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[Exposition] Keith Haring – The Political Line au MAM – Centquatre

by Rick Panegy7 mai 2013
LA CRITIQUE

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Du 19 avril au 18 août 2013, le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris et le Centquatre consacrent une vaste rétrospective à l’artiste pop phare des années 80, Keith Haring. L’occasion de remettre enfin l’artiste à sa place : celle d’un homme engagé, militant, qui consacra tout son art à communiquer, à travers son langage « pictogrammes », sur ce qui le révoltait. Justice sociale, racisme, oppression, domination, Sida, capitalisme, médias et consommation…, Keith Haring n’est pas l’artiste qui se résume à des « bonhommes rigolos » sur des mugs ou des T-Shirts, contours simples et couleurs vives qui se déclinent sur tout et partout. Le MAM expose ses toiles, quelques dessins et quelques sculptures ; des grands formats (dont le fameux The Ten commandments) sont exposés au Centquatre.  A ne pas manquer !

L’exposition, intitulée à juste titre The Political Line est riche, conséquente et, ipso facto, incontournable : il s’agit là d’une des plus grandes rétrospectives consacrées à l’artiste, décédé en 1990 du Sida, fléau qu’il décrivit dans ses dernières œuvres à travers de nombreuses toiles, luttant ainsi contre le silence. Au MAM, les œuvres sont classées en huit thématiques chères à l’œuvre d’Haring :

L’individu contre l’état ; Capitalisme ; Les œuvres dans l’espace public ; La religion ; Mass Media ; Racisme ; Ecocide, menace nucléaire et apocalypse ; Dernières œuvres. Sexe, sida et mort.

A travers ses toiles, parfois violentes, on reconnaitra un Keith Haring engagé, luttant contre l’omnipotence d’un état souvent oppresseur (symbolisé par le chien, récurrent dans ses toiles), et dénonçant le poids sclérosant de la Religion, qui limite la liberté et l’épanouissement individuel (des croix qui transpercent des corps), et qui a toujours été source de conflits. Il alertait aussi, à travers ses œuvres, sur l’effet lissant de la culture de masse et la limitation des « références » à une « élite » média (la télévision dessinée à la place du cerveau, le Mickey Mouse omniprésent, y compris sous les traits d’Andy Warhol). Il pointait du doigt la marchandisation de tout objet, de toute forme, et le règne sans partage de l’argent (le dollar dans ses toiles). Il criait au monde les ravages du Sida (le spermatozoïde à cornes), rompant ainsi avec le silence culpabilisant du monde. Il protestait violemment contre le racisme, les racismes, ceux qui, sous toutes formes, stigmatisaient la différence (des corps enchainés, émasculés…)

Keith Haring est l’image même de l’artiste engagé et militant, quasi-politique. Hélas, il fut aussi l’un de ceux qui fut « récupéré » par ce qu’il dénonçait lui-même : la marchandisation, le capitalisme, le dollar… Depuis des décennies en effet, ses graphismes envahissent les boutiques sur des produits dérivés en tout genre, rendant les protestations de l’artiste bien peu lisibles (un bonhomme ici ou là, et c’est tout)  : quand Haring (son œuvre) fait partie de ce qu’il dénonçait lui-même, le paradoxe confine au malaise… Haring lui-même n’en est hélas pas complètement innocenté : il fonda son Pop Shop en 1986 sur Lafayette Street, permettant ainsi au capitalisme de pénétrer son art… Il voulait que son art puisse être accessible à tous, il avait malheureusement poser la première pierre de l’édifice « dollar » autour de ses œuvres… Au même titre qu’il dénonçait l’influence de l’argent, il dénonçait l’impact du mass media, la culture de l’écran, envahi d’élite de « stars » qu’il fréquentait pourtant régulièrement (ses amitiés avec Warhol, Madonna, Grace Jones…)

L’exposition, riche et complète, et particulièrement bien organisée (un parcours thématique de toute intelligence, dont une salle surprenante en lumière noire, rendant la peinture d’Haring encore plus « transperçante ») est sans aucun doute le passage obligé pour tout amoureux de l’art mais aussi, et surtout, pour le quidam qui ne pense jusqu’à présent connaitre d’Haring que couleurs et bonhommes en fêtes, image erronée au combien présente chez beaucoup d’individus : c’est ici l’occasion de défaire cette impression et de redonner enfin à l’artiste sa véritable identité d’homme militant, habité par l’obsession de la réaction, au-delà de son obsession pour le dessin…

Rick Panegy

 Au MAM (Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris) , et au CENTQUATRE,  jusqu’au 18 août 2013.

 

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