[Danse - Critique] Twin Paradox - Mathilde Monnier : "Monnier, tu dors ?"
Previous
RANDOM
[Film - Critique] L'écume des jours de Michel Gondry
Next

[Opéra – Critique] Hänsel et Gretel d’Engelbert Humperdinck – Claus Peter Flor – Mariame Clément

by Rick Panegy on 21 avril 2013
Musique
LA CRITIQUE

[fblike]

Hänsel et Gretel fait son entrée au répertoire de l’Opéra de Paris, en même temps que Mariame Clément et Claus Peter Flor y font leur première apparition…

Si la volonté de hisser cet opéra d’Engelbert Humperdinck au delà du simple conte pour enfants – faire de ce märchenoper, opéra féérique, un opéra plus ambitieux – est louable, force de reconnaitre que derrière le travail de recherche de Clément, qui tend à transcender le conte symbolique en exposé psychanalytique, il reste une saveur aigre-douce, un sentiment partagé. Entre la satisfaction d’assister à une mise en scène ambitieuse, originale, qui met en avant un vrai regard d’auteur, et la déception que cette lecture provoque, entre perte de la magie et immobilisme de la mise en scène, on ressort de cet Hänsel et Gretel dubitatif… Notons toutefois l’excellent choix de programmation, en cette année Wagner : Humperdinck, en digne héritier du maître allemand, proposait avec son plus célèbre opéra une continuité évidente de l’opéra wagnérien…

Ici, Mariame Clément fait le pari d’une intellectualisation du conte symbolique, optant pour une lecture explicative et didactique, au risque de réduire à (quasi) néant toute démarche interprétative, qui découle par nature de l’appropriation des mythes et légendes fondateurs, dont Hänsel et Gretel fait pourtant désormais partie. Celui-ci est ici abordé à la manière d’une explication de texte, à travers une mise en scène fondamentalement rationnelle qui amenuise considérablement l’effet féérique. Les aventures des deux enfants, dans la version de Clément, ne serait en réalité qu’un rêve. Ce sont les fantasmes de l’enfance -Hänsel et Gretel-, nés de la peur de la pauvreté des deux gamins, et de leur imagination juvénile interprétative, en écoutant le père et la mère se disputant, à travers la porte, qui nourrissent leurs nuits de terrifiants cauchemars. La psychanalyse débarque à grand renfort de mise en scène sursignifiante : la maison en coupe, décors vertical occupant toute la largeur de la scène, libère quatre pièces dans lesquelles Hänsel et Gretel évoluent tantôt dans la réalité (ce sont alors des enfants acteurs), tantôt dans un imaginaire rêvé (ce sont alors Anne-Catherine Gillet, excellente, et Daniela Sindram). Côté jardin et côté cour, les situations -réelles ou imaginaires- se succèdent et se chevauchent parfois, en parallèle, multipliant les zones de regard : tandis que les parents discutent dans la réalité, leurs doubles, issus de l’imagination d’Hänsel et Gretel, nous sont exposés dans une autre pièce, révélant toutes les angoisses des enfants ; ou encore, tandis que les enfants, punis dans leur chambre, s’endorment la peur au ventre, d’autres endroits de la scène les montrent dans leurs rêves, délires de leurs peurs les plus primales (araignée géante, mains sous le lit, sorcière) ou de leurs désirs les plus fous (gâteau géant, parents en roi et reine…).

Freud, Lacan ou Jung côtoient ici Humperdinck, en cohérence avec la coïncidence des dates de la naissance de la psychanalyse et de la création de cet opéra. Mais on regrette cette lecture trop fermée, qui présente le double inconvénient de ne pas permettre l’interprétation libre ou la lecture au premier degré d’une part, et, d’autre part, de proposer une mise en scène très statique (même structure de décor tout au long de la pièce), hormis un balai de sorcières qu’on associe vite à l’Hocus Pocus de Bette Midler (1993) . La sorcière, en diva scintillante, n’est pas le seul élément « Disney » qu’on regrette… Les ballons et les gâteaux géants (en guise de maison de la sorcière), les vives couleurs et les ballets enjoués donnent à cette mise en scène un aspect très convenu, loin -paradoxalement- de l’ambitieuse mise en abîme psychanalytique de Mariame Clément. On pense parfois aussi à Michel Gondry, tant le mélange de situations réelles et de situations quasi-surnaturelles se fait de manière homogène…

Claus Peter Flor, pour sa première direction à l’Opéra de Paris, a proposé une musique équilibrée, maniant avec brio les nuances : il a su notamment gérer de manière brillante les longs interludes musicaux  et préludes (d’inspiration wagnérienne) dont Clément a su se saisir pour proposer, sur scène,  la poursuite de la narration, en ellipses ingénieux (la fin du 2ème acte par exemple).

Daniela Sindram et Anne-Catherine Gillet campent un Hänsel et une Gretel corrects, avec une mention spéciale pour Gillet, plus en équilibre. Sindram étant parfois dans le surjeu, pour coller à la mise en scène, sa voix se pose alors moins sûrement que celle de Gillet. Alors qu’Anja Silja aborde dans la démesure son personnage de sorcière, plaisant logiquement au public plus jeune, c’est Irmgard Vilsmaier qui délivre une partition particulièrement réussie, étonnante de subtilité et de force.

Cette nouvelle production de Nicolas Joël, à l’Opéra de Paris, marque encore la différence entre l’opéra spectacle et l’opéra réflexif : cet Hänsel et Gretel ambitionne d’apporter un nouveau regard à l’œuvre « enfantine » d’Humperdinck, porté par le livret « simplifié » d’Adelheid Wette (la sœur d’Humperdinck); pari réussi, mais au détriment d’un dynamisme et d’une mobilité qui auraient servi davantage l’opéra, au détriment aussi d’une poésie et d’une magie qui paraissaient pourtant indissociables du conte des frères Grimm…  Le märchenoper d’Humperdinck n’a plus grand chose de « märchen« .. il devient oper, un bon oper mais un simple oper

 

 

 

[fblike]

Hansel et Gretel fait son entrée au répertoire de l’Opéra de Paris, en même temps que Mariame Clément et Claus Peter Flor y font leur première apparition…

Si la volonté de hisser cet opéra d’Humperdinck au delà du simple conte pour enfants – faire de ce märchenoper, opéra féérique, un opéra plus ambitieux – est louable, force de reconnaitre que derrière le travail de recherche de Clément, qui tend à transcender le conte symbolique en exposé psychanalytique, il reste une saveur aigre-douce, un sentiment partagé. Entre la satisfaction d’assister à une mise en scène ambitieuse, originale, qui met en avant un vrai regard d’auteur, et la déception que cette lecture provoque, entre perte de la magie et immobilisme de la mise en scène, on ressort de cet Hansel et Gretel dubitatif… Notons toutefois l’excellent choix de programmation, en cette année Wagner : Humperdinck, en digne héritier de Wagner, proposait avec son plus célèbre opéra une continuité évidente de l’opéra wagnérien…

Ici, Mariame Clément fait le pari d’une intellectualisation du conte symbolique, optant pour une lecture explicative et didactique, au risque de réduire à (quasi) néant toute démarche interprétative, qui découle par nature de l’appropriation des mythes et légendes fondateurs, dont Hänsel et Gretel fait pourtant désormais partie. Celui-ci est ici abordé à la manière d’une explication de texte, à travers une mise en scène fondamentalement rationnelle qui amenuise considérablement l’effet féérique. Les aventures des deux enfants, dans la version de Clément, ne serait en réalité qu’un rêve. Ce sont les fantasmes de l’enfance -Hänsel et Gretel-, nés de la peur de la pauvreté des deux gamins, et de leur imagination juvénile interprétative, en écoutant le père et la mère se disputant, à travers la porte, qui nourrissent leurs nuits de terrifiants cauchemars. La psychanalyse débarque à grand renfort de mise en scène sursignifiante : la maison en coupe, décors vertical occupant toute la largeur de la scène, libère quatre pièces dans lesquelles Hänsel et Gretel évoluent tantôt dans la réalité (ce sont alors des enfants acteurs), tantôt dans un imaginaire rêvé (ce sont alors Anne-Catherine Gillet, excellente, et Daniela Sindram). Côté jardin et côté cour, les situations -réelles ou imaginaires- se succèdent et se chevauchent parfois, en parallèle, multipliant les zones de regard : tandis que les parents discutent dans la réalité, leurs doubles, issus de l’imagination d’Hänsel et Gretel, nous sont exposés dans une autre pièce, révélant toutes les angoisses des enfants ; ou encore, tandis que les enfants, punis dans leur chambre, s’endorment la peur au ventre, d’autres endroits de la scène les montrent dans leurs rêves, délires de leurs peurs les plus primales (araignée géante, mains sous le lit, sorcière) ou de leurs désirs les plus fous (gâteau géant, parents en roi et reine…).

Freud, Lacan ou Jung côtoient ici Humperdinck, en cohérence avec la coïncidence des dates de la naissance de la psychanalyse et de la création de cet opéra. Mais on regrette cette lecture trop fermée, qui présente le double inconvénient de ne pas permettre l’interprétation libre ou la lecture au premier degré d’une part, et, d’autre part, de proposer une mise en scène très statique (même structure de décor tout au long de la pièce), hormis un balai de sorcières qu’on associe vite à l’Hocus Pocus de Bette Midler (1993). La sorcière, en diva scintillante, n’est pas le seul élément « Disney » qu’on regrette… Les ballons et les gâteaux géants (en guise de maison de la sorcière), les vives couleurs et les ballets enjoués donnent à cette mise en scène un aspect très convenu, loin -paradoxalement- de l’ambitieuse mise en abîme psychanalytique de Mariame Clément. On pense aussi parfois à Michel Gondry, tant le mélange d’éléments réels et presque surnaturels s’opèrent dans un équilibre évident…

Claus Peter Flor, pour sa première direction à l’Opéra de Paris, a proposé une musique équilibrée, maniant avec brio les nuances : il a su notamment gérer de manière brillante les longs interludes musicaux  et préludes (d’inspiration wagnérienne) dont Clément a su se saisir pour proposer, sur scène,  la poursuite de la narration, en ellipses ingénieux (la fin du 2ème acte par exemple).

Daniela Sindram et Anne-Catherine Gillet campent un Hänsel et une Gretel corrects, avec une mention spéciale pour Gillet, plus en équilibre. Sindram étant parfois dans le surjeu, pour coller à la mise en scène, sa voix se pose alors moins sûrement que celle de Gillet. Alors qu’Anja Silja aborde dans la démesure son personnage de sorcière, plaisant logiquement au public plus jeune, c’est Irmgard Vilsmaier qui délivre une partition particulièrement réussie, étonnante de subtilité et de force.

Cette nouvelle production de Nicolas Joël, à l’Opéra de Paris, marque encore la différence entre l’opéra spectacle et l’opéra réflexif : cet Hänsel et Gretel ambitionne d’apporter un nouveau regard à l’œuvre « enfantine » d’Humperdinck -livret simplifié de la sœur d’Humperdinck, Adelheid Wette- ; pari réussi, mais au détriment d’un dynamisme et d’une mobilité qui auraient servi davantage l’opéra, au détriment aussi d’une poésie et d’une magie qui paraissaient pourtant indissociables du conte des frères Grimm…  Le märchenoper d’Humperdinck n’a plus grand chose de « märchen« .. il devient oper, un bon oper mais un simple oper

 

 

 

 

Vous êtes d'accord avec nous ?
N'importe quoi !
0%
Pas franchement d'accord
0%
D'accord avec vous !
0%
Absoluuuumeeent!
0%

Laisser un commentaire

Fonts by Google Fonts. Icons by Fontello. Full Credits here »