panegy
Philip Pick
NOTES
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LA CRITIQUE

 Les promesses du premier long métrage de Christophe Honoré, 17 fois Cécile Cassard (2002) sont vite soufflées dans cette adaptation osée du roman éponyme de Georges Bataille -audace ambitieuse- tant elle cherche à chaque instant à appuyer avec force le talent et l’intelligence de son réalisateur. Ici, l’intrigue se déroule aux îles Canaries, de nos jours, et le contexte chrétien très présent dans le roman est mis en sourdine (bien que n’étant plus au premier plan, la question du dévouement et de la soumission à une force divine est sans cesse présente, comme un décors incontournable).

Le cheminement personnel chaotique et sulfureux de Pierre (Louis Garrel), qui balance en permanence de l’admiration pour sa mère (quasi-divination) à la soumission, est ici mis en image dans un excès d’effets auxquels Honoré donne trop habilement du sens. La caméra est en effet fragile, le grain volontairement grossier, le cadre décalé ou les raccords brutaux ; les décors sont glauques et la narration étirée : tout semble ici naître excessivement du récit lui-même, et de son ambiance, comme pour bien mettre en évidence que tout cela ne vient pas d’une maladresse d’Honoré lui-même mais de son regard aiguisé… La forme, les minutes passant, se révèle donc pompeusement pesante, bien que visuellement plaisante. Bien souvent, l’excès de forme a tendance à vouloir cacher un vide de fond : ici, rien de tout cela, le fond est lesté de symbolismes denses et inévitables. Œdipe se régale, la question de la foi, déclinée en spiritualité, glisse sur la dépendance et la soumission : tout devient symbole, à tel point que toute liberté et tout excès (des scènes « sur »réalistes) sont d’évidence possibles, puisque reflétant des situations  à la portée métaphorique.

Il reste toutefois un regard et une position au final intéressants dans Ma mère : de la relation de domination entre le fils et la mère (la putain?), incarnée par une Isabelle Huppert toujours hors-normes, à l’inceste, d’abord fantasmé puis quasiment consommé, ou bien encore du parcours du fils jusqu’à son émancipation (du père et de la mère, pour devenir « Dieu » soit-même), tout est question de l’individu et de son rapport à l’autre dans ce qui l’amène à choisir entre liberté et entrave : une liberté aliénante ou une entrave libératrice…

Honoré a beau pousser un peu trop le jeu de la provocation des corps, de la construction sans cesse signifiante de sa mise en scène (jusqu’à la diction parfois trop littéraire des personnages dans certaines scènes), ou encore de la signification des mythes et métaphores fondateurs, il ne manque pas totalement son film, réussissant malgré l’inévitable fatuité du projet un objet ambitieux et questionnant. Les seconds rôles, de Joana Preiss à Emma De Caunes (très bonne) sont à la hauteur des performances décalées et jusqu’au boutistes des deux acteurs principaux, Louis Garrel et Isabelle Huppert, qui épousent sans difficulté le climat transgressif imposé par Honoré, qui s’inscrivait là dans la lignée du cinéma « extrême » des Gaspard Noé, Virginie Despentes, Catherine Breillat ou Bruno Dumont…

Rick Panegy

Et vous, vous en avez pensé quoi ?
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33%
mouai, bof, ça m'a pas chamboulé!
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C'était plutôt pâs mal !
33%
J'ai a-do-ré !
0%

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