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[Danse – Critique] Ushio Amagatsu / Sankai Juku : Umusuna

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Sur la scène, deux balances et deux plateaux de sable, comme deux karesansui sur lesquels les danseurs de Sankai Juku  vont exprimer, au delà de la contestation liée à l’art du Butô, toute l’harmonie et la disharmonie de l’humanité, sa renaissance perpétuelle, telle un cycle, et l’indéfini mouvement, au-delà des âges et du temps, de l’existence autour de la Terre… Tout au long du spectacle, aussi, un mince filet de sable s’écoule du plafond jusqu’au sol, comme pour mieux signifier l’universalité, synchronique et diachronique, de ce qui se déroule sous nos yeux…

Ushio Amagatsu, fondateur et chorégraphe de la compagnie Sankai Juku en 1975, continue avec sa dernière création d’exprimer un Butô apaisé : ici, sept tableaux se succèdent, chacun mis en valeur par une couleur (magnifiques lumières de Genta Iwamura) et une musique (belles compositions de Takashi Kako, Yas-Kaz et Yoichiro Yoshikawa), entre sérénité, consolation, joutes ou éclosion.

 

Le spectacle, Umusuna exprime en même temps la renaissance continue de l’être et son rapport à la terre, au sol. Tiré des deux idéogrammes Umusu (naître, commencer sa vie) et Na (la terre, le pays…), le spectacle du maître japonais bouleverse autant qu’il adoucit les angoisses quotidiennes : à travers l’expression rituelle des corps des sept danseurs, alternant entre une quasi nudité recouverte de sable sec et les costumes expressifs de Masayo Lizuka, se dessinent les  » mémoires d’avant l’Histoire « , quand le corps, physique et matériel, se désincarne de toute sa carapace charnelle pour parler, dans une langue universelle, de l’éternelle naissance de l’Homme face à son Monde, jusqu’à trouver, indéfiniment, l’équilibre, comme un écho à sa folle arythmie.

Ushio Amagatsu lui-même, affirme : « Je veux penser que la danse commence dans le processus qui précède la naissance, et même plus avant, dans la répétition d’une évolution qui prit des centaines de millions d’années. » Le spectateur, lui, ressort de la salle épuré de tous les maux, en harmonie avec le monde terrestre qui l’entoure… La calligraphie des corps de Sankai Juku dessinent peu à peu l’équilibre incontournable de l’esprit et de l’univers, comme pour partager avec celui qui regarde, tel un don, l’essentielle conscience du monde.

Rick Panegy

Au Théâtre de la Ville, Paris, du 2 au 11 mai 2013 (accédez au site ici)

Au MC2 Grenoble le 13 mai 2014

Du 16 au 18 mai à Sceaux,

Le 20 et 21 mai au Théâtre de Saint-Quentin en Yvelines,

A la Scène Nationale de Sète le 24 mai,

A l’Opéra de Limoges le 27 et le 28 mai…

 

Notre note :