LA CAGE DOREE 2

[Film – Critique] La Cage Dorée de Ruben Alves : l’agréable surprise…

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Sous des aspects de comédie simpliste et sans prétention, La Cage Dorée séduit et propose, entre quelques scènes d’une drôlerie franche, une lecture sensible et assez fine des difficultés liées à l’identité des « secondes générations » et au tiraillement des immigrés de première génération, que le double attachement (au pays natal et au pays d’accueil, où toute leur vie s’est construite) perturbe légitimement ; comme lorsqu’il s’agit, ici, de saisir l’opportunité de retourner au Portugal, suite à un héritage familial, et abandonner ainsi sa vie, équilibrée et rassurante, et mettre ses enfants, enracinés dans la culture française, dans une situation difficile… Ceux-ci sont d’ailleurs dans un équilibre permanent entre la volonté d’échapper au cliché (jusqu’à la honte d’avoir des parents concierge et maçon), celle de profiter de l’ascenseur social et le respect et l’amour de leur culture, qu’ils partagent avec leurs parents, comme des racines bienveillantes.

Il règne tout au long du film une telle sincérité et une telle honnêteté  (liées évidemment au caractère « autobiographique » du long-métrage, le réalisateur Ruben Alves évoquant ici, peu ou prou, sa propre histoire). Les scènes respirent, entre nostalgie et délicatesse, une parfaite harmonie et une réelle authenticité. On rit franchement (la seule scène du dîner -pourtant d’un classique mille fois vu- est hilarante, grâce notamment à une excellente Chantal Lauby) et on est souvent touchés, aussi, particulièrement par la radieuse Rita Blanco (déjà concierge pour son dernier rôle, dans Amour de Haneke) et par Joaquim de Almeida, en père courageux et volontaire. Tous les seconds rôles sont à la hauteur de la spontanéité qui se dégage du film, de Nicole Croisille, odieuse à souhait, à Roland Giraud, en passant par Jacqueline Corado, en truculente sœur de l’héroïne, ou Lannick Gautry et Barbara Cabrita. C’es probablement tout cela qui autorise au film ses faiblesses en terme de réalisation : reconnaissons qu’il n’y a guère de défaut, mais rien ne brille en terme de montage, de plans ou de trouvailles de mise en scène… Qu’importe, ce n’est pas ce que le film recherche : apprécions au contraire que le réalisateur ait su s’effacer, pour que sa réalisation s’aligne sur la simplicité de ses personnages.

La Cage dorée est un film humble, tout au long duquel on rit, sans pour autant assister à une grosse bulle vide de sens, contrairement à de grandes comédies très grand public qui envahissent ces temps-ci les écrans français, bien plus creuses que cette Cage Dorée…

Rick Panegy