[Film – Critique] Jack Le Chasseur de Géants de Bryan Singer : La grosse madeleine

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Comme une délicieuse madeleine que Proust aurait délicatement posé à l’écran, Jack et le chasseur de géants se déguste avec des yeux d’enfants gâtés et émerveillés. Tous les contes et tous les rêves d’aventures  qui nourrissent les délires les plus imaginatifs de notre enfance prennent forme sur l’écran, avec juste ce qu’il faut d’humour et de malice, un rythme soutenu -mais pas effréné- et une romance sage.

Les contes populaires anglais  médiévaux Jack le tueur de géant et Jack et le haricot magique sont ici transposés avec honnêteté, équilibre et sans véritable trahison. Bryan Singer (X-men, X-men 2, Walkyrie, Un élève doué, Usual Suspects, Superman Returns) délivre tout son savoir-faire en matière d’action mais résiste à l’appel de l’outrance : les scènes d’action sont lisibles, espacées et confèrent à l’aventure un souffle épique bienvenu.

Bryan Singer propose un film « à l’ancienne », avec les moyens d’aujourhui : son Jack présente tous les codes du cinéma d’aventures pour enfants, à l’instar des films dont il a pu se nourrir dans son enfance. Et cela fait plaisir de voir à quel point Bryan Singer s’est amusé, ici, à reproduire ses souvenirs et ses envies d’épique : un roi, le moyen-âge, des châteaux-forts, un traitre, une princesse, un jeune homme qui sauve le royaume et la jeune femme, une histoire d’amour improbable, des méchants caricaturaux (ici les géants remplacent les dragons ou les sorcières), le happy-end classique… Sauf qu’à tout cela, Singer ajoute les moyens modernes, des effets spéciaux grandioses (et notamment une 3D efficace bien que pas nécessairement incontournable), réalisant ainsi probablement le film qu’il aurait aimé voir dans sa jeunesse, et réalisant sans aucun doute le film que de nombreux adultes auraient aimé voir enfants.

Cependant, il ne cède en rien aux valeurs du monde moderne, et ne cherche pas à « coller » à l’image de la société actuelle : qu’importe que les enfants aient changé, préoccupés par d’autres valeurs que les enfants des précédentes décennies, Singer fait le pari que l’émerveillement traversent les années et que, quels qu’ils soient, les enfants sauront toujours apprécier ce qui nourrit leur imagination… Ici, des adolescents polis, un côté rebelle mesuré et des messages classiques, porteurs de valeurs traditionnelles (solidarité, amour, courage, loyauté), ponctuent la folle aventure. Les parents retrouveront ainsi leur esprit d’enfant et seront ravis d’amener les leurs voir ce film « dans l’esprit d’avant ». Quant aux enfants eux-mêmes, nul doute qu’il seront capable d’apprécier un film sans vulgarité, sans arrogance, sans sexualité latente, sans mise en avant de liberté individuelle, ou de l’égo, un film purement simplement divertissant, rempli d’aventures, de cascades, d’humour et de romance… Oublions les Hunger Games, Rebelle, Le Lorax, Age de glace, Chat poté, Kung-fu panda, Madagascar, ou autres films pour enfants qui s’alignent, pour mieux vendre, sur les comportements modernes, ce Jack et le chasseur de géants réunit tout ce qu’il faut de fantaisie et de magie du cinéma pour s’extraire du monde réel et nourrir l’imagination.

  Rick Panegy

 

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