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[Film – Critique] 40 ans mode d’emploi de Judd Apatow : Funny People

by Philip Pick14 mars 2013
LA CRITIQUE

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Réalisateur, scénariste, producteur, à la télévision comme au cinéma, Judd Apatow (40 ans toujours puceau, Funny People, En cloque : Mode d’emploi), est un phénomène outre-atlantique où son humour et son ton décalé et provocateur, clef de son succès, fait régulièrement des ravages en audience et au box-office. En France, force est de reconnaitre que son cercle de fidèles est plus restreint. Pourtant, il existe dans la plume et l’œil d’Apatow une simplicité et une sincérité qui ajoutent à son humour un peu gras une tonalité presque légère, comme un évidence et une connivence certaine.

40 ans mode d’emploi ne déroge pas à la règle : toujours grivoises, les situations découlent d’un quotidien banal, presque trivial (en l’occurrence souvent inspiré de celui d’Apatow lui-même, comme ici) ; elles sont à peine gonflées de ressorts comiques travaillées et cela en font leur richesse. En effet, Judd Apatow possède cette faculté étonnante à faire de l’anecdote du comique porteur de sens et à faire du détail (scabreux ou humiliant) un universel comique.

A l’opposé des frères Farelly (Dumb and Dumber, Mary à tout prix, Fous d’Irène) ou des teen-movies à l’image de la franchise American Pie, qui tiraient leur comique de situations volontairement excessivement graveleuses et lourdes, le cinéma d’Apatow, davantage encore dans 40 ans mode d’emploi, confond le dérisoire des évènements absurdes et humiliants de la vie pour les réduire à de simples étapes marginales, et les transforme avec une étonnante légèreté en ancrage fort de l’intimité : 40 ans mode d’emploi respire la vie, la joie et se moque des affronts que chacun rencontre au cours de son existence.

Les « crises » que traversent Pete et Debbie (Paul Rudd et Leslie Mann), personnelles, entrainent dans leurs sillages des perturbations qui touchent à la fois le couple et la famille, et, logiquement, leurs relations sociales. Des problèmes de sexualité, de santé, des soucis financiers, la difficulté à accepter de vieillir, à affronter un quotidien qui s’use, la confrontation avec les enfants qui grandissent sont autant de moments complexes à affronter : derrière la comédie, qui s’articule autour de situations clownesques ou de dialogues savamment écrits, Apatow continue de filmer la vie comme s’il balançait avec une « cool attitude » délicieuse : « Tout ça n’a guère d’importance »… Il ressort de ce 40 ans mode d’emploi une bienveillance sympathique derrière les éclats de rire.

Sorte de spin-off de En cloque : Mode d’emploi (2007), le film d’Apatow réunit un casting familial puisque que le réalisateur a invité toute la famille à être de la partie (sa femme, qui campe le rôle principal) et ses filles, pour un résultat voulu plus « naturel »… Qu’importe la pertinence du choix, le spectateur se régale de dialogues acérés, d’une réalisation dynamique, d’un scénario sans faille et de seconds rôles parfaits (une Megan Fox à ravir dans un rôle de faire-valloir qui assume l’auto-dérision avec talent et, surtout, une Melissa McCarthy -Mes meilleures amies, qu’Apatow produisait déjà- phénoménale, qui apparait peu mais délivre une ou deux scènes d’anthologie hilarante).

Drôle et inventif mais sincère et simple, 40 ans mode d’emploi est plus qu’une comédie grivoise où l’on se régale d’excès et de démesure, il est un film qui s’amuse des lourdeurs du quotidien et les balaie d’une désinvolture rassurante.

Rick Panegy

 

 

 

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