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Musique

[Opéra – Critique] Siegfried de Richard Wagner – Philippe Jordan – Günter Krämer

by Rick Panegy4 avril 2013
LA CRITIQUE

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La reprise de la célèbre tétralogie de Richard Wagner, dans la mise en scène de Günter Krämer est un évènement : depuis 1957, en effet, jamais Le Ring n’avait été programmé dans son intégralité. Le bicentenaire de la naissance du compositeur allemand (1813-1883) est l’occasion de présenter aux spectateurs la reprise de la version de Günter Krämer, déjà présentée lors des saisons 2010 (L’or du Rhin et La Walkyrie) et 2011 (Siegfried et Le Crépuscule des Dieux) de l’Opéra de Paris. La Saison 2013 proposera les quatre opéras successivement et s’achèvera par une semaine entière consacrée à l’œuvre maîtresse de Wagner, au cours de laquelle il sera possible d’enchainer consécutivement, sur quatre jours, les quatre fantastiques opéras. L’occasion pour les plus Wagnérien des amateurs de fêter dignement le bicentenaire du maître et de savourer l’exceptionnel évènement, et pour les autres, c’est l’occasion de découvrir l’incroyable force romanesque, narrative et quasi-métaphysique des livrets de Wagner, et de s’imprégner de sa majestueuse musique.

Siegfried (2ème journée)

Troisième opus de la tétralogie, Siegfried est l’occasion de découvrir enfin le héros, le personnage central de l’œuvre, celui par qui le chaos des uns (les Dieux) surviendra et par qui encore l’émergence d’une humanité nouvelle deviendra possible. Un héros jeune, imprévisible, fougueux et naïf ; un héros instinctif et innocent. Siegfried ne connait pas la peur, il a soif d’aventures, comme n’importe quel jeune de son âge, son insouciance rythme son quotidien. C’est l’aventure et la découverte de l’amour (Brünhilde) qui fera évoluer le jeune intrépide… Un parcours initiatique, symbolique, hélas mis à mal par la lecture de Krämer.

Siegfried (Torsten Kerl) est présenté ici comme un benêt simpet, un crétin imbécile un peu limité. Il se balade en culotte courte, court après les feuilles qui tombent, suit bêtement, bras en avant, un oiseau qui le guide, et promène ses dread-locks tout au long de l’opéra avec autant de lourdeur que de ridicule, souvent Un -très- mauvais point (qui apparait comme un contre-sens incompréhensible) que viennent appuyer d’étranges partis pris de mise en scène : Mime (Wolfgang Ablinger-Sperrhacke), (toujours aussi excité (la partie « comique » de l’œuvre) frôle par moment la caricature de la « cage aux folles »et évolue sous une plantation de cannabis assez étonnante. Une provocation Krämerienne supplémentaire… Heureusement, le dernier acte, bien plus grave et bien plus profond, ne permettra pas autant à Krämer de s’aventurer dans une mise en scène farfelue, bien qu’il persiste à ne pas faire évoluer Siegfried vers la prise de conscience de l’âge adulte. Ce dernier acte, qui voit Siegfried découvrir Brünhilde, et par cette occasion rencontrer l’amour et connaître pour la première fois la peur, a été écrit par Richard Wagner douze ans après l’écriture des deux premiers actes (il aura même composé Tristan et Isolde dans cet intervalle). Ce dernier acte est donc logiquement empreint d’une toute autre profondeur : Siegfried, troisième opéra de la tétralogie, plus léger que les autres, tel le scherzo d’une symphonie, sombre soudain dans un climat plus lourd, plus grave, dans lequel on peut lire, derrière l’amour naissant, l’ombre d’une menace irréversible. L’acte final débute d’ailleurs, à l’image de cette nouvelle dynamique, par une première scène fabuleuse entre Wotan (Egils Silins) et Erda (Qiu Lin Zhang), que Krämer ne gâche pas, cette fois-ci (si ce n’est par quelques contorsions inutiles d’Erda).

Ne serait-ce que pour cette scène, ce Siegfried mérite d’être vu…

Hélas, les faux-pas de mise en scène de Krämer ne sont pas les seuls bémols (passons sur la scène de la mort du « dragon », manquée encore une fois -mais combien de Ring ont-ils réussi ce passage? Passons aussi sur la décision de laisser en coulisse l’oiseau, une Elena Tsallagova convaincante, qui aurait gagné à être sur scène, à la place de ce double muet de Siegfried en culotte courte) : le casting dans son ensemble n’est pas à la hauteur de l’immensité de l’œuvre. Si Egils Silins (Wotan) tire son épingle du jeu, comme depuis les débuts de ce ring 2013 tant attendu, Alwyn Mellor (Brünhilde) est toujours un peu faible, bien moins consistante que dans La Walkyrie. Mais au royaume des aveugles les borgnes sont rois : en face d’elle en effet, Torsten Kerl est d’une médiocrité affligeante ! Sa voix est d’une platitude étonnante et ne parvient jamais à atteindre l’acmé espéré. En un mot, on ne l’entend pas. Décevant puis agaçant. Pour tout dire la faiblesse de la voix de Kerl surprend dans le premier acte par son manque de volume : on croit alors à un tour osé de Krämer, qui aurait insisté pour que la voix du jeune héros prenne de l’assurance au fur et à mesure que le personnage allait évoluer, tout au long de la pièce… Erreur d’optimiste : c’est tout le contraire qui se déroule sous nos yeux et nos oreilles étonnées ; alors que la musique de Wagner prend de l’ampleur, la voix Kerl s’étouffe parmi les notes puissantes de l’orchestre… On aime assez Qiu Lin Zhang, qui joue cependant un peu trop les divas et en fait beaucoup, en notes exagérément arrondies et vibratos un peu trop appuyés . Peter Sidhom campe toujours un Alberich à la voix assurée, même s’il ne parvient pas à la hauteur de l’autre figure tutélaire masculine, Wotan.

Mise en scène chaotique (tout juste sauvée par un dernier acte plus sobre) ; voix du héros inexistante…Il ne reste alors que la direction pour permettre éventuellement à Siegfried de ne pas décevoir : Philippe Jordan, en chef ultra présent à l’Opéra de Paris, dirige une fois de plus un opéra de Wagner… Il semble pourtant, aux yeux de beaucoup, manquer de caractère et de force dans sa direction d’orchestre pour correspondre à du Wagner : direction souple, très (trop?) légère, toujours aussi faiblement engagée. Malgré tout, force est de reconnaitre que la direction d’orchestre et le travail de l’Orchestre de l’Opéra de Paris sont probablement l’atout le plus agréable de la soirée. Les cuivres sont à la hauteur et les pupitres sensibles : l’orchestre prend cette fois-ci toute sa place dans l’œuvre, et tout son sens, comme un fil conducteur ou un squelette solide qui soutiendrait le livret, solidité qui manquait dans L’Or du Rhin, présenté il y a quelques mois.

Malgré ces nombreux défauts ou approximations, Siegfried reste agréable et une œuvre à voir et à entendre : le dernier acte, plus engageant (tant du point de vue du livret que de la conduction de l’orchestre) appelle un Crépuscule des Dieux plus que satisfaisant, et suffit à conserver l’envie d’achever cette épique aventure. Il reste une chance de bouleverser le spectateur : en cette année Wagner, il serait sacrilège de ne pas proposer un spectacle à la hauteur du drame qui se joue.

Rick Panegy

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