[Film – Critique] Pieta de Kim Ki-Duk : Mater Dolorosa écorchée

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Bien plus que la  rédemption, c’est la compassion dans l’expression de la douleur qui transpire sur la toile : la Mater Dolorosa de Kim Ki-Duk transcende toute la souffrance qu’expriment le rejet et les relations humaines, complexes, pour peindre à l’écran le parcours supplicié d’une mère et d’un jeune homme.

Le très prolifique réalisateur sud-coréen (18 films en 17 ans) remporte avec Pieta son plus grand prix : il repart du Festival de Venise 201

2 avec le Lion d’or du meilleur film. Pourtant, force est de reconnaitre que Pieta n’est pas à la hauteur de ses meilleurs films : Locataires ou Printemps, été, automne, hiver… et printemps étaient de merveilleux bijoux d’originalité et de mise en scène. Pour Pieta, Ki-Duk opte pour une fébrilité de l’image, en parfaite cohérence avec la fragilité des deux personnages principaux, et pour une radicalité des plans (images violentes et scènes de douleur étirées), correspondant ainsi avec la fureur excessive du propos et du récit.

Lee Jung-jin

Mais pour autant, Pieta s’enlise parfois dans une facilité un peu narcissique, Ki-Duk gardant encore une caméra qui prend des allures arrogantes et suffisantes, y compris lorsque les choix esthétiques apparaissent comme très discutables (des zooms rapides , des (faux) raccords très marqués…). Toutefois, si l’on accepte le regard très assuré -comme toujours- du réalisateur asiatique, on appréciera à sa juste valeur cette épopée atroce, de souffrance et de martyrs, emportée par deux acteurs excellents (Jo Min-soo et Lee Jung-jin). Sur fond de critique -un peu excessive- de l’argent et sur fond de mutation sociale, Ki-Duk calque le parcours torturé de ces héros sur celui de la Mater Dolorosa, et particulièrement de la piéta chrétienne, qui exprime la souffrance d’une mère en lieu et place de la souffrance de son fils : ici, Jésus-Le fils- ne souffre pas, ou pas encore, et le désir de la mère n’est pas celui d’une souffrance de compassion habituelle ; celle-ci est plutôt une compassion détournée, puisqu’ elle consiste, pour la mère, à rendre humain le fils, autrement dit, à lui faire connaître la souffrance… Paradoxale démarche, qui fait glisser le film dans une ambiguïté par moment malsaine. Les deux héros sont perdus, et c’est à travers ce long chemin de croix qu’ ils retrouveront l’équilibre, même si celui-ci mène à une impasse…

Jo Min-soo

Jo Min-soo

Si Marie tenait son fils Jésus sur ses genoux, descendu de la croix, avant sa résurrection, la piéta de  Ki-Duk est celle qui descendra le fils de son piédestal de démiurge ; et si résurrection il y a, elle aura lieu de son vivant, pour qu’il renaisse dans une humanité toute éphémère, mais au combien salvatrice…

Rick Panegy

 

 

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